PNJ: les bases

Il y a quelques années, j’ai vu quelque chose qui m’a fortement marquée, jusqu’à maintenant. Ça n’a rien à voir avec Shadowrun, mais c’est un assez bon exemple du genre de choses dont je veux parler dans cette rubrique.

J’étais en train de faire quelques courses au supermarché du coin, m’occupant de mes affaires, déambulant dans les allées, lorsque je vois une femme au détour d’un rayon. Une femme relativement discrète – entre deux âges, d’un physique anodin, le genre de femme que vous voyez tous les jours au supermarché… Sauf que.

Elle avait les bras remplis à ras bord d’environ 20 petites boîtes de Massengil.

Bon, si vous ne savez pas ce que c’est que Massengil, je laisse le soin au lecteur, à titre d’exercice, de faire ses recherches. Disons tout simplement que ce n’est pas le genre de chose que l’on voudrait acheter par paquets de 20 [Massengil est une marque de poire à lavement vaginal (NdT)].

Je ne maîtrisais pas Shadowrun à l’époque, mais j’écrivais encore, donc mon esprit a immédiatement cherché à trouver des raisons plausibles expliquant pourquoi cette femme faisait cela. Je dois admettre que je n’en ai pas trouvé beaucoup, mais j’ai gardé l’image dans un coin de mon cerveau pour un usage ultérieur. Je n’ai aucun doute qu’un de ces jours [les personnages de] mes joueurs vont rencontrer une femme en train de porter une vingtaine de boîtes de l’équivalent du Massengil en 2050.  Peut être ne sera-t-elle qu’un élément du décor, ou bien une part complète de l’histoire… qui sait ? Mais elle est là pour quand j’en aurai besoin.

D’une certaine manière, les bons PNJ sont plus faciles à créer que les bons PJ, et d’une autre, ils sont plus difficiles. Faciles, parce qu’ils ne sont en général sous les feux des projecteurs que pour un très court laps de temps, donc vous n’avez pas besoin de connaître leur personnage et leurs motivations en profondeur. Difficiles, parce que vous devez souvent les créer à la volée, donc vous n’avez pas beaucoup de temps pour imaginer à quoi ils ressemblent.

Créer un PNJ à la volée est en fait assez facile, une fois que vous avez pigé comment il fallait faire. Vous devez tout simplement garder à l’esprit quelques éléments importants :

  • Les PNJ sont des gens (ou des dragons, ou encore des esprits insectes) comme les autres.
  • Les PNJ ont une vie en dehors de leur intervention dans la partie,
  • Les PNJ (tout du moins ceux dont je parle ici) sont habituellement créés dans un seul but, et amenés en jeu pour une seule raison.
  • L’inspiration pour les PNJ peut venir de n’importe où.
  • Pour les PNJ, une bonne « accroche » peut être plus efficace que des pages entières de background.

Regardons ces points un par un. Le premier semble a priori évident : les PNJ sont des gens comme les autres. Ou tout du moins, ils le sont s’ils sont bien joués. Bien souvent, vous n’avez pas vraiment besoin de le montrer : gardez-le juste en tête. Oui, les PNJ ont été créés dans le seul but d’être malmenés, de fournir des informations ou encore d’embêter ou aider les PJ. C’est un fait. Mais si vous gardez à l’esprit que le PNJ qui mène la vie dure aux joueurs en refusant de révéler une information vitale est un être humain (ou un orc, un nain ou un esprit déguisé), cela pourrait fournir ce petit « quelque chose » qui sort le PNJ du décor et de ses caractéristiques, pour le rendre un peu plus réel (1).

Dans la suite logique de cette idée grossière (les PNJ sont des gens comme les autres) vient le fait qu’ils ont une vie. Imaginez la rencontre entre le PNJ et les Personnages-Joueurs comme un petit instantané de l’existence de cette personne. Il vient de faire des choses juste avant de rencontrer les PJ et il fera probablement autre chose après (si l’on admet que les PJ ne le tueront pas, bien sûr)(2). Pas besoin d’en faire trop avec cela – le garde qui va très certainement se faire exploser la tête par l’équipe de [personnages-joueurs] runners, et à qui vous avez créé tout un background, est aussi distrayant qu’une silhouette de carton qui surgit, crie « Stop !» et se fait exploser. Mais un peu de réflexion « globale » peut permettre de faire un grand pas en avant pour donner de l’épaisseur aux PNJ.

Tout en réfléchissant à cela, rappelez-vous que ces PNJ de passage sont là pour une raison - et dans le Monde Réel (c’est là où vous et moi vivons le plus souvent), ils ne sont pas si importants. Le garde est là pour être tué ou bien repoussé par les runners en train de s’infiltrer dans le laboratoire de recherche d’Aztechnology. Le camé nain est là car il a vu des choses que les runners ont besoin de savoir. La fille de joie est là car elle a été payée pour distraire un des personnages suffisamment longtemps pour que sa partenaire lui vole son crédit-tube [≈ carte de crédit, NdT]. Le marchand de hot-dogs est là parce que… euh… parce que le PJ samouraï des rues de l’équipe a décidé qu’il ne pouvait continuer sans son sandwich favori. Une bonne utilisation des PNJ est bien équilibrée si vous trouvez le bon compromis entre accorder trop d’attention aux PNJ de passage, et ne pas assez s’y intéresser.

Bon, alors, je vous entends déjà dire « Tout ça c’est bien cool, mais comment je crée des PNJ, moi ? » (J’ai vraiment de bonnes oreilles. Croyez-moi.) La première chose à savoir est que l’inspiration peut venir de vraiment n’importe où. Le monde est votre terrain de jeu. Vous avez des amis avec des traits de caractère originaux ? Empruntez-les ! (Les traits, pas les amis). Vous croisez un inconnu intéressant dans un magasin, à la bibliothèque, en train de marcher dans la rue ? Créez une histoire sur ce à quoi la vie de cette personne peut ressembler. Inspirez-vous des personnages d’autres histoires : qu’est ce que ça donnerait, une femme troll de plus de 2m70 avec la personnalité de Marylin Monroe, ou un fixer [un personnage ayant de nombreux contacts, NdT] qui parle comme Humphrey Bogart ? Trop évident ? OK, alors prenez des personnalités venant de films obscurs, d’émissions de télé ou de livres que vous avez lus ou vus, mais qui soient inconnus de vos amis.

Changez-les juste un petit peu pour qu’ils ne soient pas complètement identifiables. Vous avez besoin d’un barman ? Prenez comme modèle Al dans la série télé Happy Days ou le barman de l’épisode Tribulations de Star Trek. Pourquoi inventer vos propres personnalités quand il y en a déjà autant d’existantes, pour peu qu’on cherche un peu ?(3), recycle aussi les seconds rôles qu’il connaît]. Bien sûr, je pense que c’est mieux de les inventer totalement, mais ce n’est ni toujours facile, ni toujours possible. N’ignorez pas les vastes ressources à votre disposition.

Enfin, souvenez-vous qu’une bonne « accroche » est votre meilleure amie quand vous inventez des PNJ à la volée. Une fois que vous avez décidé que votre cyberzombie a les mêmes motivations de base que le méchant Terminator, vous avez fait 90% du chemin. Vous pouvez vous arrêter là et prendre votre pied en jouant le PNJ, car vous savez où il va. Si vous savez que M. Johnson [nom de code du commanditaire typique d’une mission, NdT] a pour modèle [l’humoriste américain qui jouait le rôle récurrent d’un avare] Jack Benny, alors vous savez à quel point il sera difficile de le faire lâcher une rallonge de nuyens pour le boulot pour lequel il embauche les PJ. Si la motivation première de votre camé nain est d’accumuler suffisamment de crédits pour s’acheter sa prochaine dose, cela peut définir de bien des manières ce qu’il dira ou ne dira pas aux runners, et ce qu’ils devront lui offrir pour lui faire cracher le morceau.

Les accroches de PNJ vous libèrent l’esprit pour vous permettre de réfléchir à comment avoir toujours une longueur d’avance sur les PJ (ce qui n’est jamais facile), tout en permettant aux gens qui peuplent votre monde d’être aussi riche et détaillé que possible.

Maintenant, voyons… peut être qu’elle a besoin de tout ce Massengil pour un rituel chamanique étrange qui implique l’invocation de l’esprit de…

Oh, oubliez ça…

article original : NPC 101


 

(1) NdT : …et empêcher les personnages des joueurs de massacrer les PNJ. Pensez à tout à coup, humains [Retour]

(2) NdT : cette technique permet en outre de raccourcir de longues minutes d’interrogatoire en cours de partie, comme l’explique Excusez-moi, je dois y aller [Retour]

(3) NdT : Robin Laws, dans Internet est votre antisèche [Retour]

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