Cat Rambo m'a appris D&D

Cette semaine, on fête l’anniversaire de ma sœur Cat Rambo (1).

Sans elle, je ne serais probablement pas un rôliste. Je ne sais pas. Je n’aurais pas vu quelqu’un se lancer à corps perdu dans ce qu’il aime sans se soucier du regard des autres (les parents, les collègues, les crétins). Je n’aurais sans doute pas eu ce modèle à suivre.

Elle m’a appris à jouer à D&D en 1976, après avoir reçu la boîte à Noël 1975. Je me souviens de notre première partie. Je n’étais pas sûr de ce que nous faisions, mais un rat géant a attaqué. Je me suis battu, je l’ai tué, et j’étais plutôt content.

“Tu veux fouiller le rat pour voir s’il y a un trésor ?” demanda-t-elle.

“Comment ?

– Tu l’éventres.”

J’ai éventré le rat et j’ai trouvé des pièces d’argent et une dague.

J’étais devenu accro. Fait et refait.

Je me souviens qu’elle m’a laissé la suivre quand elle descendait au Griffon (2) pour jouer. Je me souviens avoir créé un boucher à Tékumel. Je me souviens avoir assisté à une session de DUEL pour Vilains & Vigilantes lorsque les horribles envahisseurs-graines ont attaqué, et que quelqu’un a métamorphosé un enfant en argile pour les arrêter. Je me souviens qu’elle a fait jouer The Thieves of Fortress Badabaskor et des troncs flottants qui se sont avérés être des crocodiles.

Elle a joué dès les premiers temps du JdR dans le coin, en étant souvent la seule joueuse dans ces groupes. J’ai vu les galères qu’elle a traversées. Elle pouvait raconter des anecdotes sur les moments drôles, mais je savais qu’il y avait beaucoup plus de choses dont elle ne parlait pas. J’en ai vu certaines. La misogynie, les blagues sur les viols de personnages, les fans de Gor de John Norman (3), la condescendance et même la mésentente entre les rares joueuses. Si je peux prétendre au droit d’être qualifié de féministe, prétendre avoir un quelconque regard éclairé sur les questions relatives aux femmes et notamment à leurs luttes dans les milieux de ce loisir, cela me vient de ma sœur. Elle aimait la fantasy et la SF, elle aimait les jeux, et elle continuait à avancer sans se soucier des comportements des connards autour d’elle.

Une année, pour ma fête d’anniversaire, elle a monté un spectacle que j’ai bêtement gâché à la fin. Elle avait mis au point un spectacle de magie flippant pour les amis morveux de son stupide petit frère. Elle a construit une console de commande et un transporteur escamotable pour mes figurines Star Trek Mego (4).

Pour une autre de mes fêtes d’anniversaire, elle a mené une formidable partie de D&D avec une carte qu’elle avait créée et qu’elle révélait soigneusement au fur et à mesure de la partie. C’était dans les années 70 et elle avait fait tout ça à la main avec des marqueurs et des bouts de papier. En vérité, c’est à ce moment que j’ai su que je voulais devenir MJ – lors de cette partie. Elle m’avait montré que cela pouvait être une expérience plus riche que de parcourir une liste et de lancer des dés.

Elle m’a présenté aux gens qui ont constitué les fondations du groupe de jeu avec qui je joue aujourd’hui. Je joue même encore aujourd’hui avec un de ces gars, Alan, quelques 30 ans plus tard. Elle a mené une campagne de L’Appel de Cthulhu pour me montrer ce que c’était, même si j’étais trop jeune pour tout comprendre. Elle m’a laissé venir à la table de son groupe Rolemaster quelques fois pour que je voie à quoi ressemblait l’élaboration d’un univers de jeu inventé. Plus important encore, elle m’a laissé mener les choses pour ses amis une fois que j’ai commencé à jouer les MJ. Elle m’a donné la confiance nécessaire pour essayer, et échouer.

Je l’ai suivie dans les trucs de fans…

Elle collectionnait plusieurs comics, pas seulement les éditions grande taille de Batman et Superman que j’achetais. J’ai lu ses BD des séries Daredevil de Miller, X-Men de Byrne et Claremont, l’original Marvelman de Moore dans [le magazine] Warrior, Warlord de Grell, The Defenders, et bien d’autres.

Je suis venu à Dr. Who non pas par la série TV, mais par les livres. Elle possédait toutes les novélisations [adaptation de séries ou film en roman (NdT)] américaines des éditions Pinnacle, et je les ai adorées. Ce n’est qu’après les avoir lues que j’ai vu la série télévisée.

J’adore les jeux de plateau et elle m’a montré qu’il y avait bien plus que le Cluedo. Nous avons joué à Rencontre cosmique, The Sorcercer’s Cave, Talisman, Darkover, Quirks, et d’autres.

Grâce à sa collection, j’ai commencé à lire des romans de SF et de fantasy que je chapardais : Roger Zelazny, Andre Norton, Steven Brust, Marion Zimmer Bradley, Piers Anthony, Tanith Lee, Jo Clayton, et plus encore.

Peut-être y aurais-je trouvé mon chemin, mais elle m’a guidé hors des sentiers balisés vers des choses moins convenues et plus intéressantes.

Nous nous sommes battus, nous nous sommes disputés, tous ces trucs que font les frères et sœurs.

Quelques-unes de mes plus grandes fiertés sont les fois où elle m’a complimenté sur mon bon goût, parce ce que j’avais trouvé un livre qu’elle ne connaissait pas, ou une série de bande dessinée qu’elle avait regardé sans l’acheter. Je me souviens quand elle a quitté la partie que je menais et a parlé des choses qu’elle voulait que son personnage fasse.

J’aime les jeux et tous ces trucs : toute la fantasy, la SF, les espaces imaginatifs, la métafiction, penser à des histoires, savoir faire preuve d’ouverture, créer des expériences remarquables pour les joueurs, et tout ça. Cat m’a conduit jusqu’ici. Elle m’a montré combien cela pouvait être cool. Et elle m’a montré les mille façons de passer outre les gens qui essaient de rendre ça moins cool.

Ma sœur est une foutue pionnière.

Créez de belles œuvres [référence au discours de Neil Gaiman : Make Good Art (NdT)]

Ma sœur est écrivain, et a été nominée pour le prix Nebula (5). Vous devriez acheter et lire ses livres :

Joyeux anniversaire, Cat.

Article original : Cat Rambo Taught Me D&D

(1) NdT : Cat Rambo est une auteure de SF et de fantasy : http://www.kittywumpus.net/blog/ [Retour]

(2) NdT : Le Griffon est une librairie et une boutique de jeu de South Bend (Indiana), la ville où a grandi l’auteur. [Retour]

(3) NdT : Dans les romans du cycle de Gor (wiki), les femmes se doivent de satisfaire les moindres désirs des hommes, et John Norman trouve des justifications philosophiques à cet état de fait. [Retour]

(4) NdT : Un vrai jouet bien vintage et bien mythique en direct des 70’s ! Voir le Mego Museum[Retour]

(5) NdT : Un des prix littéraires SF et fantasy les plus prestigieux. Nomination en 2012 pour une des nouvelles de son recueil Near + Fear[Retour]

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