Warhammer : A la recherche de Spo…ilers

© 2008 Al Bruno III
Avertissement : le récit qui suit contient des spoilers pour plusieurs scénarios classiques de Warhammer Fantasy Roleplay grog. Tant que j’y suis, Dark Vador est le père de Luke, Rosebud était une luge wiki et les appels venaient de l’intérieur de la maison wiki.
NdT : Al Bruno III (Ab3) est un écrivain de fiction ; si ses personnages sont inspirés de personnes réelles, ses histoires ont pris de plus en plus de liberté avec la réalité. Calmez-vous !
Les illustrations en noir et blanc sont de Tony Ackland, et viennent de la première édition de Warhammer le Jeu de Rôle Fantastique.
J’avais gardé le numéro de Guido dans mon portefeuille mais je ne l’avais pas appelé. Ça me gênait d’appeler une vague connaissance pour me faire inviter dans une campagne de JdR. Pour moi c’était comme aller dans la rue et demander à toutes les femmes qui me croisent de me faire la danse du ventre. Il y a bien sûr une chance d’obtenir ce qu’on veut, mais il est beaucoup plus probable que ça tourne mal.
Mieux vaut jouer à des parties qu’on connait.
Et puis il faut bien admettre que j’étais curieux. Wes la Fouine menait la campagne, et aucun d’entre nous n’avait souvenir qu’il ait déjà mené quoi que ce soit. J’étais curieux de voir comment il s’en sortirait : il fallait bien qu’il ait appris quelque chose de toutes ces années d’humiliation et de mise à l’écart.
Ma seule inquiétude était qu’il avait choisi Warhammer. Attention, c’était un très bon JdR, mais il était vendu comme ayant le deuxième univers le plus sombre et brutal que j’aie jamais vu.
Pour info, le monde le plus sombre et brutal que j’aie jamais vu est une campagne de D&D que Dave le Psycho avait mené il y a plusieurs années. Il avait créé pour l’occasion un système de dégâts hybride en combinant les points de vie standard de D&D avec les tables d’attaques critiques d’Arduin grog et celles tristement célèbres de dégâts critiques de Rolemaster grog. Et il utilisait cette table pour n’importe quel type de blessure, tant pour les PJ que pour les PNJ. Ce faisant, il avait créé un monde en ruines, imbibé de sang et dévasté, où les charpentiers mourraient de septicémie après s’être cogné le pouce, les gens qui s’enlevaient les cuticules voyaient leur chair soudainement arrachée de leurs os en bandes rouges et moites et les femmes enceintes explosaient lors des accouchements.

Pour vos donner une idée des résultats des coup critiques dans Warhammer 1e édition (NdT)
Bref, me voilà à une nouvelle séance de JdR, dans une nouvelle cave, mais cette fois c’était la cave de la famille Smith. Je m’assis sur le futon douillet tout en admirant la salle proprette et bien décorée.
Moi : Wah, c’est sympa chez toi !
Grobert Smith : Merci, ceci a longtemps été la salle de loisirs de mes parents mais leur âge avancé et l’état de leurs genoux les ont obligés à me concéder le sous-sol, de la même façon qu’une lycéenne doit renoncer à sa robe de mousseline rose dans la voiture en revenant du bal de promo.
Darren Collatéral : Les bals de promo c’est juste un complot des boutiques de location de costards, en collusion avec l’Education Nationale, pour se faire de l’argent en dehors de la saison des mariages d’été.
Moi : Tu sais quoi, j’allais éclater de rire, mais en fait tu y crois vraiment. Tu es taré.
Darren Collatéral : Moque-toi si tu veux, mais tu sais que ma mère travaille pour le journal du coin ? Elle voit passer des histoires comme ça tout le temps, mais les journaux les enterrent en échange de rétrocommissions des Illuminati du costard.
Moi : C’est cela oui. Hé Grobert, tu devais me montrer le trophée que tu as gagné au concours de slam.
Grobert Smith : Ah oui. Malheureusement il se trouve sur le bureau de ma mère. Elle était si fière, j'ai le sentiment qu’elle m’a pardonné d’avoir fait main basse sur sa lingerie intime pour les besoins de mon œuvre-performance : « Culottes de Grand-Mère de la Guerre du Golfe ». Je crains que la contemplation de mon trophée doive attendre une prochaine fois, car mes géniteurs dorment et je répugne à interrompre la répétition générale de leur décès.
Moi : Ah oui, je comprends.
Darren Collatéral : Je me demande où sont les autres.
Grobert Smith : Wes m’a informé qu’il faisait une dernière relecture de ses notes pour la campagne. El Disguto est sûrement en route depuis son travail, mais il a encore plusieurs bus et correspondances devant lui. Bâtard de Tricheur est aussi au travail, et P’tit Pervers revient de son activité habituelle du samedi matin : se tenir à un coin de rue et demander une danse du ventre aux femmes qui passent.
Moi : Pourquoi il a besoin de faire ça ? Il m’a dit que la semaine dernière il avait fait un plan à trois avec des étudiantes.
On toqua à la porte, Grobert monta pour y répondre. Il revint avec El Disgusto.
Darren Collatéral : Et tu sais comment il a réussi à coucher avec ces étudiantes ? L’entrainement. La masculinité c’est comme le tir à l’arc, il faut s’entrainer.
El Disgusto : T’as tout faux, le métalleux. La masculinité est comme un katana et il faut l’aiguiser jusqu’à ce qu’elle tranche comme un rasoir.

Grobert Smith : J’ai toujours pensé que la masculinité était une source sombre et froide dans laquelle on peut se baigner, mais dans laquelle nul ne doit barboter. Gardons-nous du barbotage.
Moi : Tu es arrivé plus tôt que prévu, Disgusto.
El Disgusto : C’est parce que j’ai démissionné.
Darren Collatéral : Bonjour à Pôle Emploi.
El Disgusto : Ça me donne plus de temps pour me recentrer sur moi-même, et, plus important encore, sur le JdR.
Moi : Peut-être que tu ne serais pas dans un état de chaos financier permanent si tu trouvais un métier que tu aimes, et que tu t’y consacrais jusqu’à obtenir une augmentation ? Ce serait si terrible d’avoir une carrière stable ?
El Disgusto : Je vais te répondre par une question : combien de grands PJ ont eu une carrière stable ? Si Conan devait choisir entre la grande aventure et épargner pour sa retraite, tu penses qu’il hésiterait ? Et puis, si j’ai besoin d’argent, je pourrais juste vendre mon illustration originale de Bob Kane [Un des co-créateurs de Batman (NdT)].

Moi : Tu vendrais ça ? L’illustration que Bob Kane t’avait donnée quand tu étais petit et que vous étiez voisin ? J’aurais pensé qu’elle avait trop de valeur sentimentale pour que tu fasses ça.
El Disgusto : Pour l’instant elle reste dans mon coffre à la banque.
Moi : J’aimerais bien la voir un jour.
Bâtard de Tricheur : Bonjour tout le monde.
Grobert Smith : Je ne t’ai pas entendu sonner.
Bâtard de Tricheur : La porte était fermée donc je suis entré par effraction.
Darren Collatéral : Je respecte complètement.
Grobert Smith : Comme toujours, ta capacité à ignorer les présupposés du droit de propriété n’a d’égal que ta capacité à obtenir 20 sur un D20 9 fois de suite.
Bâtard de Tricheur : Où est Wes ? J’ai hâte de commencer.
El Disgusto : Pourquoi ? La campagne va être merdique. Il n’y a pas de ninjas.
Grobert Smith : Un ninja aurait autant sa place dans la dystopie moorcockienne wiki de Warhammer Fantasy Roleplay qu’un abattoir dans une garderie.

Quoique… (Illustration de Mark Gibbons)
El Disgusto : En tout cas, je l’ai appelé tous les jours cette semaine pour essayer de l’avoir à l’usure. Je dois bien admettre qu’il a plus de cran que je croyais, mais sans ninja la campagne est plus merdique.
Moi : Alors pourquoi t’es là ?
El Disgusto : Non. Pourquoi toi t’es là ?
Moi : Non ? Pourquoi toi t’es là ?
El Disgusto : Non ! Pourquoi toi t’es là ?
Moi : Non, pourquoi toi t’es là ?
El Disgusto : Non. Pour-quoi-t’es-là ?
Grobert Smith : On dirait la version paralympique d’En Attendant Godotwiki. Si seulement j’avais mon caméscope.
P'tit Pervers : Ah oui. Il faut que je te le rende. J’ai quasiment fini de tourner mon… film.
Nous nous retournâmes tous vers P’tit Pervers qui descendait les escaliers.
Grobert Smith : Ah, te voilà. Il ne nous manque plus que notre MJ pour ce soir.
Darren Collatéral : Bon, j’ai déjà contribué. J’ai ramené à boire.
Moi : De l’alcool ? Tu as ramené de l’alcool pour une partie de JdR ? C’est une recette pour un désastre, c’est comme … C’est comme … Aide-moi, Grobert…
Grobert Smith : Comme ouvrir une librairie érotique en Iran ?
Bâtard de Tricheur : Ouah, il est fort.
Darren Collatéral : Ces boissons alcoolisées vont aider à l’expérience ludique. Pour chaque point de dégât au corps tu prends un shot de Jägermeister, pour chaque point de dégât à la tête tu prends un shot de whisky.

Moi : C’est complètement dingue.
Darren Collatéral : C’est comme ça qu’ils font au tournoi nocturne de D&D à la Gen Con.
Moi : Vraiment ?
Darren Collatéral : Bien sûr ! Tu n’es jamais allé à la Gen Con, ou à n’importe quelle autre convention ?
Moi : Je me suis fait tabasser sur le chemin des Utopiales.
P’tit Pervers : C’est pas vraiment une convention de JdR, mais qu’est-ce qui s’est passé ?
Moi : Un autre geek m’a entendu dénigrer la série Battlestar Galactica de 1980 et m’a sauté dessus. Il m’a frappé avec un sac plein de dés.
El Disgusto : Gourdin.
Moi : Tu m’as traité de quoi là ?
El Disgusto : Un sac rempli de dés ou de cailloux et utilisé comme une arme on appelle ça un gourdin. J’essayais juste de t’aider.
Moi : Ah.
Environ 10 minutes plus tard, Wes la Fouine arrivait, portant un carton débordant de suppléments de jeu et de classeurs. Il s’installa vite et il nous fit créer des personnages. Quasiment tout se tirait au hasard, des caracs aux carrières.
Moi : Hmmm, un apprenti alchimiste. Un genre de magicien en formation. Je vais l’appeler « Addlebert ».

Bâtard de Tricheur : Un gentilhomme ! Je vais l’appeler le « Chevalier de Pardaillec youtube » !
Darren Collatéral : J’ai fait un gladiateur. Je suis sûr qu’au Paradis, Jean Claude Van Damme me sourit.
Moi : Je pense pas qu’il soit mort.
Darren Collatéral : Après Street Fighter le film, il est mort à mes yeux. Mais je pense que je vais appeler mon gladiateur « Nitro ».
Grobert Smith : J’ai un forestier elfe. Je l’appellerais donc « le Cliché qui Clashe » et il passera tout son temps à chercher un infortuné guerrier nain sur qui déverser sa condescendance.

Deviant Boy: “And I will be that dwarf! I have a dwarven Bawd named Ralphus.”
P'tit Pervers : Je serai ce nain ! Il est guide-racoleur et il s’appelle Ralphus.

Moi : Un guide-racoleur, c’est bien ce que je pense ?
P'tit Pervers : La question cruciale : est-ce qu’un bâillon compte comme un casque ?
Grobert Smith : Mon elfe forestier se retrouve à faire le trottoir. Sublime.
El Disgusto : Je suis un ratier ? Un attrapeur de rat ? Ils ont pas des pièges pour ça dans ce monde de merde ?
Wes la Fouine : Ce ne sont que des carrières de départ, quand vous gagnerez de l’expérience vous pourrez changerde carrière, ou passer à des carrières avancées.
El Disgusto : C’est quoi la prochaine étape après attrapeur de rat ? Écraseur de cafard ? Exterminateur d'opossums ? Enculeur de mouche ?
Darren Collatéral : Wes tu trembles, tu devrais peut-être prendre un verre ou deux avant de commencer.
Wes la Fouine : Non, non, c’est bon. On peut commencer.
Moi : Super.
Wes prit quelques minutes pour nous présenter le monde du Reik, en nous donnant un aperçu du climat politique, des races et de la culture. Puis il nous parachuta dans la salle d’attente classique des JdR : l’auberge.
Wes la Fouine : Chacun de vos personnages est arrivé à Altdorf, où on recherche des aventuriers, mercenaires et nains en guêpières…
P'tit Pervers : Génial !
Wes la Fouine : Vous passez la nuit à l’auberge. À l’aube une diligence vous emmènera…
El Disgusto : Mon personnage essaye de déclencher une bagarre.
Wes la Fouine : Hein ?
El Disgusto : Mon perso dit même à la cantonade qu’il peut se faire n’importe quel homme ici.
P'tit Pervers : Ça, c’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd.
Wes la Fouine : Mais… pourquoi tu fais ça ?
El Disgusto : Parce que je hais ce personnage et que je veux qu’il crève.
Moi : Alors fais-en un autre.
El Disgusto : Ça ne suffirait pas. Le ratier doit crever.
Bâtard de Tricheur : Mon personnage dit bien fort qu’il adore ce nouveau genre de bouffons, et il jette quelques pièces au ratier.
P'tit Pervers : Moi aussi.
Wes la Fouine : Tout le monde s’y met. Ils applaudissent ta performance et te donnent de l’argent.
El Disgusto : Très bien. Je vais au bar et je commande autant d’alcool que je peux. J’espère que t’as les règles d’intoxication alcoolique sous le coude, le rigolo.
Wes la Fouine : Je ne…
Darren Collatéral : On attend une diligence pour Altdorf ? Ça me rappelle un scénar où les persos finissent par trouver un noble mort qui est le sosie d’un des PJ.
Wes la Fouine : Tu… as joué à celui-là ?
Darren Collatéral : Non, mais je l’ai lu dans la boutique de jeux.
El Disgusto : Pas question. Pas question que je joue un scénario qu’un autre joueur a déjà lu. C’est comme… comme… rhâ je sais pas, aidez-moi !
Grobert Smith : Comme essayer de péter avec discrétion dans un ascenseur rempli d’aveugles ?
El Disgusto : On va dire que oui.
Wes la Fouine : Bon… ok… donnez moi deux minutes.
Je regardai Wes passer en revue ses notes, tout en se mordant les lèvres. Il consulta plusieurs livres de jeu avant de reprendre. Nos persos prirent bien la dernière diligence pour Altdorf et, malgré plusieurs tentatives du ratier de se jeter sous les roues du carrosse, nous arrivâmes dans les temps.
Moi : Mon apprenti alchimiste lance un regard inquiet au ratier et lui demande son nom.
El Disgusto: Il n’a pas de nom, il l’a vendu pour acheter du fromage [pour rats].
Moi : Tu veux pas essayer de faire au moins un peu de roleplay ? C’est comme ça que tu remercies Wes pour tous ses efforts de préparation ?
Bâtard de Tricheur : Puisque le forestier et moi-même chevauchons à côté de la diligence, nous pouvons partir en éclaireurs.
Grobert Smith : Splendide idée !
Wes la Fouine : Bon vous prenez de l’avance sur le carrosse et vous voyez… attendez… J’avais mis un marque-page.
El Disgusto : Tu voudrais que fasse du roleplay avec ces conneries ? Un attrapeur de rats ? Est-ce que tu te rend comptes que chaque journée passée sans jouer un ninja est une journée perdue ?
Moi : Tu sais, si tu essayais de jouer autre chose qu’un connard sanguinaire, tu pourrais peut-être t’amuser. Tu pourrais, je sais pas moi, faire du roleplay.
El Disgusto : Ah tu veux voir du roleplay ? Je vais t’en donner moi du roleplay, monsieur le biscuit Prince de Montcuq.
https://www.youtube.com/watch?v=hvH0g3cqGjM
J’entendis le bruit des dés qui roulent et je vis Wes poser des figurines sur la table.
Wes la Fouine : Bon, alors, l’elfe et le noble repèrent des gobelins en embuscade, et les gobelins vous voient aussi. Que faites-vous ?
Bâtard de Tricheur : On bat en retraite vers la diligence.
Grobert Smith : Je crie « Aux armes, aux armes ! »
Et ainsi débuta mon premier contact avec le système de combat de Warhammer: le JdR Fantastique. C’était moins terrible que ce que je craignais, mais c’était peut-être dû au couvert partiel que nous octroyait la diligence. On réussit à vaincre rapidement les gobelins sans trop de casse.
Darren Collatéral : Mon gladiateur pousse un rugissement de triomphe en foulant du pied les corps de ses ennemis vaincus.
Wes la Fouine : Ah, on dirait que le perso de Ab3 s’est disloqué le genou.
Darren Collatéral : Tiens, voilà ton shot.
Moi : Jouer ou conduire, il faut choisir. C’est non.
Bâtard de Tricheur : Fais pas ta chochotte, Al.
Wes la Fouine : Après la fin du combat, le conducteur de la diligence s’arrête dans la ville proche de Bogenhafen pour faire des réparations. Vous avez quelques heures de libre, et il se trouve justement que le festival annuel local, le Schaffenfest, bat son plein, donc vous avez à faire.
Darren Collatéral : C’est pas là qu’on poursuit un gobelin à trois pattes dans les égouts ?
Wes la Fouine : Oh putain.
El Disgusto : Et tu prétends être MJ, Wes ? Enfoiré !
Moi : On pourrait peut-être faire comme si de rien n’était.
Darren Collatéral : Je pense que je ne connais par cœur que, genre, la moitié des plans de ville…..
El Disgusto : Non. Pas question de jouer en me retenant.
Wes la Fouine : Ok… Ok… Laissez-moi juste une minute… Je peux avancer un peu.
Moi : Au fait, t’as lu combien de bouquins de Warhammer ?
Darren Collatéral : Tous.
P'tit Pervers : Je ne savais pas que tu envisageais de mener une campagne de ce jeu.
Darren Collatéral : Ah non, jamais je meujeute un JdR. J’aime juste lire des scénarios et imaginer ce qui se passerait si je les jouais.
Wes la Fouine : Je sais pas quoi faire.
Moi : C’est pas grave Wes, pas besoin de…
El Disgusto : Pas question ! J’ai quitté mon boulot pour être ici, alors on ferait mieux de jouer, merde. Et puis, je pense avoir saisi l’essence du ratier. J’ai hâte de le jouer.
Grobert Smith : Pourquoi ne pas tout simplement utiliser le contenu existant d’une manière innovante et surprenante ? C’est peu ou prou ce qui m’est arrivé lorsque j’ai tenté de transformer Les Chants de Maldoror wiki en « livre dont vous êtes le héros ».
Moi : Grobert, je pense que tu as au moins quelques câbles électriques qui se touchent.
Grobert Smith : Certes.
Wes la Fouine : Ok, je peux y arriver. Je vais juste prendre une ou deux Jägermeister.
Darren Collatéral : C’est parti.
Deux shots et un carnet de notes plus tard, l’aventure reprenait. Nos personnages quittèrent Bogenhafen et son Schaffenfest subitement déserté, et reprirent leur chemin. Wes jetait des dés et griffonnait frénétiquement dans son carnet entre deux gorgées d’alcool.
El Disgusto : On va encore rester longtemps dans cette putain de calèche ?
Moi : Tu peux pas lui laisser une chance ?
El Disgusto : Mais je joue l’impatience de mon personnage. Tu vois ? Du roleplay.
P'tit Pervers : Au moins mon personnage a eu le temps d’acheter un formidable assortiment de saucisses en ville. J’ai hâte de pouvoir me les faire.
Bâtard de Tricheur : Mon noble demande au cocher si nous sommes bientôt arrivés.
Wes la Fouine : Il répond que ce serait plus rapide s’il prenait un raccourci, mais que ça vous ferait passer par une zone infestée de bandits.
Bâtard de Tricheur : Des bandits ? Je suggère d’aller en plein vers l’Est.
Moi : Plein Est ? Tu veux qu’on quitte la route et qu’on aille à angle droit par rapport à notre destination ?
Bâtard de Tricheur : Oui, mais si ça se trouve c’est un raccourci. On trouvera peut-être un chemin. L’elfe et moi on part en éclaireurs.
Grobert Smith : Je lance ma monture vers le territoire merveilleux des rencontres aléatoires et de l’improvisation indomptable.
Le gentilhomme et l’elfe partirent en avant, et revinrent quelques tours plus tard avec un groupe de bandits aux trousses. On eut le temps d’arrêter la diligence et de sortir avec nos armes.
Le noble et l’elfe se régalèrent, chargeant dans la mêlée sur leurs destriers ; leurs épées faisant pleuvoir les coups mortels sur les bandits, et sur un coup de malchance, le cocher. Le gladiateur faisait également pas mal de dégâts, mais puisque Darren estimait que c’était plus « roleplay » que son personnage prenne des poses de bodybuilder après chaque ennemi vaincu, il n’en tua pas tant que ça. Le perso de P'tit Pervers infligeait moins de dommages physiques, mais il était bien content que la vue d’un nain en guêpière résille maniant une chaine de saucisses comme un nunchaku ait causé suffisamment de confusion chez les ennemis pour que le ratier puisse les poignarder dans le dos. Le seul véritable boulet dans le groupe était mon apprenti alchimiste, qui passa la majeure partie du combat à essayer soit de frapper les bandits, soit de fuir.
El Disgusto : Mon ratier rigole comme une adolescente après cette bataille. Il décide d’en écrire quelques moments marquants dans son journal intime.
Moi : Un ratier avec un journal intime… ok.
Darren Collatéral : Nitro le gladiateur se moque du profond manque de virilité dont l’alchimiste a fait preuve durant ce combat.
Moi : C’est un apprenti alchimiste, pas un guerrier.
Wes la Fouine : Qu’est-ce que vous faites du corps du cocher ?
P'tit Pervers : Est-ce que quelqu’un lui a fait les poches ?
Après un vote rapide, mon personnage prit la conduite de la diligence et nous repartimes. Tout se déroulait sans accroc, si on oublie Wes, qui était de moins en moins compréhensible, et qui s’affaissait sur sa chaise. J’essayai de lui dire que boire un shot de bourbon pour chaque PNJ mort n'était pas une bonne idée, mais il était déterminé à faire comme à la Gen Con. Lentement nous vîmes la cité d’Altdorf poindre à l’horizon. Le noble et l’elfe chevauchèrent en quête de danger, et le trouvèrent une fois de plus.
El Disgusto : Des trolls. Vous nous ramenez des trolls, là, tout de suite maintenant ?
Grobert Smith : Je suis sûr que vous conviendrez qu’en de telles circonstances, mieux vaut avoir la force du nombre.
P'tit Pervers : Et bien tu devrais les combattre tout seul tes trolls. Ils ne nous attaqueraient pas si vous n’étiez pas allés les chercher.
Wes la Fouine : Non. C’était une rencontre aléatoire. Le noble et l’elfe n’ont fait que prendre de l’avance.
El Disgusto : Non. Si on était tous arrivés à la rencontre aléatoire ensemble, alors ce serait notre rencontre et j'aurais pas de problème. Mais c’est pas ce qui s’est passé. Ce qui s’est passé, c’est qu’ils sont allés devant, qu’ils ont créé une rencontre aléatoire, et puis ils ont détalé en nous la ramenant dans la tronche. C’est pas notre rencontre[, Colonel ! (NdT)].
Grobert Smith : Je ne savais pas que Ernst Schrödinger avait écrit les règles de rencontres aléatoires de ce jeu.
Personnellement, je ne savais pas trop quoi penser de cette dispute, mais il faut se rappeler que c’était les années 90 : l’aggro et Leroy Jenkins (1) n’avaient pas encore été inventés. Nos personnages tentèrent de semer la horde de trolls, mais nous nous retrouvâmes vite encerclés. La première victime fut la diligence qui finit par basculer sur le côté, écrasant la jambe de mon personnage, Addlebert, et l’immobilisant. Il passa la totalité du combat à essayer de se libérer, tout en étant piétiné par alliés et ennemis.
Notre nain de service, Ralphus, chargea dans la mêlée, enthousiaste à l’idée de combattre les ennemis ancestraux de son peuple. P'tit Pervers nous informa que celui-ci avait gardé une saucisse particulièrement sèche et imposante pour une telle occasion.
Darren Collatéral garda son gladiateur au milieu du l’action, et arriva à tuer deux trolls avant que le bras de Nitro ne soit arraché par une des armes courbes et cruelles que ces adversaires maniaient.
Les montures de Grobert Smith et Bâtard de Tricheur moururent sous eux, victimes d’une attaque bien coordonnée de la part des trolls. Sans leurs chevaux, le Cliché qui Clashe et le Chevalier de Pardaillec se retrouvèrent sur la défensive, montant sur la diligence renversée et se préparant à une dernière action d’éclat, tout en ignorant les cris d’agonie d’Addlebert.
La seule vraie surprise vint du ratier ; les dés étaient vraiment du coté d’El Disgusto, car son personnage arriva à tuer deux fois plus de trolls à lui tout seul que tout le reste du groupe.
Wes la Fouine : Encore un kill ! Bravo El Disgusto ! Tu es sûr de ne pas utiliser le dé pipé de Bâtard de Tricheur ?
El Disgusto : C’est que du skill mon pote, que du skill.
Grobert Smith : Nous devrions informer les trolls que la Mort est dans la place et que Son nom est… Quel est le nom de ton personnage déjà ?
El Disgusto : Tu m’as jamais demandé.
Grobert Smith : Et pourtant tu te bats à nos côtés. Tu surgis face au vent, en vrai héros de tous les temps.
Wes la Fouine : Désolé P’tit Pervers, mais l’arme de prédilection de Ralphus se brise.
P’tit Pervers : Durandouillette, non !
NdT : « Le saucisson ne peut être considéré que comme une arme de 7ème catégorie - mais un long saucisson très dur, ça vaut une matraque. Surtout si vous frappez à la tempe. »
Françoise d’Eaubonne pour interrompre une conférence anti-avortement en 1971.
Bâtard de Tricheur : Il reste combien de trolls ?
Wes la Fouine : Vous êtes encerclés par 7 trolls.
Moi : On ne peut pas tous les affronter. On est déjà trop amochés.
Bâtard de Tricheur : Oui ben peut-être que si tu restais pas étendu là comme… comme… Grobert ?
Grobert Smith : …Comme un homme aisé avec une perruque mal collée et un mal de dos fulgurant lors de sa nuit de noce ?
P'tit Pervers : Waou.
Moi : On s’y croirait.
El Disgusto : On a tué combien de trolls ?
Wes la Fouine : Six.
Darren Collatéral : Tiens, je te sers ton bourbon dans ce verre fantaisie.
Moi : Je me permets encore une fois d’insister sur le fait que c’est non seulement vachement triste de boire en jouant, mais en plus dans des verres Barbapapa… Est-ce qu’on a pas mieux à faire de nos vies ?
El Disgusto : Tu as une meilleure idée ? Tu préfèrerais peut-être qu’on passe la nuit à te regarder prendre des râteaux par des meufs gothiques en boite de nuit ? Ou alors on pourrait t’aider à écrire tes histoires que personne ne publiera jamais. Ou alors on pourrait regarder un des films merdiques que tu es apparemment le seul à louer. C’était qui déjà le réal du dernier ? Peter Jackson ? Ce mec n’a aucun avenir !
Moi : Tu as vraiment loupé ta vocation d’opérateur de numéro d’urgence de prévention du suicide.
https://www.youtube.com/watch?v=1cgy44ty-kA
Pendant que nous nous engueulions, Wes la Fouine avala son bourbon en une série de cul-secs, avant de se remettre à meujeuter. Ses yeux s’embuaient de plus en plus à mesure que l’aventure continuait.
Wes la Fouine : Les trolls s’avancent vers vous, quand soudain il y a un flash lumineux et une volée d’éclairs réduit vos ennemis en cendre.
P'tit Pervers : Sauvés !
Bâtard de Tricheur : Est-ce qu’on gagne quand même des XP comme si on les avait tués ?
Darren Collatéral : Nitro se tourne pour voir qui a sauvé le groupe.
Moi : Tu sais Darren, Nitro devrait peut-être s’occuper de la blessure giclant le sang qui a remplacé son bras ou, oh, je sais pas – Retirez cette putain de diligence de mon personnage !!!!
Wes la Fouine : Un elfe sort de la forêt. Il a des cheveux noirs coupés court et porte une tunique bleue, avec un pantalon noir et des bottes en cuir.
Grobert Smith : Le Cliché qui Clashe offre ses salutations à un camarade elfe.
Wes la Fouine : Il parle un dialecte elfique que tu comprends à peine.
Grobert Smith : Mon personnage explique au reste du groupe que cet étranger parle un dialecte elfique à peine compréhensible.
El Disgusto : Demande-lui comment il nous a sauvé, c’est un magicien ?
Grobert Smith : Mon personnage demande à l’étranger comment il nous a sauvé, et s’il est magicien.
Wes la Fouine : L’étranger dit à ton personnage qu’il est scientifique.
Grobert Smith : Le Cliché qui Clashe dit au reste du groupe que leur sauveur est un scientifique.
Wes la Fouine : En voyant l’étendue de vos blessures, il prend un petit objet noir et or qu’il a pendu à sa ceinture, et murmure quelque chose dedans.
Grobert Smith : Il a pris un petit objet…
P'tit Pervers : Oui, ça ira Grobert.
Wes la Fouine : Deux humains émergent de la forêt, l’un porte la même tenue que l’elfe, l’autre porte une tunique dorée plutôt que bleue.
Darren Collatéral : Ça me dit quelque chose, mais je ne me souviens pas de quel supplément de Warhammer ça vient.
Wes la Fouine : L’humain à la tunique dorée dégaine une sorte de baguette doublée d’une arbalette, qui pendait à sa ceinture, et tire sur la diligence. Un genre d’éclair jaillit et réduit la diligence en cendres.
Moi : Euh… ok?
Wes la Fouine : Puis l’humain en bleu s’approche de toi et agite une baguette au-dessus de ta jambe brisée. La blessure guérit comme par miracle.
Moi : Mais comment… Je pensais que la magie ne marchait pas comme ça dans ce jeu.
NdT : Normalement c’est un peu plus metal
Le reste de l’équipe s’empressa de demander aux étrangers de guérir leurs blessures. L’humain et l’elfe firent le plus gros du boulot, pendant que l’homme en tunique dorée observait avec une expression incroyablement arrogante sur son visage.
Wes la Fouine : Et l’homme en tunique dorée observe avec une expression incroyablement arrogante sur son visage.
Moi : Mon personnage remercie les étrangers et leur demande leur noms. Mon personnage leur dit que son nom est Addlebert.
P'tit Pervers : Mon nain fait la révérence et leur dit que son nom est Ralphus.
Bâtard de Tricheur : Mon noble se présente en tant que Chevalier de Pardaillec, et leur déclare que si jamais ils passent par son fief, très vaguement défini mais lointain, ils seront les bienvenus.
Grobert Smith : Le Cliché qui Clashe les remercie de la seule façon qu’il connait : en leur offrant une lithographie représentant ses tétons.
El Disgusto : Mon ratier s’avance et leur dit : « Salut ! Je m’appelle Al Bruno - troisième du nom - et j’adore le goût de la défaite ! »
Moi : Ça suffit, t’es mort !
El Disgusto : Quoi ? Je fais du roleplay, Ducon !
Moi : Espèce de SOCIOPATHE puant !
Grobert Smith : Non ! Personne ne se battra dans ce sous-sol. Ce sous-sol est un sanctuaire. Maints rêves sont nés et sont morts dans ce sous-sol. C’est ici que j’ai fait l’amour à Asenath (2) pour la première fois, sur le futon, juste ici.
Moi : Hé, qui veut échanger de place ?
Grobert Smith : Et c’est ici, sur ce coin de tapis encore maculé de larmes, que je l’ai suppliée de ne pas me quitter mais, hélas, il était trop tard. Le mal était déjà fait.
Moi : Personne, vraiment ?
P'tit Pervers : Pas que ça m’intéresse, parce que c’est pas le cas, vraiment, mais pourquoi est-ce qu’elle t’a quitté ?
Grobert Smith : Je n’ai fait que gémir le nom de Nicola Sirkis dans les affres de la passion, au lieu du sien. Une erreur que quiconque ayant écouté un album d’Indochine aurait pu commettre.
Moi : Je donne un billet à celui qui échange sa place avec moi. Tout ce que j’ai !
Wes la Fouine : Les étrangers vous offrent de vous emmener sur leur vaisseau.
Darren Collatéral : C’est tentant.
Moi : Un vaisseau ? Il y a une rivière à proximité ?
El Disgusto : Oh putain. T’es con ou quoi ?
Moi : Peut-être assez con pour qu’un futon vienne de me refiler des morpions.
Bâtard de Tricheur : Al, réfléchis un peu.
Wes la Fouine : Vous êtes là pour jouer ou quoi ? Est-ce que vous allez monter dans le vaisseau, rejoindre leur équipage et combattre la menace troll partout où vous la trouverez ?
Moi : Je comprends rien à ce qui se passe.
P'tit Pervers : Mais si : un elfe aux oreilles pointues, une « magie » étrange, des uniformes bleus et dorés…
Moi : Oh mon Dieu. On fait un crossover avec Star Trek. Dans Warhammer.
Grobert Smith : Fascinant.
Moi : Wes, tu penses pas que t’as trop bu ?
Wes la Fouine : J’ai bu juste assez, je kiffe les modificateurs mon gars !
Moi : Je crois qu’on devrait s’arrêter là pour ce soir. Il fait n’importe quoi.
Darren Collatéral : Ah non. On ne s’arrête pas de jouer avant que mon personnage ne mette la main sur un phaseur.
Bâtard de Tricheur : Carrément.
P'tit Pervers : Alors… Asenath est célibataire à nouveau ?
Wes la Fouine : Bon, les cassos, vous vous téléportez sur le vaisseau ou pas ? Le capitaine attend votre réponse.
El Disgusto : Ab3 le ratier y va, ne serait-ce que par espoir que la science bizarre de ces gens puisse le guérir de sa nullité chronique.
Grobert Smith : Mon personnage se pâme à l’idée qu’il puisse un jour fouler du pied l’Anneau de Soshern.
P'tit Pervers : C’est quoi l’Anneau de Soshern ?
Grobert Smith : Un endroit que nos personnages pourraient peut-être explorer ensemble. (3)
Illustration de la fanfiction l’Anneau de Soshern par Juanne Michaud
Moi : Les gars, tout ça est dingue et Wes est tellement bourré que demain il s’en souviendra même pas.
Darren Collatéral : Mais on aura nos phaseurs.
Bâtard de Tricheur : Et il pourra pas nous les enlever.
Wes la Fouine : Alors tout le monde vient à part le perso de Ab3 ?
Moi : C’est une question de principe.
Wes la Fouine : Très bien. Le reste de l’équipe se téléporte sur l’Entreprise avec les étrangers. Addlebert reste au sol.
Moi : Bon, alors du coup…
Wes la Fouine : Et c’est là qu’un leprechaun apparait à côté de ton perso.
Moi : Quoi ? Un lutin magique ? Attends, il y a pas de leprechauns dans Warhammer, non ?
Wes la Fouine : Insulté par ce commentaire, le leprechaun sort un gros schlass à la Rambo et surine ton perso à l’entrejambe encore et encore et encore jusqu’à ce que…
Je ne peux qu’imaginer que l’attaque du leprechaun aurait été fatale à mon personnage, car c’est à ce moment-là que Wes commença à vomir dans son carton bourré de suppléments de JdR.
Wes la Fouine : Blurp !
Moi : Ah bah bravo Darren, c’est comme ça que ça se passe à la Gen Con aussi ?
Wes la Fouine : Bluuuurgghh !
Bâtard de Tricheur : Ouais c’est ça, la Gen Con. On devrait peut-être boire dans un trophée de concours de slam.
P'tit Pervers : En – hinhinhin – en regardant une illustration de Bob Kane ?
Wes la Fouine : Bleeerrrggghhh !
El Disgusto : Avec des étudiantes ?
Moi : Qu’est-ce que vous racontez, bande d’idiots ?
Grobert Smith : Je dois t’avouer que tu viens de participer à une expérience sociale concoctée par El Disgusto.
Wes la Fouine : Blaaaarrrrgggghhhh !
Moi : Expérience sociale ?
El Disgusto : Eh ben, après avoir fait une blague en prétendant avoir un dessin de Bob Kane, je me suis rendu compte que tu m’avais cru, et on s’est tous rendu compte que tu nous croyais quand on te disait des trucs.
Me: “But why would you lie to me?”
Moi : Mais pourquoi est-ce que vous me mentiriez ?
El Disgusto : Parce que c’est marrant !
Wes la Fouine : Blaaaaarrrrrggggghhhhh !
P'tit Pervers : Et tu nous a avoué des trucs vraiment rigolos.
Moi : Rigolos ?
Darren Collatéral : Comme quand tu as dis à Grobert comment tu avais réagi quand un éditeur t’avait envoyé une lettre pour t’expliquer pourquoi ton roman ne serait jamais publié ? Non seulement tu as chialé, mais en plus tu t’es caché sous ton bureau pendant une heure ?
Moi : J’avais vraiment beaucoup de peine…
Bâtard de Tricheur : Ou quand tu as dit à El Disgusto que ton arrière-grand-mère t’appelait Pattes de Mouches ? À pisser de rire !
Wes la Fouine : Blaaaaaarrrrrrgggggghhhhhh !
Moi : Je vous ai dit tout ça parce que je pensais que vous étiez mes amis.
Grobert Smith : Malheureusement, nous ne sommes pas amis, mais des rôlistes, mal-aimés et indésirables. Nous secouons nos dés pour éloigner le spectre de nos échecs et du mépris que nous éprouvons pour nous-mêmes. Et, tu sais, l’histoire que tu as raconté à Darren, quand tu as rencontré ton auteur préféré et qu’il t’a traité de pauvre petit fayot devant une foule hilare ? On pourrait en écrire des chansons.
Moi : Les gars, c’est vraiment pas une manière de traiter quelqu’un. Si tout cela n’est qu’une blague, c’est le moment de me le dire avant de me sentir blessé.
El Disgusto : Ah, ce Al, toujours à parler de ses sentiments.
Moi : Tu veux dire que rien de ce que vous m’avez raconté n’est vrai ?
El Disgusto : J’ai jamais rencontré Bob Kane.
Wes la Fouine : Blaaaaaaarrrrrrrggggggghhhhhhh !
Darren Collatéral : J’ai jamais été à la Gen Con. Je n’ai légalement pas le droit de quitter l’État avant plusieurs années.
Grobert Smith : Et je n’ai jamais participé à un concours de slam, et encore moins gagné de trophée.
Moi : Et les étudiantes, P’tit Pervers ?
P’tit Pervers : Et bien techniquement elles ont dû être étudiantes… au début des années 50.
El Disgusto : Beurk.
P'tit Pervers : Laissez-moi vous dire qu’on appelle pas ça des bouffées de chaleur pour rien.
Moi : Et ce que je t’ai dit ? C’était plutôt intime.
Wes la Fouine : Blaaaaaaaarrrrrrrrgggggggghhhhhhhh !
P'tit Pervers : Tu veux dire le fait que tu te masturbes dans tes chaussettes ?
El Disgusto : Al, tu as donné un tout nouveau sens à l’expression « se taper la lessive ».
Bien sûr, je sortis en trombe de la maison de Grobert mais, comme j’ai dit précédemment, il n’est pas possible de quitter dignement une table de jeu, en pleurant. Sur le chemin du retour, je me dit qu’il faudrait que je sois idiot pour retourner jouer avec ces types, mais il faut croire que je n’avais toujours pas compris la leçon.
En arrivant chez moi je n’arrivais pas à dormir, donc je terminai les tâches ménagères en retard. Je passai enfin la serpillère dans la salle de bain, époussetai mes étagères. Et oui, je fis la lessive, mais sans ajouter de « détachant ».
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