Ombres dans les ténèbres – La nature du Mal Véritable

Tout a commencé au cours d’une séance de préparation du prochain scénario de la campagne (pulp) de l’Adventurer’s Club, La Prison de jade. On étoffait les motivations du principal antagoniste, et j’ai (Mike) fait un commentaire sur la nature du Mal. Blair n’était pas d’accord et a dit « Je ne crois pas du tout que ce soit le véritable mal » (ou une phrase de ce genre).

Intrigué et surpris qu’une différence aussi fondamentale ait pu nous échapper durant nos nombreuses années de collaboration et de bavardage au sujet des JdR, des bandes dessinées, de la télé et des films, l’idée d’un article à quatre mains explorant le sujet m’est immédiatement venue à l’esprit. Plutôt que de nous laisser emporter par le sujet, nous avons planifié une petite réunion pour en discuter plus longuement.

J’ai fait de mon mieux pour prendre des notes, tout en participant à cette discussion, puis à les tordre dans tous sens pour en faire un article cohérent. Il ne sera probablement pas aussi bien organisé que mes articles habituels, dans la mesure où il provient d’une conversation, au lieu d’avoir été organisé logiquement et attentivement pour traiter un sujet sous tous les angles.

Je devrais commencer en indiquant que nous savions, dès le début, que nous pourrions bien ne trouver aucune véritable réponse. Il est même possible qu'il n'y en ait vraiment aucune. Les philosophes et les théologiens débattent du sujet depuis plus de 2000 ans ! Qui étions-nous pour penser que nous pouvions réussir là où ils avaient échoué ? Néanmoins, nous avons choisi d’insister et de voir jusqu’où nous pouvions aller…

 

L’importance du genre

La morale – et la question de ce qu’est le “Mal” – sont centrales pour de nombreux genres de JdR.

  • Dans L’Appel de Cthulhu et d’autres genres aux thèmes horrifiques, il existe une forme de Mal Absolu, et la morale est dépeinte de façon manichéenne.
  • Le pulp tend aussi à avoir des frontières morales très nettes.
  • Dans les JdR à thème « Western », une opposition morale franche sépare généralement les « bons » des « mauvais » – bien que ce puisse être lié à la période où le genre a connu son pic de popularité au cinéma et à la télé, des années 1930 aux années 1950, une époque où la morale était vue comme définie de manière très rigide.

D’autres genres ont une morale bien moins figée.

  • D&D et Pathfinder  grog ont leur système d’alignement, qui affirme clairement qu’il existe un « Mal Véritable » - mais celui-ci ne peut être compris que dans le contexte du second axe d’alignement, de la Loi au Chaos. Ainsi, on ne peut jamais avoir de « Mal à l’état pur » : on est toujours « Loyal Mauvais », « Chaotique Mauvais » ou « Neutre Mauvais ».
  • La science-fiction peut couvrir toute la gamme des conceptions morales, du manichéisme jusqu’à des nuances variables de gris.
  • Le contemporain et le cyberpunk sont très flexibles quant à ce qui est moralement permis, et n’approfondissent que rarement la question du Mal – [on ne parle que] d’opportunités. Bien qu’il puisse y avoir des exceptions – l’espionnage, par exemple.
  • Les jeux de rôle de super-héros arrivent à couvrir toutes les options en même temps – alors que certains personnages sont simplement gris foncé, d’autres peuvent être décrits comme « absolument mauvais » – sans définition adéquate de ce que cela signifie.

C’est là le point commun : il est très difficile de trouver une définition du “Mal Authentique” dans quelque source que ce soit, et encore plus difficile d’en trouver une fonctionnelle. Trop souvent, la définition est purement négative : « Voilà les choses qui ne sont pas le Mal, et les PJ en font partie ».

 

Neutralité religieuse

Une chose que Blair et moi tenions particulièrement à éviter était une définition avec un fondement religieux. Nous voulions quelque chose à la fois plus agnostique et plus pragmatique, une définition applicable à toute situation ludique, mais qui n’exclurait aucune définition théologique acceptée par un credo particulier.

 

Inutile Wikipédia

Chaque fois qu’une question comme celle-là émerge, le premier outil vers lequel nous nous tournons est Wikipédia. L’encyclopédie est de temps à autre inexacte, parfois désespérément lacunaire, mais elle est d’habitude un excellent point de départ.

Pas cette fois, pourtant. Sa définition du Mal est « l’absence ou le contraire absolu de ce qui est reconnu comme bon. Souvent, le terme réfère à une immoralité profonde. Dans certains contextes religieux, le mal a été décrit comme une force surnaturelle. »

Et c’est, en résumé, tout le problème : le Mal est défini en termes de ce qu’il n’est pas (1), plutôt qu’en termes de ce qu’il est , ce qui complique la définition du « Mal Authentique » ou « Mal Absolu ».

 

Mal et Alignement

Une autre chose que nous voulions éviter était les interminables discussions autour du système d’alignement de D&D . Nous considérions celui-ci comme une tentative de créer un mécanisme de jeu décrivant une morale relative adaptée aux relations entre personnages-joueurs. Il n’allait pas assez loin pour ce que nous recherchions. Nous voulions parvenir à une définition opérationnelle du Mal Authentique, définition qui ne soit pas contaminée par les considérations sur la Loi et le Chaos.

Par ailleurs, j’avais déjà écrit une série de cinq articles sur les alignements (en), et je ne voulais pas me répéter – pas facile, dans la mesure où le cinquième article décrit précisément des campagnes “mauvaises” (2).

 

L’égoïsme ultime

La définition dont je me suis toujours servi est celle-ci : le Mal est une expression de l’égoïsme – le fait de placer votre propre bénéfice, si petit qu’il soit, avant les intérêts des autres (3). Du point de vue de cette définition, même la simple possibilité d’un gain vaut n’importe quelle quantité de souffrance infligée aux autres. Pour la plupart des personnages, celle-ci est suffisante, et la question « À quel point le personnage est-il mauvais ? » peut être reformulée bien plus efficacement comme suit : « Jusqu’où le personnage ira-t-il pour obtenir ce qu’il perçoit comme un bénéfice ou un avantage ? »

Ce fut lorsque j’énonçai cette définition que Blair exprima son désaccord. Il pensait qu’il y avait un « Mal Authentique » allant plus loin que cette définition, et ce fut le début de toute notre conversation.

 

Le Mal Authentique : plus que la recherche [à tout prix] de sa propre satisfaction ?

Je commençai en suggérant que peut-être, le Mal authentique était simplement une position morale donnant à une « personne mauvaise » la permission d’infliger des souffrances physiques et morales pour son propre bénéfice. Cette position morale peut être un choix personnel ou conférée par une autorité extérieure. Le Mal Authentique ne réside pas dans les actions elles-mêmes, qui sont simplement une expression de cette position morale. Le mal est ce qui permet au personnage d’agir selon ces désirs, ou peut-être l’absence de quelque chose capable d’empêcher les gens d’agir ainsi (4).

Cette proposition était une tentative de partir de la définition que j’avais proposée, tout en allant au-delà. Néanmoins, il me semblait que Blair pensait que le mal était plus que cela, qu’il était plus malveillant, ce qu’il confirma immédiatement.

Une bonne part de ce qu’on décrit comme mauvais est simplement du pragmatisme sans scrupules ; même les mesures préventives contre d’éventuels futurs obstacles peuvent être jugées dans cette optique. « Le Mal Authentique, dit Blair, agit parce qu’il le peut, pas parce qu’il y est contraint. Il prend du plaisir à ce qu’il fait. »

Mais placer sa propre satisfaction, son propre plaisir avant le bien-être des autres est simplement une expression de l’égoïsme. En conséquence, prendre du plaisir à contempler des « actes mauvais » ou les commettre pour en tirer une satisfaction sont des cas couverts par ma définition initiale. S’il existe un Mal Authentique allant au-delà de cette définition, il doit dépasser la simple recherche de sa propre satisfaction.

 

Le Mal Authentique : plus que l’absence de pitié?

Cela nous suggéra les grandes lignes d’une procédure qui pourrait éventuellement nous permettre d’atteindre une conclusion satisfaisante. En considérant différentes actions vues comme « mauvaises », et en déterminant si elles pouvaient être ou non catégorisées comme inférieures au « Mal Authentique », nous pourrions finalement dégager la définition opérationnelle que nous cherchions.

Blair commença en parlant du comportement des nazis pendant la Seconde Guerre Mondiale – les camps de concentration, la violence systématique et le massacre de groupes que les nazis détestaient. Les nazis sont les méchants favoris du genre pulp parce que leurs actions étaient ignobles selon tout code moral raisonnable. Il ne fait pas de doute que les nazis étaient dénués de pitié dans la poursuite de leur programme, et que ce programme lui-même était ignoble, mais est-ce un exemple de Mal Authentique ?

Jusqu’il y a peu, j’aurais répondu oui, mais un documentaire récent m’a apporté une nouvelle perspective sur cette cruauté.

Avertissement : la rédaction de PTGPTB ne cautionne pas les thèses exposées ci-dessous, même si l’auteur s’est fait « l’avocat du diable » pour raconter la présentation, par le documentaire, des conquêtes nazies sous l’angle de la rationalité économique. La politique économique du nazisme n’était pas la satisfaction des besoins de la population, préférant dés avant-guerre rationner les Allemands en finançant « des canons plutôt que du beurre ». Abandonnez l’idée de vous lâcher dans les commentaires sur les biais que vous pourriez attribuer à l’auteur ou au traducteur (nous modérons très strictement).

Le régime nazi dépensait de l’argent qu’il n’avait pas pour soutenir son économie, à un point tel qu’il cessa de publier son budget annuel et sa balance commerciale. Toutes les grandes infrastructures des nazis, comme leurs projets de réarmement, étaient financés par de l’argent qu’ils n’avaient pas. Ils ne pouvaient pas non plus vendre une part de leur dette à d’autres pays sous forme d’emprunts d’État ou de choses de ce genre, personne ne voulant l’acheter. Les nazis allèrent même jusqu’à racheter secrètement une partie de leurs obligations d’État, de manière à donner l’impression que l’économie était en bien meilleure forme qu’elle ne l’était en réalité.

Afin de maintenir le régime à flot, de lever des fonds suffisants pour payer les fonctionnaires et financer les projets en cours, il était absolument nécessaire de déposséder une bonne partie de la population de leurs biens, ou alors de lever des impôts catastrophiquement élevés. Après avoir choisi la première option plutôt qu’une politique qui aurait grandement entamé leur crédibilité en tant que gestionnaires de l’économie, il ne leur restait qu’à déterminer leurs cibles – et celles-ci furent, bien sûr, choisies sur des bases idéologiques. Les malades mentaux, les homosexuels, les criminels, les Juifs, les Européens de l’Est, les personnes d’ascendance mixte – la liste est longue. Les camps de concentration permirent d’utiliser ces groupes comme une main-d’œuvre réduite en esclavage, ne coûtant que ce qui lui permettait de subsister, et évitant ainsi des coûts supplémentaires dans les industries produisant les infrastructures et les munitions.

Cela entraîna des gains à court terme, mais ne résolut pas le problème systémique; un programme de conquêtes, sous une forme ou une autre, était inévitable pour permettre aux nazis de piller d’autres économies afin d’assurer la viabilité de la leur. Certains analystes ont suggéré que lors de l’invasion de la Pologne, l’Allemagne ne disposait plus que de sommes suffisantes pour payer l’armée une semaine de plus ! La première chose que faisaient les nazis après s’être emparés d’une nouvelle ville était d’aller dans les banques et de vider celles-ci de leurs liquidités, biens de valeur et métaux précieux (5).

Même cela ne put suffire ; alors que la guerre traînait en longueur, et particulièrement après l’ouverture du front de l’Est, l’agriculture souffrit du manque de main-d’œuvre, et de la captation des ressources telles que le carburant au profit des opérations militaires en cours. On a retrouvé des documents qui démontrent que les ressources dévolues au traitement et à la nourriture des prisonniers des camps sont sans cesse réduites, et il apparaît clairement dans certains d’entre eux qu’il devenait nécessaire de réduire une grande quantité de la population détenue afin de réduire les coûts pesant sur l’économie. Il y avait d’autres bénéfices, du point de vue des nazis : ces mesures réduisaient le nombre de gardiens, libérant ainsi de la main-d’œuvre au profit d’actions militaires ayant lieu ailleurs comme, par exemple, sur le front russe. La « solution finale », pour horrible et abjecte qu’elle soit, apparaît ainsi comme une forme extrême de brutalité économique, passée par le prisme de l’idéologie (6).

C’est encore l’égoïsme – mais une forme impersonnelle d’égoïsme, où un ou plusieurs sous-groupes de la population sont jugés indignes de recevoir les bénéfices de la société, et peuvent être exploités autant que nécessaire au profit des autres. Cela rend les pogroms nazis analogues à l’institution de l’esclavage - aux États-Unis et ailleurs - durant les siècles précédents, la même logique étant simplement poussée à l’extrême (7) .

 

Le Mal absolu

Nous n’avons pas passé autant de temps à discuter des choses ci-dessus que je l’ai fait dans cet article, parce que nous avions déjà parlé, lors d’une autre occasion, de ce que nous avait révélé cette série de documentaires. Nous avons pu passer très vite à une nouvelle proposition de définition : « Le Mal authentique est toute action mauvaise accomplie alors qu’aucun gain personnel ou risque de pertes n’est en jeu, mais que ça ne nous empêche pas de le faire ».

Elle exclut, en tant que manifestations inférieures du Mal Authentique, tous les actes accomplis pour une raison, y compris les actes mauvais commis au service d’un programme donné. Le mal absolu doit aller au-delà des raisons, des ambitions ou d’un programme ; il doit aller au-delà du mal accompli pour un plaisir ou une satisfaction personnels.

La plupart des Méchants, même dans un genre manichéen, ne sont pas absolument maléfiques ; ils sont motivés par un potentiel gain d’argent ; par le pouvoir, la vengeance ou l’ambition. Le Mal Authentique, Absolu, doit être quelque chose de plus, de bien pire.

 

La Psychologie du Mal authentique

En fait, il y avait qu’un seul exemple de la culture populaire auquel je pouvais penser qui ne se retrouvait pas exclu : Hannibal Lecter, dans le Silence des Agneaux . Il ne faisait pas des choses mauvaises pour le plaisir ; il faisait des choses mauvaises, et trouvait des moyens de retirer du plaisir de ces actions. Blair était d’accord, et suggéra que le tueur en série poursuivi dans ce film [Ou dans le roman de Thomas Harris qui en est à l’origine...(NdT)] pouvait être considéré comme un second exemple ; après tout, c’était la similitude entre les deux qui conduisait à consulter Lecter.

visuel provenant du film Le Silence des Agneaux

Le personnage d'Hannibal Lecter, dans le film Le Silence des Agneaux

Cela souleva plusieurs questions troublantes auxquelles nous ne trouvâmes pas de réponse sur le moment (nous avons fini par trouver une solution, dont je parlerai le moment venu) :

Toutes les personnes authentiquement mauvaises sont-elles, de fait, psychologiquement dérangées ?

Peut-on imaginer une personne Authentiquement mauvaise qui ne serait pas psychologiquement dérangée ?

 

La Corrosion de l’âme

Une vérité bien connue au sujet des tueurs en série est qu’ils empirent et passent plus fréquemment à l’acte au fur et à mesure que leur « carrière » progresse. C’est comme une addiction où, tandis que votre sensibilité diminue, il vous faut des doses de plus en plus importantes pour atteindre le même état d’ « extase » qu’auparavant,. Plus vous commettez le mal, plus vous devenez mauvais.

Suggérer que le Mal Authentique est amoral, produisant des comportements que la morale ne contrôle pas, nous ramena à la question que j’avais posée précédemment. Pour paraphraser : «  Le Mal est-il ce qui donne à un individu ou un groupe l’autorisation de commettre des actes mauvais, ou consiste-t-il en ces actes eux-mêmes ?  ».

Le Mal est une pente glissante, chaque acte mauvais laissant sa marque sur la psyché de la personne qui le commet. Un pas supplémentaire vers les ténèbres peut sembler n’être pas grand-chose, jusqu’à ce que des actes précédemment jugés impensables deviennent acceptables.

Les troubles mentaux donnent-ils simplement une « permission » d’être mauvais ?

 

Sacrifices aztèques, vampires et relativité de la morale

Laissant ces questions en suspens, Blair se tourna alors vers un autre exemple de Mal dont nous pouvions discuter.

Les sacrifices aztèques n’étaient pas mauvais, ou même immoraux, du point de vue des Aztèques, car ils croyaient que, non seulement leur religion leur prescrivait ces actes, mais qu’ils étaient obligatoires [parce que sans eux, le soleil ne se lèverait plus le lendemain (NdT)]. Du point de vue des victimes et de leurs sociétés, cependant, ces actes auraient paru extrêmement maléfiques.

illustration ancienne d'un sacrifice aztèque

De la même manière se pose la question des vampires, qui existent dans de nombreux genres de jeux de rôle. Sont-ils intrinsèquement mauvais ? Ils se nourrissent des humains – mais ils doivent bien se nourrir de quelque chose. Le vampirisme est d’ordinaire [une punition ou une malédiction] qui est infligée à une personne ; les vampires sont donc des victimes du Mal Authentique au même titre que ceux tombant sous leurs crocs. Il découle de cela qu’être un vampire ne vous rend pas Authentiquement Mauvais.

Blair suggéra que devenir volontairement un vampire était un acte plus mauvais que d’en devenir un tout court, en raison du caractère intentionnel. Mais je lui opposai la question du sacrifice – si quelqu’un se sacrifie en devenant un vampire afin d’épargner à quelqu’un d’autre le même sort, ou pour rejoindre dans la non-mort quelqu’un qu’il aime plus que la vie elle-même, s’agit-il d’actes mauvais ?

Personnellement, je pense que oui, dans les deux cas ; mais le raisonnement est un peu alambiqué. (…)

Cas numéro 1 : se sacrifier pour sauver quelqu’un d’autre. Qu’on le fasse ou non, quelqu’un devient un monstre.

En dernière analyse, c’est un acte égoïste, où on choisit d’être l’instrument de la destruction d’autres personnes pour éviter d’avoir à tuer quelqu’un qu’on a aimé et qui est devenu un monstre. Ou bien, il s’agit de chercher un moyen de survivre tous les deux en contre-attaquant – il se peut que vous échouiez, que vous mouriez en tentant cela ou bien deveniez tous les deux des morts-vivants – mais c’est dans tous les cas abandonner et pervertir l’amour que vous revendiquez. Rappelez-vous que même si la personne pour qui vous accomplissez ce geste idéaliste survit, elle devra passer toute sa vie avec la mémoire de ce qui en a résulté, dont un sentiment de culpabilité et de responsabilité pour chaque vie que vous détruisez. Peut-être avez-vous choisi de deux maux le moindre, de votre point de vue, mais ce choix demeure un mal.

Cas numéro 2 : Vous devenez un mort-vivant parce que quelqu’un que vous aimez est dans la même situation, et vous ne pouvez pas supporter de vivre sans cette personne. Là encore, c’est un acte égoïste, et bien plus clairement que le précédent. Vous devenez un monstre parce que vous ne pouvez pas supporter l’autre option : lutter pour mettre fin à la non-vie d’un être aimé. Au lieu d’un monstre, il en existe maintenant deux, et le sang de chaque future victime est sur vos mains.

Ce sont deux gestes romantiques, mais idiots, qui ne peuvent que se terminer tragiquement, et tous deux sont mauvais. Cependant, le fait qu’on puisse les justifier sur des bases émotionnelles signifie également qu’ils ne sont pas représentatifs du Mal Ultime. Embrasser volontairement le vampirisme peut être plus mauvais que de devenir, en toute innocence, un « converti » – mais il faut que ce soit pour des objectifs égoïstes, et ils appartiennent alors toujours à la catégorie que nous avons exclue.

 

L’Apathie et le Mal

Cela nous confirma que des actions pouvaient être condamnables, ou même mauvaises, sans être Authentiquement Mauvaises. Le Mal Absolu doit se trouver au-delà de toute forme de justification raisonnable.

Blair postula alors qu’on pouvait considérer comme mauvais le fait de ne pas aider quelqu’un lorsqu’on est en position de le faire. L’apathie est-elle le Mal ? Peut-elle être excusée sur la base du pragmatisme ? Après tout, vous pourriez vous-même avoir besoin des ressources que vous sacrifiez pour aider l’autre personne. Il s’ensuit qu’aider un autre est toujours, à un degré quelconque, risqué. Cependant, comme le futur n’est pas connaissable, vous ne pouvez pas être certain qu’il y aura un coût – la question morale est de savoir s’il est préférable de prendre ce risque.

Les actes charitables sont donc des actes méritoires, le mérite étant inversement proportionnel aux capacités de l’individu. Lorsque vous avez peu ou rien, même un petit acte charitable devrait être célébré. Si vous avez beaucoup, le même acte charitable est trivial. Pas nul, certainement pas dénué de sens, mais pingre, cupide… et pathétique. Il importe peu, dans ce contexte, que l’acte atteigne ou non son objectif ; les intentions, et non les résultats, sont ce qui compte lorsqu’il est question de don.

Et ne pas signaler aux autorités un danger potentiel pour quelqu’un d’autre parce que vous ne voulez pas vous en mêler ? Ne pas signaler de possibles cas de violences conjugales ou de mauvais traitements sur des enfants de la part d’un voisin parce que vous voulez éviter l’embarras d’une confrontation ultérieure avec ce voisin ? Est-ce que vous portez le coup fatal à un couple, déchirez une famille, ou est-ce que vous sauvez la vie d’une personne ? Quelle latitude devrait-on laisser aux gens pour qu’ils résolvent leurs propres problèmes ?

Ce sont des questions difficiles, sans réponses tranchées. C’est seulement lorsque j’ai proposé un autre exemple d’apathie que les choses ont commencé à se clarifier : si vous voyez quelqu’un se noyer, et n’êtes pas un très bon nageur, votre décision de ne pas plonger est-elle justifiée ?

La réponse est oui – s’il existe une autre manière d’apporter de l’aide. Crier au secours, lancer une corde ou une bouée, par exemple. Cela devient alors simplement une question de degré, de ne pas faire autant que vous le pourriez. Une fois de plus, il est possible de décrire comme une forme d’égoïsme ce refus d’une assistance que vous pourriez apporter (en fait, il pourrait s’agir de plusieurs formes d’égoïsme, mais cela importe peu).

L’apathie, la propension à rester silencieux au lieu d’élever la voix contre une injustice, peut être mauvaise, mais il ne s’agit pas de Mal Absolu, puisqu’elle peut être justifiée, quelle que soit la mesquinerie de la justification.

 

La justification rationnelle

Nous n’avions plus beaucoup de temps, mais la conversation en était sans cesse revenue au même point : s’il existe une justification rationnelle, le mal n’est pas absolu, puisqu’il y a une raison au comportement, autre que le mal [pour lui-même].

Ainsi, ce n’est qu’en l’absence d’une justification rationnelle que le Mal peut être absolu.

Cela ne signifie pas que n’importe quelle justification suffit à exclure une action du Mal Absolu. Les justifications peuvent être logiquement déficientes ou se baser sur des postulats erronés, et faire néanmoins la différence entre le Mal et le Mal Absolu. Cependant, les justifications complètement irrationnelles ne permettent pas d’assurer qu’une action mauvaise ne représente pas le Mal Absolu.

Considérez les assassinats commis pour l’excitation, et les meurtres en série, comme par exemple les cas d’ Ivan Milat  wiki et des meurtres de Snowtown . Ces crimes, comme ceux de bien d’autres tueurs en série, n’avaient pas d’autre justification rationnelle qu’une addiction aux sensations fortes procurées par le meurtre. Il s’agissait simplement de céder à une pulsion née du désir de ces sensations fortes, sans aucune restriction ni scrupules.

C’est presque par définition que de tels crimes sont associés à un criminel psychologiquement dérangé, psychopathe wiki ou sociopathe.

Nous défilons-nous un peu facilement ? Y a-t-il plus, dans le Mal Absolu, que des actes de sociopathes et de psychopathes (8) ?

 

Les Actions du Mal

Blair suggère que si les motivations d’un meurtre peuvent être pragmatiques, la méthodologie – par exemple, la torture inutile des victimes avant de les tuer – peut, quant à elle, être considérée comme mauvaise. (J’ai trouvé que c’était un argument essentiel, et j’ai donc demandé à Blair de l’écrire, plutôt que de risquer de mal le citer). En conséquence, les actions, en elles-mêmes, peuvent être mauvaises, et même absolument mauvaises.

Je n’ai pas de désaccord avec ça – mais je voudrais encore demander si cela représente ou non un mal absolu. Là encore, le mot-clé qui définit une réponse est « inutile ». Si de tels actes étaient d’une manière ou d’une autre justifiés comme « nécessaires », cela signifierait qu’il est envisageable de les justifier rationnellement. Ils peuvent toujours être moralement condamnables, et même mauvais – mais il ne s’agit pas de Mal Absolu. C’est seulement en l’absence de cette justification que de tels actes transcendent le « mal ordinaire » et deviennent représentatifs d’un « Mal Authentique ».

 

La Définition opérationnelle : une sorte de conclusion

À part un développement final dont je parlerai dans un moment, c’est à ce moment-là que nous nous sommes retrouvés à court de temps. Nous avions atteint une sorte de conclusion, mais c’est à moi qu’il est revenu d’essayer de condenser cette conclusion sous la forme finale d’une définition opérationnelle.

  • Les actes mauvais sont des actes volontaires, conduisant d’une manière quelconque à une destruction. Cette destruction peut avoir pour objet une victime extérieure ou être dirigée vers l’individu commettant l’acte (c’est-à-dire, être « autodestructrice »).
    Pour être mauvais, ces actes doivent également, de manière consciente et délibérée, dépasser une limite, ou infliger à leur victime des dommages. Cette limite est le plus souvent définie en fonction de la capacité des individus à guérir de ces dommages. La souffrance infligée peut être physique, émotionnelle, psychologique ou morale. Les actes mauvais peuvent inclure l’apathie (l’acte de « ne rien faire », ou de délibérément en faire moins que nécessaire).
  • Accomplir un Acte Mauvais rend mauvais une personne, un groupe, un endroit, un objet ou d’autres circonstances. La plupart du temps, le mal peut être « justifié » par l’égoïsme, et est motivé par l’ambition, l’envie de richesse, de pouvoir ; le besoin de se défendre ou le désir de se venger. La plupart des antagonistes, même dans des genres de jeux de rôle très manichéens, ne sont pas absolument mauvais et peuvent « justifier » leurs actions, aussi impitoyables ou extrêmes qu’elles soient, par l’un ou l’autre de ces motifs. De telles justifications sont un outil important pour personnaliser les antagonistes.
  • Les mauvaises actions facilitent le glissement vers d’autres actes plus intensément maléfiques, au fur et à mesure que le succès des actes précédents érode ces interdits que la morale, les normes sociales et les attentes collectives placent entre la personne mauvaise et ses agissements. Le Mal peut être vu comme une addiction. La réforme n’est possible que par l’abstinence.
  • Le Mal Absolu n’existe que là où on ne peut fournir aucune justification rationnelle à un acte mauvais, autre que le plaisir ou la satisfaction de l’individu. Les justifications irrationnelles ne sont pas suffisantes pour diminuer la gravité du Mal.

 

Aller au-delà : appliquer les définitions

Une des questions posées pendant la discussion n’a pas encore été traitée : la définition du Mal Absolu ou Authentique varie-t-elle d’un genre à l’autre ?

Comme nous sommes arrivés à une définition opérationnelle ne distinguant pas entre les genres, la réponse est non. Mais cela ne signifie pas que certains genres ne peuvent pas comporter des expressions ou des manifestations du Mal Absolu absentes chez d’autres.

A un moment de la discussion, lorsque nous parlions de L’Appel de Cthulhu , j’ai suggéré que trahir son espèce, sa race (9) ou tout autre groupe auquel on s’identifie, pour obtenir un gain personnel quelconque est une forme de mal ; mais que faire consciemment la même chose sans en attendre un tel gain est un mal pire encore, peut-être même le Mal Authentique. Que la motivation soit la vengeance ou simplement l’amour de la destruction, le niveau de malignité que de telles actions démontrent les envoie un cran au-delà de toute justification rationnelle.

Ce n’est pas comme de divulguer aux Indiens l’itinéraire et les horaires de la diligence dans un jeu de rôle western . Là aussi, on trahit son peuple ou sa nation au profit d’autres personnes, mais l’échelle compte. Ce n’est pas non plus comme de vendre ou donner des secrets d’État à un autre pays, ou les révéler au grand public, bien qu’on puisse soutenir que ces actions infligent des souffrances sur une échelle plus grande que dans le cas de la diligence.

Si les gens ont des âmes, - au sens théologique - plutôt que de simples identités au sens psychologique, alors l’immortalité de l’âme fait de la corruption ou de la destruction de cette âme un crime bien plus grave que de simplement vendre quelqu’un comme esclave, ou le torturer à mort.

Je vois que je reviens à la discussion du vampirisme ; le Mal Authentique peut être un acte mauvais dont les victimes vont bien au-delà de celles explicitement visées. Tuer ou mutiler tout un groupe de victimes innocentes simplement pour être sûr de tuer ou mutiler un individu en particulier place un acte au-delà de la justification rationnelle, quelle que soit la justification que l’auteur se donne à lui-même. Le mot « innocent » est très important ici. Les normes appliquées ne seront pas les mêmes lorsque vous visez un individu en particulier, mais que les victimes collatérales sont aussi des cibles légitimes, même si elles sont moins importantes.

Le mal consiste en la volonté de blesser des innocents pour atteindre ses propres buts. Ce qui varie d’un genre à l’autre est la manière de nuire aux victimes, et l’échelle des dommages pouvant être infligés, sous le rapport de leur gravité, de leur durée et de leur étendue. Réfléchissez aux formes et manifestations possibles du mal dans le genre de votre campagne, et vous pourrez déterminer ce qu’est le Mal Ultime dans cette campagne, le mal au-delà de tout espoir de rédemption. Les réponses définiront un élément essentiel de vos scénarios, et mettront en contexte tous les autres actes mauvais qui y seront commis, enrichissant considérablement vos parties.

Article original : Shadows in the Darkness – The Nature of True Evil


Sélection de commentaires

 

Eric G

Ces réflexions m’ont rappelé une série de documentaires sur la chaîne Discovery intitulée Démoniaques – l’Échelle du mal . Tu peux y jeter un œil, il y a une échelle de 1 à 22 détaillée sur l’article de Wikipédia fr :

Le niveau 22 est décrit comme suit : « Meurtriers-tortionnaires psychopathes chez qui la torture est la motivation principale. Dans la plupart des cas, un facteur du crime est une motivation sexuelle. »

J’ai remarqué que tu avais évité, ou tout simplement n’avais pas inclus le plaisir sexuel dans l’équation, mais que tu y vois un acte simplement rationnel. Je crois que le mal va au-delà de la rationalité et comporte des états émotionnels où on tire un plaisir du fait de commettre ces actes, ce qui est relié à la section sur l’égoïsme.

Serait-il possible, alors, que le Mal Authentique/Absolu, tout simplement, tire du plaisir de la souffrance physique et psychologique infligée à d’autres ? Cela impliquerait qu’il n’y a pas de justification rationnelle à ce Mal, juste une réaction physique et psychologique aux actions mauvaises commises.

Réponse de Mike Bourke

Nous nous sommes très délibérément tenus à l’écart des questions sexuelles. D’abord, il s’agit souvent simplement d’un autre exemple de préjugés (comme dans le cas de l’homophobie), analogues à d’autres préjugés convenant mieux à des discussions tout public (ainsi, les préjugés raciaux). En second lieu, nous tentons de garder à ce blog un caractère « tout public », ou au pire « déconseillé aux moins de 12 ans ».

Toute la question des actes mauvais commis parce que celui qui les commet y trouve du plaisir est centrale dans cette discussion, et de mon point de vue. Je considère une telle auto-gratification aux dépens des autres comme l’exemple ultime de « mal », au moins du point de vue de l’alignement moral façon D&D , et cet exemple sert aussi bien de base opérationnelle pour définir « le mal » dans la plupart des campagnes d’autres JdR.

On doit poser la question : un acte mauvais commis pour le plaisir qu’il apporte est-il pire, c-à-d mauvais à un degré plus grand, que le même acte commis non pour une quelconque satisfaction, mais simplement parce qu’on en a la possibilité ? L’amoralité et l’absence complète d’empathie sont-elles une pire forme de mal que l’auto-satisfaction, aux dépens des autres ? Avant l’article et la discussion qui lui a donné naissance, j’aurais probablement répondu oui, mais maintenant, je n’en suis plus si sûr.

Bien sûr, dans un environnement de fantasy, ou un autre monde générique de JdR, on peut parfois imaginer des situations et des actions mauvaises allant au-delà de ce qui est possible dans notre monde. Ainsi, l’élimination de toute une espèce consciente serait un crime pire qu’un génocide visant un groupe racial, social ou religieux particulier. Les comparaisons morales sont toujours un sujet difficile, parce que tant de choses dépendent de différences subtiles entre des définitions qui varient d’un individu à l’autre.

D’autres questions excellentes pourraient être les suivantes : un crime commis contre un innocent est-il ou non pire que le même crime commis contre quelqu’un coupable d’un crime analogue ou même plus grave ? Un meurtre rapide et sans douleur est-il pire qu’une torture lente visant à laisser la victime en vie mais toujours souffrante ? La corruption d’un innocent est-elle pire que sa destruction ?

Ce ne sont pas des questions auxquelles il est facile de répondre, mais tout MJ menant une partie qui dépeint une forme de “mal ultime”, doit y réfléchir.

Elles ne peuvent pas non plus être considérées de manière isolée. La théologie joue un rôle significatif dans les réponses à ces questions et à d’autres similaires. Si l’âme est réelle, alors, en vertu de son immortalité, des dommages infligés à cet élément de l’être doivent être considérés comme une forme de haine bien pire que ne le sont de simples blessures. Un point de vue athée, qui nie l’existence de l’âme, restreint les crimes à la vie terrestre des victimes et de leurs familles. Cette approche offre des réponses bien différentes à de telles questions. Des choses qui n’étaient pas des crimes le deviennent, comme par exemple tous les actes destinés à convaincre les gens d’une illusion qui dominerait alors leur esprit, leurs pensées et leurs actions futures – autrement dit, le prosélytisme religieux. Cela reste pardonnable si les tentatives de conversion découlent d’une croyance authentique, mais pas si le prosélyte sait qu’il s’agit d’un mensonge.
(...)

(1) NdT : D’un autre côté, c’est la définition classique du mal chez les néoplatoniciens, au moins depuis Plotin. Elle est reprise, bien sûr, par Saint Augustin. [Retour]

(2) NdT : Mike Bourke y raconte sa campagne Shards Of Divinity, où « on voit les alignements habituels dans une perspective cynique et tordue, qui donne aux personnages de toutes moralités la liberté d’être aussi pourris qu’ils le veulent ». Le décor faisait la part belle à l’égoïsme et à l’intérêt personnel, et non seulement les actes « mauvais » étaient récompensés, mais ils étaient moraux. [Retour]

(3) NdT : Si nous remplaçons « les intérêts des autres » par, de manière plus générale, le sens que nous avons de nos obligations morales, la proposition initiale de Mike Bourke est ici assez proche de la conception kantienne du mal. [Retour]

(4) NdT : Un vaste débat de l’éthique contemporaine s’est développé autour de la question suivante : le concept premier est-il celui d’une action mauvaise, ou celui d’une personne mauvaise (le concept d’ action mauvaise dérivant alors de ce dernier) ?. [Retour]

(5) NdT : Nous pouvons nous demander alors pourquoi les nazis n’ont pas dévalisé toutes les banques de tous les autres pays conquis ? Citant Dominique Vidal, la fiche Wikipedia de la Shoah explique le sort spécial de la Pologne, de la Russie, et des conquêtes à l’Est :

Le judéocide trouve en effet aussi en partie ses origines dans le vaste projet de remodelage démographique de l'Europe …. Dans l'espace vital wiki conquis à l'Est, il s'agit de faire de la place pour des colons allemands en déportant les Slaves en masse, mais aussi en les stérilisant et en les réduisant à l'état d'une masse de sous-hommes voués à l'esclavage, tandis que les mêmes territoires doivent être nettoyés des Tziganes et surtout des Juifs par l'extermination.

[Retour]

(6) NdT : le documentaire cité par Mike Bourke voit ici le traitement des prisonniers par les nazis comme motivé par des considérations d’ordre économique, ce qui est très contestable. Voici, par exemple, ce qu’en dit le grand historien Arno Mayer :

 « On peut, dans une certaine mesure, expliquer les privations infligées aux détenus par les pénuries dues à la guerre ; mais cet argument ne peut ni justifier ni expliquer l’ordre ou l’autorisation donnés aux gardes SS et à leurs auxiliaires de torturer moralement et physiquement les prisonniers dont ils avaient la garde. Les exigences pratiques de la guerre ne suffisent pas non plus à expliquer, encore moins à excuser, la surexploitation du travail des détenus. En combinant délibérément les privations, le surmenage et les mauvais traitements, les gardes faisaient monter le nombre, déjà effrayant, des maladies et des morts « naturelles » » (A. Mayer, La Solution finale dans l’histoire, p.406).

Il faut également rappeler l’existence des camps d’extermination où, comme l’écrit Mayer :

 « ...les Juifs ont été maltraités et massacrés sans qu’on s’inquiète le moins du monde de leur utilité économique. » (ibid, p.396).

En somme,

« Ces deux tendances incompatibles – contre les Juifs, pour l’effort de guerre – acquirent leur dynamique propre et relativement autonome. » (ibid, p. 396)

Enfin, avant les camps de la mort, il y eut la Shoah par balles wiki, massacres de masse qui ne peuvent avoir aucune justification économique : on ne tue pas la main d’œuvre qu’on veut exploiter. [Retour]

(7) NdT : Bien entendu, toute la question est de savoir si le caractère ordinaire des motivations suffirait à exclure ces actions de la catégorie du mal. Le traitement de la « banalité » du mal par Hannah Arendt, lors du procès Eichmann, est demeuré célèbre. On peut également se demander si une définition du mal ne permettant pas même d’y inclure la destruction des Juifs par les nazis conserve encore le moindre rapport avec notre concept courant de « mal »... [Retour]

(8) NdT : L’inclusion des psychopathes dans la catégorie des personnes mauvaises pose, entre autres, le problème suivant : ceux-ci peuvent-ils être jugés responsables de leurs actes (ce qui est généralement considéré comme une condition nécessaire pour pouvoir parler de mal) ? [Retour]

(9) NdT : quand des cultistes invoquent Cthulhu en sachant que celui-ci tuera toute l’humanité, ils trahissent l'espèce humaine. Cette confusion espèce/race est fréquente dans la Fantasy et la S-F rôliste. Il faut lire Espèces / Races / Culture ptgptb pour sortir de ces confusions.
Ici, (après échanges avec l’auteur) Mike Bourke entend « race » au sens de D&D : les races humaines, naines, orques, trolls, gobelines, etc. Néanmoins, l’idée qu’il existerait un devoir moral de ne pas « trahir » son espèce ou tout autre groupe auquel on s’identifie est pour le moins discutable ; ainsi, la position des antispécistes, qu’on y adhère ou non, est certainement une position morale soutenable. [Retour]

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A hearty "well-done" to the translator who has done an excellent job of this difficult job, at least as far as I can judge by translating it back into English using Google. In particular, I would like to pay credit for preserving the sense of exploring the subject, groping toward a functional answer sufficient for a roleplaying game. I understand that Guillaume, the translator, has an interest in similar philosophic discussions, and hope that he enjoyed working on this article. 

Auteur : 
Mike Bourke

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