L'évolution du Grosbill

Arrêtez de vous en prendre aux “grosbills”

NdT : Cet article a été traduit une première fois par Benoist Poiré sur notre site partenaire www.cerbere.org. Qu’ils en soient remerciés.

[Le site de Monte Cook] est un site de jeu de rôle, alors pourquoi pas une gueulante rôliste ?

Prêts ? Bien. Parce que celle-là va mettre mal à l’aise pas mal de monde – je vais défier ce que vous pensez être une bonne manière de jouer.

J’étais un de ces chanceux qui furent entraînés dans Internet assez tôt. Lorsque ce n’était, de mon point de vue, que de l’Usenet (et quelques MUD).

Je pensais bien qu’il devait exister d’autres utilisations d’Internet, à part lire ce qu’un type lambda avait pensé de l’épisode [Star Trek] Next Generation de la nuit dernière, ou de combattre des monstres dans des donjons en format texte, mais je ne les connaissais pas.

C’est durant cette période, il y a 10 ou 11 ans environ, que je fus initié au terme “grosbill” (“munchkin”). Pour ceux qui seraient apparemment novices au JdR, à Internet, voire aux deux, les grosbills sont… eh bien, c’est bien là le problème, n’est-ce pas ? Tout le monde utilise le terme “grosbill”, mais personne ne semble l’utiliser exactement de la même manière.

Les grosbills pourraient être :

  • Des rôlistes qui veulent des personnages à l’image des dieux
  • De jeunes rôlistes qui n’ont pas encore “mûri” au-delà de concepts comme le Porte-Monstre-Trésor.
  • Des gens qui sont plus intéressés par les mécaniques de jeu que par le roleplay.
  • Quelqu’un qui joue un jeu de rôle d’une façon qui ne vous plaît pas.
  • Quelqu’un qui joue un jeu de rôles qui ne vous plaît pas.
  • Quelqu’un qui ne vous plaît pas.

“Grosbill” est un terme presque inutile. J’ai vu des gens se plaindre de rôlistes “grosbills” et en tant qu’observateur extérieur je pouvais me rendre compte qu’ils parlaient en fait de types de joueurs complètement différents.

Mais tout le monde aime utiliser ce terme, parce qu’il signifie en fait “un rôliste pas aussi doué que moi”. Ceci est fondé sur l’idée que les rôlistes mûrissent et s’améliorent intrinsèquement au fil du temps. Vous voyez, il y a une idée communément admise qui déclare que lorsque vous commencez à jouer au jeu de rôle, vous vous intéressez plus aux chiffres et à tuer des trucs. Plus tard, vous devenez plus mature et vous évoluez, pour ne plus vous occuper de telles trivialités et autres bas divertissements, mais vous vous étendez plutôt sur l’immersion profonde dans le personnage et la narration d’une histoire. De ce fait, le style le plus mature est clairement meilleur parce qu’il est, en fait, plus mature.

Tuuuut ! Merci d’avoir joué.

Je n’y crois pas. Pas seulement la partie sentencieuse, mais toute l’idée d’évolution. Vous commencez à jouer et vous vous enflammez pour tout ce qui a trait au JdR. C’est tout nouveau, donc “les orcs qui menacent le village” est une histoire – et c’en est une que vous n’avez jamais entendue jusqu’ici, parce que vous êtes néophyte. Vous vous intéressez aux mécanismes du jeu parce que vous le devez, juste pour garder la tête en dehors de l’eau. Et certainement, c’est amusant de décapiter le chef orc, prendre ses 78 p.o. et son cimeterre +1.

Parce que vous ne l’avez jamais fait auparavant.

Plus tard, quelquefois BIEN plus tard, vous commencez à changer. Taillader ses ennemis en pièces devient agaçant et les couper en rondelles ne semble plus vraiment convenable. Vous décidez d’essayer de découvrir s’il pourrait y avoir quelque chose de plus. Là, les rôlistes prennent généralement l’une de deux voies :

Voie 1 : la voie du dur réalisme. Également connue sous le nom de voie Rolemaster™. Vous aimez les JdR, mais la simplicité des jets d’attaque et de dommages, les points de vie trop abstraits, ne sont tout simplement pas suffisants. Vous voulez savoir exactement si vous touchez l’orc, quels tendons ont été déchirés suite au contre-taillant de votre lame et quel effet cette blessure va avoir sur l’orc le prochain round, même si c’est seulement une pénalité de -2 aux jets de perception parce qu’il a une goutte de sang dans l’œil. Ce que vous voulez, ce sont les blessures critiques, échecs critiques et accidents critiques de char à bœufs table L-7. Vous voulez tenir compte de chaque action à la fraction de milliseconde près. Vous voulez que votre personnage avec 1 point de compétence placé en Arc-zen-sous-marin soit vraiment différent de cet autre personnage dont le joueur n’aurait pas su que la compétence était utile (sans parler de sa disponibilité).

Voie 2 : la voie du conteur. Aussi connue sous le nom de voie du Conteur™. Vous aimez les jeux de RÔLE, mais détestez les JEUX de rôle. Vous voulez écrire des traités de 24 pages sur la qualité de l’eau du village natal de votre personnage. Vous voulez sortir de chaque session de jeu en vous lamentant sur la mort du noble Roi Carlsbad ou vous réjouir de la mort du despote Carlsbad (peu importe, pourvu qu’il y ait de l’émotion). Vous ne voulez pas lancer les dés, vous voulez illuminer, animer toute la table de jeu avec une chanson de votre enfance et passer le reste de la session à discuter avec le PNJ palefrenier à propos de la qualité de l’avoine dans la région depuis la pénurie d’il y a sept ans – et vous ne possédez même pas de cheval.

La plupart des gens croient que l’une ou l’autre de ces voies est une fin en soi, et – évidemment – qu’elles sont mutuellement exclusives.

Non. Ces deux suppositions sont fausses. J’ai travaillé sur quelques jeux différents durant ma carrière, mais l’une des expériences les plus étranges qu’il m’ait été donné de vivre fut de travailler avec les gars qui bossent sur Champions [JdR de super-héros ; initia la création de personnages par points, NdT]. Ces gens-là jouaient à Champions (pardon – ils jouaient avec le Hero System) trois, quatre fois par semaine, et je me suis joint à eux. Mais ces gens-là étaient tous des rôlistes de la voie 2. Ils jouaient des psychodrames comme vous ne le croiriez pas. Avec Champions.

Champions !

Bon, soyons sérieux un moment. Ce JdR est le rêve devenu réalité de l’optimisateur féru de puissance. Créer de bons personnages à Champions, c’est comme remplir votre déclaration d’impôts – vous retenez toutes les déductions fractionnelles (1) possibles et imaginables pour juste un point de plus tout en prenant des désavantages de fou (comme “phobies” et “grands-mères”) pour réussir à obtenir toujours plus de points. Et le combat se déroule comme un wargame avec figurines – vous pourriez finir une bataille en une soirée si vous êtes prêts à rester éveillé très tard.

Il fut un temps où je croyais que les joueurs de Champions devenaient des rôlistes Conteurs parce qu’il le devaient – parce que c’était la meilleure alternative pour éviter d’interminables batailles complexes sans fin. Et peut-être n’est-ce pas si loin de la vérité.

Bien sûr, je peux aussi vous donner des exemples de vampires irréductibles qui se délectaient du nombre de dés de dommages qu’ils pouvaient infliger (Vampire est un jeu où vous jouez un vampire et tout le monde autour est humain et normal, mais ce n’est pas pour les rôlistes bourrins – ouais bien sûr) et de joueurs de Rolemaster qui pouvaient passer une séance entière sans toucher un dé. Si vous ne croyez toujours pas que ces deux voies s’entrecroisent en fait sans cesse, laissez-moi vous expliquer où je veux en venir.

Les voies 1 et 2 ne représentent pas une fin d’évolution pour le rôliste. L’évolution d’un rôliste ne se fait pas de manière linéaire. C’est un cycle – d’une certaine façon. Si vous continuez à jouer à partir de l’une ou de l’autre des voies durant une assez longue période, vous arrivez en définitive à un moment où vous réalisez que les batailles abstraites contre des monstres avec une emphase sur les scores et les règles du JdR que vous adoriez il y a si longtemps sont toujours marrantes, d’une certaine façon. Bien sûr, ça ne l’est plus exactement comme ça l’était à l’époque, mais quelque part entre nostalgie et absence de prétentions, vous apprenez que tout ça est amusant. Mouliner, bourriner, véritable et intense roleplay et même un coup critique mortel (et satisfaisant) de temps en temps.

C’est énervant et stupide pour des gens investis dans un minuscule loisir de niche comme le JdR de critiquer la façon dont les autres jouent. C’est exaspérant, en particulier, de voir des rôlistes avec plus d’expérience tourner les nouveaux “grosbills” en ridicule sous prétexte qu’ils seraient stupides ou immatures.

Vous avez été un jeune rôliste vous aussi (vous êtes peut-être un jeune rôliste maintenant). Vous avez apprécié ces premières expériences, simples histoires et cet insouciant PMT. Laissez donc d’autres joueurs les apprécier à leur tour. Ne dénigrez pas, ne ridiculisez pas les expériences des autres juste parce que vous êtes déjà passé par là.

Et si quelqu’un joue au JdR depuis 20 ans et apprécie toujours autant le bourrinage insouciant… Où est le problème ? Bien que j’apprécie des jeux ordinateurs comme Half Life et Fallout Tactics, il ne me déplairait pas du tout de jouer un petit Galaga ou (Dieu me vienne en aide) Sinistar. Mes parents préfèrent les émissions télé qui passent sur Nick at Nite (2) plutôt que les programmes actuels. Cela démontre-t-il un quelconque manque de maturité ? D’une certaine façon, je pense que c’est juste une préférence différente de la vôtre.

Il est vital pour les professionnels du jeu d’essayer de voir leur travail sous l’angle de vue de tout type de joueur potentiel. Je pense que ce serait génial si tous les joueurs essayaient de faire ça aussi. Et ils ne doivent pas le faire juste parce que c’est la bonne chose à faire, parce que ça renforce l’esprit de communauté et fait briller le soleil. Ils doivent le faire parce qu’en s’ouvrant à d’autres perspectives, ils trouveront en fait de nouvelles (et quelquefois vieilles) manières de s’amuser en pratiquant le jeu.

C’est dur d’être tolérant. C’est dur d’admettre que les gens puissent être différents de vous. Une fois que vous avez découvert votre vérité fondamentale du jour, quelle qu’elle puisse être, il semble que la seule option est de faire du prosélytisme (même si ça revient à pointer du doigt et à faire des remarques insidieuses). Je suppose que les rôlistes fanatiques sont très semblables à des fanatiques religieux. Beaucoup plus que la plupart des fondamentalistes chrétiens voudraient l’admettre – mais c’est un autre coup de gueule.

Article original : The Evolution of Munchkin

(1) NdT : Retrouvez la technique de “l’arbitrage” dans le LNS4 sur notre site. [Retour]

(2) NdT : programme télé avec des rediffusions de sitcoms du genre Cosby Show ou Roseanne. [Retour]

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Pour aller plus loin… panneau-4C

Cet article fait partie d'un e-book téléchargeable, organisant des traductions séléctionnées sur le thème des Grosbills. Elles prennent alors une autre perspective!

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