Étude du vampirisme chez les enfants – 1re partie

Je m’appelle Uri et je vais d’école en école, et de centre de loisir en centre de loisir pour jouer à Donjons & Dragons avec des enfants [des séances hebdomadaires d'1h30, généralement en campagne]. (…) Dans le cadre de mes articles, considérez que mes joueurs se répartissent en deux tranches d’âge : les 8-9 ans (débutants) et les 10-11 ans (expérimentés). Parfois, il y aura des enfants plus jeunes ou plus vieux.

Aujourd’hui, j’ai décidé de mener une expérience de JdR que j’envisage depuis l’année dernière. Certains pensaient que ce projet demandait trop de maturité pour des jeunes joueurs, donc j’ai dû réfléchir un certain temps pour trouver une manière suffisamment habile de mener des parties, qui ne franchisse pas la limite du bon goût d’une part, et qui ne devienne pas une expérience de rêverie fade et gentillette d’autre part. J’espère que cette fois, j’ai atteint un bon équilibre.

Résumé

J’étais très curieux de voir comment un groupe d’enfants réagiraient si, un matin, ils se réveillaient et découvraient qu’ils avaient été Étreints par un vampire. Évidemment, l’histoire ici est bien plus sombre que l’habituelle partie de JdR du type “Tue l’orque, sauve le gâteau”. J’ai donc choisi mon groupe le plus expérimenté et le plus mûr pour cette expérience. Ils sont élèves à l’école Argaman (“écarlate / cramoisie” – couleur associée à la majesté), donc une brève exploration de la condition vampirique me semblait appropriée.

Système

Pour gagner du temps lors de la création de personnage, j’ai décidé d’utiliser le système Mind’s Eye Theatre (wiki) simplifié ; il s'agit du système utilisé pour les Semi-réels du Monde des Ténèbres. J’ai demandé à chaque enfant de me classer les trois traits – physique, mental et social – et de me donner trois domaines dans lesquels son personnage est doué (ses compétences). Fait amusant, ils ont fréquemment choisi les capacités Brimades et Se faire des amis. Un enfant écrivit “Self-defense (mais seulement s’il n’y avait pas d’autre choix)”. Enfin, j’ai secrètement choisi deux disciplines pour chaque personnage. J’ai dit aux joueurs que leurs persos avaient des pouvoirs spéciaux mais ne leur ai pas dit lesquels, ni d’où ils venaient.

Au lieu de lancer les dés, nous utilisions le pierre-papier-ciseau. En cas d’égalité, le trait le plus élevé gagnait. Une capacité ad hoc permettait de rejouer le test.

Prologue

La partie débuta avec les PJ se réveillant dans une cave à côté d’un tas de cendres, avec à son sommet un pieu, un trousseau de clés, et un portefeuille contenant une patte de lapin. Les murs étaient criblés de balles et le sol couvert de douilles. On pouvait entendre une respiration lourde à l’extérieur. Les personnages des enfants n’avaient aucun souvenir des dernières 24 heures. Ils n’étaient pas blessés mais ressentaient une faim terrible, quasi bestiale.

Après quelques tours à fouiller la pièce pour trouver des indices et des trésors – et donc empocher tous les objets qu’ils pouvaient soulever – les PJ montèrent à l’étage pour trouver un salon somptueux avec un écran à plasma de près de quatre mètres, des têtes de cerf empaillées accrochées au-dessus d’un foyer de cheminée éteint, des armes archaïques sur les murs, un home cinema, la dernière X-box, et suffisamment de jeux vidéo pour toute une vie. La pièce était également criblée de balles et sentait le sang et la poudre. Dans la kitchenette élégante mais vide, ils découvrirent la source des halètements – un homme costaud en uniforme d’unité d’intervention spéciale [SWAT (wiki) dans le texte (NdT)], saignant abondamment à la poitrine.

Le lit de la chambre à coucher était couvert de cendres et le cadavre d’un jeune homme lourdement armé gisait dans un coin. La salle de bain, couverte de poussière et de toiles d’araignée, n’avait apparemment pas été utilisée depuis un bon bout de temps. Le grenier était empli de magnifiques – mais dérangeantes – scènes de massacres et de zones de guerres, avec une grande cage d’argent, pour l’heure inoccupée.

De manière surprenante, la première action des PJ fut d’essayer d’appeler une ambulance, ce qui me rendit immensément fier d’eux (habituellement, les enfants aiment bien jouer des grosbills salauds). Malheureusement, leurs bonnes intentions furent contrariées par une ligne coupée et le talkie de l’homme ne produisit qu’un bruit parasite et déplaisant. Pire, les enfants ne pouvaient se défaire du sentiment que l’homme était incroyablement appétissant.

Près de la télé, traînait un iPhone avec treize appels en absence et deux nouveaux SMS. Les deux messages provenaient d’une femme nommée Isabel Haralson. Le premier disait : “EH KYLE TU VIENS À LA FÊTE CE SOIR ?”, et le second : “PRENDS JANE ET FUIS TOUT DE SUITE ! ILS VIENNENT VOUS TUER!!!”.

“Bonsoir mes chers calices, avez-vous bien dormi ?”
Dessin de Sa-cool

L’enfant qui découvrit l’iPhone lut les messages, haussa les épaules et s’exclama :

“Oui trop bien ! J’ai un iPhone 5 ! Quels jeux il y a dessus ?

– Arrête d’user la batterie, imbécile !” répliqua un enfant plus âgé. “Cet iPhone pourrait bien être notre seule chance de sortir.”

Un des personnages ne put se contrôler (ce n’était pas de la faute de l’enfant, simplement un mauvais jet de dés) et mordit l’homme blessé, lui aspirant quelques gouttes de sang et se sentant d’un coup ragaillardi et repu. Une deuxième morsure accidentelle d’un autre personnage produisit le même résultat. Le troisième PJ, celui de l’enfant le plus âgé du groupe, planta ses crocs intentionnellement et but tout le sang de sa victime, jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il ressentit la même explosion de vitalité mais changea aussi quelque peu suite à ce processus, ses mouvements devenant plus précis et ses réactions plus instinctives.

S’abandonner à la Bête a un prix à payer.

Un autre enfant déclara que son personnage jetait un coup d’œil par la fenêtre, ce qui entraîna immédiatement de douloureuses brûlures causées par le faible soleil du soir. La vulnérabilité à la lumière du soleil et la soif de sang remplirent leur rôle : les enfants savaient ce que leurs personnages étaient devenus.

Naissance d’une coterie

Soudain, le téléphone sonna (en fait, je m’étais arrangé pour que mon téléphone produise une vieille sonnerie, ce qui surprit le groupe). À l’autre bout, Isabel cria immédiatement “Bordel, qui êtes-vous ? Où est Kyle ? Je vais vous tailler en pièces !”

L’enfant, découragé par cette agressivité, répondit :

“K… Kyle est mort, je suis désolé. Je pense qu’il y a eu des tueurs de vampires dans la maison. Je pense que nous sommes aussi des vampires. Je… Je ne sais pas quoi faire.”

Les autres enfants déblatérèrent bon nombre d’autres choses, l’un d’eux prétendant être Kyle, l’autre son meurtrier, et un troisième se présentant comme Percy Potter, son personnage habituel de D&D

“Qu’est-ce que c'est que ces âneries, pourquoi vous inventez tout cela ? OÙ ! EST ! KYYYYLE ?

– Je vous jure que c’est vrai ! Écoutez, je peux lancer le chat vidéo, vous verrez par vous-même.”

Là, les enfants donnèrent à leur interlocutrice une bonne vision de la pièce dévastée, et eurent un aperçu d’Isabel – une femme mince avec une peau mortellement pâle, une crête de cheveux noirs, du rouge à lèvres noir, le contour des yeux noir, et des piercings élaborés sur tout le visage. Une ankh inversée était tatouée sur un des avant-bras, et sur l’autre “Je n’ai pas demandé à naître” en lettres gothiques.

Il y eut une longue pause après quoi la femme dit :

“Ok, ne bougez pas de là. Je viens vous chercher dès que je peux”.

Les enfants passèrent ce délai à fouiller l’appartement de fond en comble, notant fièrement chaque objet auquel ils pouvaient penser. J’avais déjà arrêté de prendre des notes quand ils ont commencé à récupérer les assiettes, les sièges de toilette et les pièces de la cuisine….

Rites de passage

La femme arriva au bout d’une demi-heure, sortant [d’un passage secret dans] le placard, accompagné d’un homme d’âge mûr habillé à la dernière mode… du XVIIIe siècle. L’homme lança quelques sorts rapides puis s’entretint avec la femme dans une langue aux sonorités slaves (plus parce que je ne sais pas imiter d’autre accent, que pour des raisons scénaristiques). La femme acquiesça gravement puis se tourna vers les personnages des enfants.

“Messieurs, il semble que vous soyez les victimes d’une grave injustice. Vous ne verrez plus jamais la lumière du soleil. Vous ne vieillirez plus jamais. Vous ne mangerez plus jamais de pizza… mais peut-être vous reste-t-il encore un espoir : malgré votre jeune âge, vous pourriez vous trouver une place dans la Communauté.

– Vous nous invitez à la fête ?” demanda avec espoir le plus jeune joueur.

– Tais-toi !”, lui intimèrent les autres.

“Sommes-nous vraiment des vampires ?” demanda un autre enfant.

“Nous n’utilisons pas ce terme, répondit froidement la femme. Nous nous appelons “la Communauté”. Maintenant, vous devez réussir trois épreuves pour prouver votre valeur à la Communauté. Si vous échouez à l’une d’elles, vous serez détruits.

– Quelle est la première épreuve ?” demanda un des enfants. “Voulez-vous qu’on se charge des tueurs de vampires ?

– Oh non, rien de ce genre. Nous souhaitons juste que vous traversiez la rue. Tadeusz et moi vous attendrons de l’autre côté de la rue dans une limousine noire. Bonne chance !”

Sur ces mots, Isabel et Tadeusz rentrèrent dans le placard et disparurent.

“Vraiment, c’est ça l’épreuve ? Juste traverser la rue ? Je le fais tous les jours !”, fit l’enfant le plus jeune avec un grand sourire.

Puis son vampire sortit.

En plein soleil.

Instantanément, sa peau commença à brûler et à cloquer et il courut se réfugier à l’intérieur, rendu quasi frénétique par la douleur et la peur.

Le deuxième enfant prit plus de précautions. Il se couvrit de couvertures de la tête aux pieds et courut à l’extérieur. Malheureusement, ne voyant rien, il trébuchait sans arrêt, jusqu’à ce qu’une voiture le heurte et l’expose à la brûlure du soleil. Il ne survécut que parce qu’il se réfugia sous une voiture en stationnement. Curieusement, avant de se précipiter à l’abri, il réussit à mordre vicieusement un passant qui tentait de l’aider – juste par dépit.

Il y eut d’autres tentatives, chacune échouant misérablement et manquant de tuer nos braves et jeunes héros. Soudain, le joueur dont le personnage était caché sous la voiture eut un éclair de génie.

“Attendez une seconde !”, cria-t-il. “Ils ne nous ont pas dit quand traverser la rue. Pourquoi sommes-nous tous en train de courir sous le soleil comme des idiots ? Attendons juste le coucher du soleil pour traverser tranquillement la rue !”

 

Bienvenue dans la famille ! Le futur semble… rempli d’XP
Dessin de Alejandro Dini

La plupart applaudirent et les XP furent distribués. Le groupe passa quelques heures de plus à attendre le crépuscule puis traversa calmement la rue, où une limousine noire les attendait effectivement. Isabel les étreignit chaleureusement puis demanda à son chauffeur – ressemblant à un monstre – de démarrer.

“Où allons-nous ?” demandèrent les enfants.

“À la deuxième épreuve ?

– Oh non, vous avez beaucoup à apprendre avant de pouvoir vous y mesurer. Il vous faudra plusieurs mois et ce ne sera pas facile mais vous avez démontré que vous étiez plutôt brillants et pleins de ressources. Vous avez de bonnes chances d’être acceptés dans la Communauté. Pour le moment, détendez-vous, j’ai tant de choses à vous montrer…”

Conclusions

Les enfants, au moins dans ce groupe, ont bien plus de maturité et de sens des responsabilités que je ne leur accordais. Lorsqu’ils se trouvent dans une situation réaliste avec des personnages auxquels ils peuvent s’identifier (des enfants humains se trouvant eux-mêmes dans une situation effrayante), ils jouent d’une manière très responsable et sérieuse, totalement différente de l’abandon absurde style Grand Theft Auto auquel les parties de D&D tendent à dégénérer.

Les enfants eux-mêmes ont avoué qu’ils avaient vraiment adoré la partie, bien plus que leur session habituelle. Le groupe vota à l’unanimité pour jouer les deux autres épreuves, ce qui me prit au dépourvu car j’avais envisagé cette séance comme une expérience en one-shot. C’est une bonne chose que les vacances approchent et que j’aie plein de temps pour préparer ma partie.

Pour faire court, l’expérience fut un vaste succès. Si vous avez apprécié ce post, d’autres suivront !

Et maintenant, honorables lecteurs, vous avez des idées pour deux épreuves encore plus cool ?

Sélection de commentaires

Anonyme

Puisqu’ils essayent de faire leurs preuves pour entrer dans la Communauté, pourquoi pas une démonstration des compétences utiles ? Par exemple, Informatique, les compétences de commerce, ou tout ce que la Communauté pourrait apprécier.

Urikson

Malheureusement, ils ont trop bien choisi leurs compétences. Ils sont les plus doués en Se faire des amis, Ennuyer les adultes et Se mêler à des bagarres.

Gavin Moore

Si tu leur laissais un peu de temps mort, tu pourrais les laisser choisir une nouvelle compétence ou deux, basée sur ce qu’ils ont appris depuis leur étreinte (dans une liste de compétences plus vaste). Cela te donnerait plus de matière pour préparer la prochaine session.

Et merci pour ces articles. En tant que parent de jeunes enfants, je cherche toutes les infos que je peux trouver sur quand leur faire découvrir des scénarios de jeu de rôle.

Torah Cottrill

Je propose que la deuxième épreuve les force à travailler ensemble pour l’accomplir, en utilisant les compétences qu’ils ont choisies, par exemple pour s’introduire dans un restaurant chic et charmer ou enquiquiner le patron, les serveurs et les cuisiniers jusqu’à ce qu’ils trouvent une épice rare dont les vampires raffolent. Ou qu’ils fassent semblant d’être des étudiants dans un pensionnat pour découvrir quel professeur est en fait le chef des chasseurs de vampires du coin. S’ils réussissent, tu peux les récompenser en leur laissant choisir une ou deux nouvelles compétences.

Urikson

J’aime vraiment beaucoup la seconde idée. Je pense que ce sera très facile pour eux de se rattacher à cette situation et de plus ils vont beaucoup s’amuser en allant à l’école avec des “super pouvoirs”.

Études du vampirisme chez les enfants, II

Comme indiqué précédemment, le jeu auquel nous jouons dans les écoles est D&D4 (instructions du chef) mais un jour, seule la moitié des joueurs de l'École cramoisie (c'est son vrai nom !) se sont pointés. J'ai donc décidé de les mesurer à une sorte de partie de Vampire. Ils ont adoré. Donc, vu le Conteur prévenant et magnanime que je suis, j'ai décidé de leur faire plaisir avec une autre séance de Vampire. Tout comme la semaine précédente, j'ai dit aux enfants qu'ils n'étaient pas limités dans cette partie, et que tout ce qu'ils désiraient faire, je l'autoriserais. Néanmoins, les conséquences seraient plus terribles que dans leurs parties habituelles de D&D.

Voici comment cela s'est passé.

Une fois que les PJ ont réussi la première épreuve, on leur a demandé d'attendre jusqu'à ce que M. Madjerovsky et Mme Isabel les contactent à nouveau. Vu qu'ils étaient immortels et relativement anciens, le duo mit plus d'un an à élaborer un autre test. Une année ne représente rien pour un ancien, mais c'est une éternité pour un enfant. J'ai donc demandé à chacun d'eux ce que son vampire faisait durant cette période. J'ai le regret de vous avouer que, si deux enfants dirent que leurs personnages volaient du sang à la banque du sang et jouaient sur leurs iPhones, le reste du groupe se comporta de manière assez bestiale. Ils abusèrent totalement de leurs disciplines, utilisant Domination et Présence pour attirer des personnes dans des maisons abandonnées et les vider de leur sang. Un enfant, qui fut assez chanceux pour obtenir Sorcellerie Koldun (une forme de magie élémentaire) déclara qu'il incendiait des maisons et les voitures juste pour le plaisir. Saleté d'influence de GTA

Le plus drôle était que, puisque j'avais dit aux enfants que la Communauté leur avait accordé une somme rondelette jusqu'à la prochaine épreuve, certains joueurs me décrivirent par le menu les gadgets et les appareils qu'ils achetaient. Ce qui incluait des expressions brutes de consumérisme de masse comme :

“Achetons une Mercedes !

– Tu es pauvre ou quoi ?! Achetons plutôt une Ferrari !

– Mais aucun de vous ne sait conduire…

– C'est sûr, mais on peut dominer les adultes, non ?

– Une Ferrari ? Je voulais une Lamborghini !”

Et ainsi de suite. Je soupçonne que si je ne les avais pas interrompus, ils auraient adoré passer la totalité de la séance à faire une liste d'achats d'une valeur de plusieurs millions. Ah, les jeunes !

Quoi qu'il en soit, comme ce comportement (le meurtre à l’aveugle, pas le shopping) fut jugé inacceptable par les grands chefs, la deuxième épreuve fut particulièrement difficile. Un jour, M. Madjerovsky leur rendit visite et découvrit ce qui ressemblait à une scène de film d'horreur, avec un amas de créatures sauvages difficilement reconnaissables : les adorables enfants qu'ils étaient l'année dernière se repaissaient désormais d'un vendeur de hot-dogs sidéré au beau milieu de leur salle de séjour.

“Pauvres fous !” hurla le vieil homme, brisant les carreaux, fermant et verrouillant portes et fenêtres [par télékinésie]. “Je vous ai demandé de faire profil bas et vous commencez par prendre la non-vie pour un jeu vidéo ?! Vous n'êtes pas des prédateurs, vous n'êtes que des imbéciles ! Voici donc une épreuve pour vous. L'un de vous est faible et stupide, c'est plus une bête qu'un homme, abattez-le ! Choisissez vous-même le membre de votre équipe le plus inutile et tuez-le. Puis venez me voir. Si jamais vous quittez la maison tous les sept, vous serez tous détruits !”

La dernière fois que Madjerovsky vit le soleil, c'était à la dernière mode...
Peinture de Juan Carreño de Miranda (1682)

Le plus dingue de l'histoire fut que ce que j'avais imaginé comme une source de dilemmes sociaux difficiles et de disputes amères, fut résolu en une seconde.

“Oh ! Oh ! Moi, moi ! Je suis volontaire !” cria un garçon avec enthousiasme.

“Non, je veux le faire !” proposa généreusement un autre enfant.

“Quoi ? Pourquoi êtes-vous si pressés de mourir ?” demandai-je, très confus.

“Ben, c'est pour le bien du groupe, non ? Et tu nous as dit que les joueurs ne devaient pas être égoïstes.”

Grr… Je savais que j'aurais dû faire cette aventure avec un groupe du Sabbat  (grog) [les anarchistes-rebelles-mauvais du Monde des Ténèbres (NdT)]. Toutes ces années de D&D avaient engendré un sacré bon état d'esprit de groupe. Eh bien soit.

Puis vint la mise à mort à proprement parler, qui devint une sorte de défi, puisque aucun des joueurs n'avait la moindre idée de comment s'y prendre pour tuer un vampire. Des échanges comme “Avons-nous un couteau en argent ?” / “Non, imbécile, ça c'est pour les loups-garous !” étaient assez communs. Un garçon n'arrêta pas de suggérer sans grande conviction d'attendre le lever du soleil mais le reste du groupe l'ignora alors qu'ils se laissaient aller dans les choses de plus en plus horribles qu'ils pouvaient faire au vampire condamné, sans le tuer. Pendant ce temps-là, le joueur du vampire sacrifié était plus qu'heureux d'être l'objet de toutes les attentions.

Finalement, un des enfants se rappela qu'il fallait décapiter les vampires et l'équipe au complet se présenta devant Madjerovsky, qui les attendait à l'extérieur dans une Lincoln noire (“Quoi ?! Pourquoi ce n'est pas une Rolls Royce ?!”). Ils lui annoncèrent qu'ils étaient prêts pour leur prochaine épreuve.

“Vous êtes vraiment des monstres !”, s'exclama le vieil homme, peut-être fier, peut-être déçu, avant d'ajouter “Mais peut-être que cela vous aidera pour la prochaine épreuve…”.

Le groupe sauta dans la voiture et se rendit quelque part dans le désert, où un cercle de caisses en bois et de nombreux étrangers les attendaient. Ces derniers étaient tous adultes ou adolescents, allant du comptable à l’air geek à un couple de punks hardcore. Sur les caisses était inscrit “OUVREZ”.

“Messieurs, c'est assez simple, déclara le vieux vampire une fois que tout le monde eut pris place entre les caisses. Ces caisses contiennent des cadeaux. Tout ce que vous récupérez, vous pouvez le garder. Cependant, le vainqueur n'est pas celui qui termine avec le plus de jouets (1). Le vainqueur est celui qui sauvera la demoiselle en détresse là-bas.”

À ce moment, le groupe entendit Isabel dire un “Aidez-moi, aidez-moi” peu crédible vu qu'elle était assise sur un banc à plus d'un kilomètre de là et écoutait des fichiers musicaux sur son téléphone portable.

– Des questions ?

– Oui. A-t-on le droit de tuer les autres personnes ?

– Évidemment, et eux peuvent vous tuer aussi.

– Est-ce que certaines des caisses sont piégées ?

– Un piège n'est-il pas un cadeau ? Doutez-vous de ma générosité ?

– Je suppose que oui… Allez, on commence !”

À ce moment, nous avons malheureusement dû arrêter la séance.

Donc, la dernière épreuve a lieu la semaine prochaine. Vous avez des idées de trucs cool à mettre dans les caisses ? Des “surprises” agréables à mettre sur le chemin qui mène à cette damoiselle pas vraiment en détresse ? Des idées pour le grand final de cette aventure vampirique en trois séances ?

NdlR : Malheureusement cette troisième séance n’eut jamais lieu. Mais Uri est reparti sur du Vampire, plus proche du Monde des Ténèbres dans Études du vampirisme chez les enfants – 2e partie.

Articles originaux : Studies in underage vampirism et Studies in underage vampirism 2

(1) NdT : L’auteur explique les différentes motivations des jeunes rôlistes dans Récompenses et punitions (ptgptb). [Retour]

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