Toujours plus de mésaventures Grandeur Nature

© 2001 RP Bowman

Critical Miss, le magazine pour les rôlistes dysfonctionnels, présente

Je sympathise pleinement avec le pauvre Archimedes et je confirme ses observations sur Vampire : La Mascarade. J’ai, malheureusement, participé à une dizaine de parties moi-même et j’ai eu la honte de mener les quatre premières.

Pourquoi dois-je m’infliger ceci, encore et encore ? Quelque fantasme dément, ou quelque besoin refoulé, peut-être ? En dépit de l’amère déception que j’ai ressentie lorsque j’ai ouvert la première version en boîte de La Mascarade, en 1993 (Dieu ! Comment ai-je pu être aussi jeune et inconscient ? J’ai dépensé 30 $ pour ce truc !) et que j’ai découvert avec horreur qu’ils s’attendaient réellement à ce que je joue à pierre-papier-ciseaux dans des réunions publiques ou semi-publiques ; en dépit de ceci, j’ai foncé tête baissée et J’AI INVITÉ MES AMIS Á JOUER.

J’ai invité tous mes amis et, un ou deux mois plus tard, ils n’étaient plus mes amis. Je n’étais particulièrement plus le bienvenu chez eux. C’était horrible, impensable, et je ne comprenais même pas ce qui arrivait.

Voilà ce qui vous passe par la tête lorsque vous décidez d’organiser une partie de La Mascarade.

“Hé! J’ai dépensé un paquet de pognon pour ce truc et je me suis pour ainsi dire amusé avec Vampire sur table… en quelque sorte. Il n’y a que le MJ qui se mettait en travers de mon chemin. Peut-être qu’une partie en Live Action ne nécessitera que peu ou pas du tout d’intervention du MJ ! Je pourrais laisser quelques indices et accessoires ici ou là, donner aux gens quelques motivations de base et l’histoire se déroulera d’elle-même. Cela pourrait être, comme c’est dit sur la boîte, du théâtre expérimental.”

Maintenant, je ne sais pas pour vous, mais je n’ai jamais réellement assisté à un spectacle de théâtre expérimental de bout en bout. Mon père y est allé, dans les années 60, et il ne peut en parler sans avoir ce regard tourmenté qu’il a aussi lorsqu’il raconte des scènes de torture du Viêt-Nam.

La seconde chose à laquelle vous pensez à propos du jeu, une fois que vous avez démarré la partie et qu’il devient évident que tout le monde ressent encore le besoin DE FAIRE PASSER PAR VOUS TOUS LES PETITS TRUCS QU’ILS VEULENT QUE LEUR PERSONNAGE FASSE, vous le MJ (ou le “Conteur” en patois whitewolfien) est : “Houlala, ils aiment toujours mes décisions. Je suis flatté, je vais recommencer, et bientôt !”

Vous ne remarquez pas le chaos, l’ami qui ne vous rappelle plus, et les ruines de ce qui fut autrefois votre maison bien rangée. Vous êtes ivre de la gloire de commander à une foule d’artistes libres-penseurs, de gens qui élèvent le Jeu toujours plus haut, et vous organisez une deuxième partie. Dans cette partie, il y a encore plus de monde et vous remarquez avec délice que le nombre de femmes dans votre vie s’est accru de façon exponentielle. Non seulement cela, mais en plus ces femmes sont habillées de résille noire sexy, qui rendrait n’importe qui attirant, et portent ce genre de maquillage audacieux que vous n’avez vu que dans les vidéos de groupes rock des années 80.

Vous vous dites alors “Oh ! Oui ! C’est bien mieux qu’AVANT.”

Mais, ce que vous ne réalisez pas, pendant que vous et vos compatriotes mâles parlez de ces filles si si si sexy, c'est qu'elles parlent de la puissance de leur personnage ou, si vous avez de la chance, de drogue.

À ce stade, il est trop tard. Des gens dont vous ne soupçonniez même pas l’existence apparaissent dans votre vie. Des gens qui NE VOUS ÉCOUTENT PAS, mais qui ne vous gratifient pas de la courtoisie de vous le dire franchement, comme vos amis le faisaient. En outre, il devient de plus en plus difficile de construire des intrigues pour quarante ou cinquante personnes qui ont leurs propres plans, et… et…

Vous déclarez, à peu près lors de la troisième nuit, que – Oups ! – personne n’a remarqué que la maison était bourrée de C-4 et que cette orgie des Damnés (trois mecs courant autour de la maison en hurlant, une quinzaine s’ennuyant et fumant sur le lit, plusieurs demandant où est réellement l’alcool et deux cherchant un endroit où violer un enfant prostitué imaginaire) a été éparpillée dans l’atmosphère. Non seulement ils ne pigent pas, mais ils se contentent de sortir et de s’égailler dans la véranda. Alors vous leur dites qu’ils sont tous morts et ils vous portent un toast avec quelque chose qui n’est pas du sang. C’est à ce moment que vous réalisez que, de ces quelques cinquante personnes qui font partie de votre vie, vous n’en connaissez aucune.

Peut-être que, si vous avez de la chance, vous comprenez le message et vous vous excusez auprès de vos camarades dérangés et maintenant encore un-peu-plus-psychologiquement-traumatisés. Puis vous retournez à la table de jeu.

Mais, peut-être êtes-vous comme moi et pensez-vous “Qu’est-ce qui a foiré ? Peut-être devrais-je essayer d’être joueur ?”. Et vous avez entendu des histoires à propos de gens qui se sont réellement (Horreur !) TOUCHÉS lors d’un GN, alors vous rejoignez le fan-club officiel de La Mascarade et, juste pour assurer vos arrières, vous vous assurez que ce fan-club joue une version “Contes de fées” de l’univers de jeu.

”Vous y allez, craignant le pire, seulement pour découvrir que, quoi que vous disiez, qui que vous contactiez et quoi que vous fassiez, IL NE SE PASSE FOUTREMENT JAMAIS RIEN. En fait, les règles (si vous arrivez à les comprendre) sont écrites de telle manière que les gens sont dissuadés d’interagir les uns avec les autres. Ils mettent “Timide” comme trait de caractère dans un jeu qui repose sur l’interaction pour toute sa dynamique. Non seulement ça, mais il n’y a pas d’intrigue (c’est logique, de toute manière) et la MJ reçoit avec un sourire béat celui qui vient la voir comme un chiot idiot et perdu (et pour venir la voir, il faut avoir quelque chose à faire).

Personne ne semble connaître les règles. Vous êtes coincé dans une société avide d’un pouvoir qui est absent, avec de l’argent qui n’existe pas et de jolis minois qui ne veulent pas vous parler. De plus, aux US, il n’y a ni drogues, ni alcool, ni cigarettes.

Alors vous trouvez un type, un nouveau, et vous faites de sa vie un enfer tout au long de la soirée. Le lendemain, ils viennent vous entourer et vous disent tous combien vous avez été génial et combien ils sont impatients de vous voir à la prochaine soirée.

Oui, Archimedes, ils m’ont dit cela aussi. Cela s’appelle “amadouer le pigeon” et l’idée est que vous soyez tellement avide de louanges et d’adulation que vous y retournerez. Tu as cogné le gars qui a essayé ça sur toi, mais moi, non, j’étais trop naïf et j’y suis retourné encore et encore.

Je sens aussi le désir monter à nouveau en moi. Je pense “J’écrirai un meilleur scénario. Je peux faire mieux que ça. J’écrirai un GN qui n’a absolument pas besoin de MJ, où les joueurs se régulent tout seuls et où les anciens sont forcés de donner aux nouveaux des indices et des conseils. Je le servirai avec de la confiture à la menthe dans une jolie robe de dentelle. La lou li la lou, la vie sera si merveilleuse avec si peu de piano !!!”

Et je rirai alors qu’ils me ramèneront de force dans leurs griffes. Ils ne s’en douteront même pas. Hé ! Hé ! Hé !

Malludituri te Salutant.

Ceux qui vont jouer comme des pieds te saluent !

Article original : More Live Action Misadventures

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Cet article fait partie d'une compilation sur la malchance rôliste et ses multiples avatars : l'ebook n°13 : Fatal Fumble

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