Le Rapport Pulling

L’enquête qui discrédita BADD

Note de la Rédaction  : Cet article, traitant du deuxième “cas de suicide provoqué par le jeu de rôle”, prend place thématiquement après La disparition de James Dallas Egbert III (ptgptb) et constitue une introduction au plus global Le jeu de rôle et la droite chrétienne aux États-Unis (ptgptb).

BADD, par ses attaques médiatiques contre le jeu de rôle, fut un intervenant lourd de conséquences dans l’Histoire de notre loisir, et ses ondes de choc se firent encore ressentir des années après. Le Rapport Pulling démonta les mécanismes et les motivations de “la croisade anti-JdR”, et dénonça la fragilité de leurs assertions. Il représente un témoignage unique sur les incompréhensions, les méthodes de manipulation et les rumeurs qui entachent le jeu de rôle. En même temps, il dresse le portrait accablant des fous de Dieu, des médias qui n’informent pas, des avocats plaidant n’importe quoi, des conspirationistes qui montent des conspirations… On prend conscience de l’importance démesurée, mondiale, qui fut accordée à quelques illuminés mal documentés.

Ce document n’a malheureusement pas été remis à jour depuis 1990 ; certaines références ont vieilli. Pat Pulling est décédée en 1997 et BADD a été dissous. Cependant le Rapport reste exemplaire quant à la radiographie d’une construction chimérique. Nous le mettons pour la première fois à la disposition de la communauté rôliste francophone, afin de rétablir la vérité et de pouvoir répondre par des faits aux rumeurs courant sur notre loisir.

Sommaire

Passé

Enquêtrice de l’occulte

Profil et questionnaire

Rédactrice et éditrice de BADD

Le fait éditorial

”Mensonges, foutus mensonges et statistiques”

Une vision magique du monde

”Témoin expert”

Pat Pulling a-t-elle jamais joué à un jeu de rôle ?

The Devil’s Web

Hauts faits et alliés

Conclusion

Remerciements

Annexe 1 – Sean Sellers

Annexe 2 – Au sujet de l’auteur

Bibliographie

Notes

Introduction

Patricia Pulling est connue pour avoir organisé une campagne courageuse contre les forces démoniaques qui se sont déchaînées dans l’Amérique contemporaine. Détective privé, elle est aussi la fondatrice de Bothered About Dungeons and Dragons (BADD (1)) et l’auteur [du livre] The Devil’s Web (La Toile du diable, jamais traduit en français). Elle fut engagée comme “experte en jeux de rôles” lors de procès pour meurtre dans le Missouri, l’Oklahoma et la Caroline du Nord. Elle fut invitée [dans les talks-shows] 60 minutes, Geraldo et à de nombreuses émissions radiophoniques, tel le Jim Bohannon Show repris dans tous les États-Unis.

Son courage face à la conspiration sataniste n’est rien moins qu’époustouflant. L’acharnement sans faille qui lui permet de faire des tournées de conférences, d’écrire des livres et de publier des lettres d’information est incroyable. Son empressement à aider la police à enquêter sur des crimes liés à l’occulte, et son énergie sans compromis pour rendre public les dangers du satanisme sont, sans aucun doute, perçus comme nobles et civiques.

Dans la communauté des enquêteurs spécialistes des “crimes occultes”, elle est devenue un personnage de proportions mythiques.

Malheureusement pour Mme Pulling – comme pour la plupart des mythes – le noyau de vérité autour duquel la légende s’est construite n’est nullement aussi attirant que le mythe. Comme il sera exposé dans ce rapport, une fois écartés les rideaux de fumée et les miroirs qui entourent sa croisade, Mme Pulling est loin d’être la personne adéquate à qui confier des responsabilités dans une enquête criminelle. Dans sa quête d’une Grande Conspiration Sataniste – celle-là même qu’elle tient en définitive pour responsable du suicide de son fils – elle s’est engagée dans des activités illégales et contraires à l’éthique. Ses méthodes et pratiques, au mieux, contaminent toute preuve qu’elle pourrait apporter et, au pire, créent un monstre là où il n’y en a pas.

Ce rapport, bien que loin d’être exhaustif, fournit la liste de ce que Mme Pulling a fait pour fournir des preuves sur tout, depuis des jouets meurtriers jusqu’à une conspiration sataniste mondiale qui comprend un habitant de l’État de Virginie sur douze. La plupart de ces informations traitent de ses premières attaques contre les jeux de rôles qu’elle rend responsables de la mort de son fils. Le reste fut développé lors de l’étude de ses recherches sur l’occulte et des autres personnes avec qui elle travaille et est associé dans le mouvement anti-sataniste.

Passé

La carrière “d’enquêtrice de l’occulte” de Mme Pulling commença avec la mort tragique de son fils, Irving Lee “Bink” Pulling. Le 9 juin 1982, Bink se tira une balle dans la poitrine avec un pistolet “quelques heures après avoir été maudit au cours d’une partie de D&D® dans son lycée” [I]. Bien que la nécrologie de Bink ne fasse pas mention de la manière dont il mourut, et que sa mort ne sortît pas des journaux de Richmond, dans l’année qui suivit, Mme Pulling avait porté plainte contre Robert A. Bracey, le proviseur du lycée où son fils allait et jouait à Donjons & Dragons [II].

La plainte, qui fut rejetée par la cour le 26 octobre 1983 [III], fut la première fois où Mme Pulling se lança dans une enquête sur un “crime occulte” (il est curieux que ce point important de sa carrière ne soit pas mentionné dans son livre, The Devil’s Web). À cette époque, elle fonda Bothered About Dungeons & Dragons (BADD) et se retrouva intervenante au procès de Darren Lee Molitor pour meurtre en 1984. L’affaire Molitor fut son premier procès [IV] et la première fois où elle fut présentée comme un “expert” de D&D.

Enquêtrice de l’occulte

À l’automne 1987, dans une émission de la radio FKYI à Phoenix, Pat Pulling fut présentée comme “détective privé depuis six ans”. Robert D. Hicks, un analyste judiciaire pour l’état de Virginie précise dans une lettre “Pulling est un détective privé, sous licence depuis le 6 octobre 1987”. Il poursuit :

Toutefois, cela vous intéressera peut-être de connaître la procédure d’obtention d’une licence. N’importe qui avec n’importe quel bagage éducatif peut obtenir une licence. On doit cependant faire deux choses. Premièrement, suivre un cours de 42 heures, ou de 48 heures, et qui peut être donné pratiquement n’importe où. Le cours porte sur des sujets tels que les règles sur les preuves, les procédures criminelles et civiles, la collecte et la synthèse d’informations, les techniques d’interrogatoire et les techniques d’enquête. La différence entre les deux cours – six heures – porte sur l’instruction des armes à feu. Il est évident qu’en six heures on ne peut apprendre guère plus que de simples bases. Quoi qu’il en soit, Pulling apparaît licenciée dans la catégorie armée.

La deuxième condition pour obtenir une licence est de subir une enquête criminelle, enquête qui consiste à passer les empreintes digitales au fichier du FBI. Si on passe l’enquête “de moralité” et que l’on réussit un examen d’une heure à l’issue de la formation, on peut acheter une licence [V].

Sa carrière, si elle avait six ans en 1987, aurait commencé au moins 6 mois avant le suicide de son fils le 9 juin 1982. Quoi qu’il en soit, elle devint détective privé en octobre 1987. Qu’elle laisse dire qu’elle le fut avant cette date donne une légitimé indue à ses “faits”.

Profil et questionnaire

En tant que détective sur les crimes sectaires, Pat Pulling a conçu plus d’un document brossant le portrait d’un enfant en danger d’implication sectaire à cause du jeu de rôle ou d’autres facteurs. Elle utilise le profil suivant pour identifier les enfants en cours d’endoctrinement sataniste et répertorier ceux qui sont potentiellement suicidaires. Voici le profil, extrait de l’un de ses documents du BADD – destiné exclusivement aux forces de police.

Le Qui Quoi Quand Où et Comment du satanisme adolescent [VI]

QUI ?

  1. Des adolescents de tous milieux sociaux
  2. Issus de familles de milieu moyen à aisé
  3. Intelligents
  4. Ont des résultats scolaires au-dessus ou en-dessous de la moyenne
  5. Créatifs ou curieux
  6. Certains sont rebelles.
  7. Certains ont une faible estime personnelle et sont des solitaires.
  8. Certains enfants ont été victimes de violence physique ou sexuelle.

QUAND cela arrive-t-il ?

La tranche d’âge la plus vulnérable semble être entre 11 et 17 ans.

OÙ ?

  1. Dans les lieux publics comme des concerts de rock, des clubs de jeu dans les associations ou à l’école
  2. Dans des soirées privées chez un ami

COMMENT ?

  1. Par de la musique Black Heavy Metal
  2. Par des jeux de rôles de fantasy comme Donjons & Dragons ®
  3. Par une obsession pour des films ou des vidéos à thème occulte
  4. En collectionnant et lisant ou recherchant des livres d’occultisme
  5. En étant recruté dans des “cultes sataniques”
  6. Certains sont nés dans des familles qui pratiquent des “rituels sataniques”.

DEUX PRINCIPES DE BASE S’APPLIQUENT ICI : la “loi d’Attraction” et la “loi de l’Invitation”.

À QUOI s’attendre ?

  1. Obsession pour les loisirs occultes
  2. Désordres comportementaux, de toutes gravités
  3. Crimes et délits tels que :
    • Fugue
    • Profanation de sépulture (par exemple vol d’ossements)
    • Cambriolage pour se procurer des objets religieux ou vols pour prouver sa loyauté au groupe
    • Dégradation de lieux publics ou privés par des graffitis “sataniques” ou assimilés
    • Menaces de mort (soi-même ou sur autres, l’automutilation est très courante)
    • Agressivité dirigée contre la famille, les professeurs ou les représentants de l’autorité
    • Mépris des religions établies
    • Attitude raciste
    • Kidnapping ou complicité de kidnapping
    • Meurtre
    • Pacte de suicide avec les autres membres du groupe

QUE pouvons-nous faire ?

  1. Archiver toute information en rapport avec une implication occulte (même si elle ne paraît pas pertinente sur le moment)
  2. Conserver un esprit ouvert
  3. Rester objectif
  4. Ne jamais supposer qu’un individu agit seul jusqu’à ce que toutes les informations relatives à l’affaire ou à l’individu aient été entièrement examinées
  5. Si un individu est impliqué dans une “activité satanique”, il ou elle niera fortement pour protéger d’autres membres du groupe ainsi que la “philosophie satanique”.
  6. Avoir une approche en équipe, travailler avec un thérapeute, un ecclésiastique et d’autres professionnels susceptibles d’aider.
  7. Éduquer la société pour que des tragédies potentielles puissent être évitées.

Ce document, qui fut distribué par BADD aux forces de police, pour être utilisé lors de l’interrogatoire de suspects, contient clairement quelques défauts. Même une étude superficielle des trois premières sections montre que n’importe quel enfant de 11 à 17 ans est un candidat potentiel pour la tentation sataniste. De plus, cette tentation aura lieu à des moments où il y a le moins de chances qu’un parent soit présent. En bref, si vous avez un enfant raisonnablement intelligent d’un bon milieu et qu’il est hors de votre champ de vision, il peut être recruté par les satanistes. Ceci est un non-sens avéré et Pulling n’offre aucune preuve que le recrutement par une secte sataniste de quelque sorte soit un événement commun.

Il est clair que du point de vue de Mme Pulling, aucun enfant n’est jamais en sécurité. Une fois que le profil a permis d’aider les parents et autres à identifier les enfants potentiellement à problèmes, Pat révèle l’esprit à charge que BADD encourage chez les enquêteurs.

QUE pouvons-nous faire ?

2. Conserver un esprit ouvert

3. Rester objectif

5. Si l’individu est impliqué dans une “activité satanique”, il ou elle niera de toutes ses forces pour protéger les autres membres du groupe ainsi que sa “philosophie satanique”. [VII].

Regroupés ainsi, ces trois points résument l’approche qu’a Mme Pulling d’une enquête “objective”. Alors qu’elle encourage l’ouverture d’esprit et l’objectivité dans les points 2 et 3, elle donne un avertissement dans le point 5. En gros, dit-elle, s’ils ne vous disent pas ce que vous voulez entendre, ils mentent, car les satanistes mentent pour protéger leurs amis. Ce message mitigé contribue ici à obscurcir ce qui est déjà un problème très complexe dans le maintien de l’ordre.

Plus important encore, ce conseil place automatiquement le suspect et la police dans une situation d’adversaires – même si le suspect veut se montrer coopératif. Lorsqu’il est utilisé conjointement avec le questionnaire fourni par Pulling, le problème est aggravé. Du fait que le questionnaire de Pulling fournit des questions et des exemples de réponses – dont la plupart sont fausses ou inapplicables – elle a créé une situation où un suspect est perçu comme mentant à la police, même lorsqu’il dit la vérité.

Dans le questionnaire intitulé Interroger des joueurs de jeux de rôles fantastiques, contenu dans la publication Interviewing Techniques (Techniques d’interrogatoire), Pulling conseille :

Il est très important de comprendre que tous les rôlistes ne se sur-identifient pas avec le jeu de rôle et/ou avec leurs personnages. Toutefois, il apparaît qu’un nombre important de jeunes ont du mal à différencier l’imaginaire de la réalité. Ou, dans d’autres cas, le fait de jouer aux JdR a modifié leur comportement au point où ils réagissent à des situations réelles de la même manière qu’ils le feraient au cours d’une partie. Ceci n’est pas toujours évident ou visible pour le suspect. Le changement de personnalité est si subtil que dans certains cas le rôliste est inconscient du moindre changement de comportement ou de personnalité [VIII].

Que veut dire Mme Pulling quand elle dit “qu’un nombre important de jeunes n’arrive pas à différencier l’imaginaire de la réalité” ? Les JdR existent depuis 1975 et Mme Pulling elle-même admet qu’il y a quatre millions de joueurs de D&D rien qu’aux États-Unis. Combien d’enfants constituent “un nombre important” ? Sans clarification ou preuve, c’est un commentaire vide de sens, utile seulement de par sa qualité incendiaire.

Juste en dessous, les policiers sont prévenus qu’un rôliste peut ne pas pouvoir différencier le réel de l’imaginaire. Elle note que les rôlistes “réagissent à des situations réelles de la même manière qu’ils le feraient au cours d’une partie”.

Au cours d’une partie, les problèmes sont résolus en jetant des dés et en consultant un tableau pour voir le résultat. La police a-t-elle rapporté des cas de jeunes qui réagissaient à des agressions en demandant à leurs agresseurs de patienter pendant qu’ils lançaient les dés ? Les professeurs ont-ils signalé des enfants qui lançaient des dés et consultaient quelque tableau pour résoudre des questions difficiles d’examens ? En quoi consistent exactement ces réactions de parties à des situations réelles, et où sont les preuves de leur existence ?

Pour développer ou donner une explication satisfaisante au manque de preuves soutenant ses assertions, Mme Pulling suggère que tout changement de personnalité est si subtil que la personne peut ne pas le remarquer. S’il est si subtil, est-il vraiment significatif ? A-t-il un sens quelconque ? Et le terme “subtil” est-il adéquat pour qualifier l’incapacité à différencier l’imaginaire du réel ? Le fait de lancer des dés en situation de stress peut-il être considéré comme subtil ?

Pulling continue :

C’est pourquoi il est important que non seulement les enquêteurs soient familiarisés avec le JdR, mais qu’ils soient aussi capables de poser des questions qui sont adaptées à la pratique ludique du suspect [IX].

Les questions ci-dessous issues du questionnaire sont effrayantes de par leur nature incomplète, leur quête d’information insignifiante et leur imbécillité générale. Souvenez-vous que Pulling a dit aux enquêteurs que le suspect mentirait pour protéger ses amis. Elle a aussi dit qu’il était possible qu’ils puissent ne pas distinguer l’imaginaire du réel. Gardant ceci à l’esprit, et tentant de garder un esprit ouvert, on donne à l’enquêteur la liste de questions suivante, avec des indications pour les réponses. Les textes en italique sont les commentaires de l’auteur de cet article pour ramener de l’objectivité.

  1. Comme il est nécessaire d’avoir un Maître du Donjon ou un maître/meneur de jeu et deux personnages-joueurs ou plus, il est important de demander au suspect qui est le Maître du Donjon (à ce moment, vous pouvez obtenir des réponses évasives comme quoi plusieurs personnes sont Maître du Donjon, ou encore le suspect peut répondre : “Personne en particulier”. Ceci n’est pas très courant. Généralement, il y a une seule personne qui assume en continu le rôle de Maître du Donjon).

    En fait, partager la charge de meneur de jeu dans un groupe est assez courant. Par exemple, un groupe de rôlistes à Phoenix avait une demi-douzaine de meneurs oeuvrant dans le même contexte dans un JdR de super-héros. L’échange des fonctions de meneur, surtout avec des systèmes de jeu différents, est très courant et donne à chacun la chance de faire l’expérience des deux côtés du JdR.

    Cette tendance à partager la fonction de meneur de jeu n’est en aucun cas un développement récent, mais s’est encore plus répandu à mesure que les jeux de rôles mûrissaient dans la deuxième moitié des années 80.

  2. Quel est le personnage de votre suspect dans la partie ? Il sera l’un des suivants : voleur, magicien, guerrier, clerc. Dans ces classes précitées, il peut y avoir des sous-classes auxquelles l’individu peut faire référence comme voleur-assassin, etc.

    On les connaît plus sous le nom de classes de personnage. Elles étaient très courantes dans les premiers JdR, mais avaient souvent d’autres noms, comme ranger, sorcier, shaman, etc. Depuis 1983, environ, pratiquement plus aucun JdR n’utilise de classes de personnage, celles-ci étant trop restrictives à jouer. Il serait très facile pour un rôliste de nier jouer un voleur ou un magicien ou un guerrier – sans pour autant mentir le moins du monde.

  3. Demandez aussi à l’individu s’il joue des personnages multiples comme un combattant/magicien.

    Même commentaire qu’au-dessus – nier savoir comment répondre à cette question ne serait pas inhabituel chez les rôlistes, ni ne serait une quelconque tentative de dissimuler une participation à une secte.

  4. Chaque personnage aura certaines capacités ou attributs comme la Force, la Sagesse, l’Intelligence, le Charisme, la Constitution et la Dextérité. Ces caractéristiques sont obtenues en lançant trois dés à six faces. Ainsi, les scores de chaque attribut s’étaleront de 3 à 18. Vous devez découvrir quelles sont les [capacités de son personnage actuel].

    Deux problèmes ici.

    Beaucoup de jeux de rôles ont des attributs avec des noms différents, comme Agilité, Vitesse, Apparence, Présence, Essence et Corpulence. Certains groupes de rôlistes, s’ils le jugent nécessaire, inventeront leurs propres caractéristiques et les rajouteront à leurs JdR. N’importe quelle liste donnée à un policier au cours d’une enquête a de fortes chances d’inclure des caractéristiques hors de la liste ci-dessus.

    De plus, il n’y a qu’à D&D que les scores sont limités entre 3 et 18. À Tunnels & Trolls, par exemple, les scores n’ont aucune limite supérieure. À Traveller, ils allaient de 1 à F et à Shadowrun, ils vont de 1 à 7. Dans un JdR que j’ai terminé en juillet 1989 (Renegade Legion RPG, par FASA), les attributs vont de 2 à 20 au départ et sont déterminés en allouant des points ou en jetant 2 dés à 10 faces.

    Comme précédemment, des réponses parfaitement correctes et sincères peuvent ne pas coïncider avec les réponses suggérées par Mme Pulling, sans implication sectaire.

  5. Depuis combien de temps cet individu joue-t-il à ce jeu de rôle ?

    Il n’y a aucun indice sur une réponse correcte et l’intérêt de la question est douteux. Avec plus de 300 JdR existants, et les joueurs passant de l’un à l’autre à mesure qu’ils se lassent ou que les fonctions de meneur de jeu changent, la durée d’implication dans un JdR est hors de propos. Par exemple, un joueur vétéran pourrait ne pratiquer un JdR donné que depuis un mois, date de sa parution.

    Un autre point important est que la popularité de certains JdR a changé. La fantasy n’est plus aussi populaire qu’elle l’a été et les JdR de science-fiction ont vraiment capté des quantités de rôlistes. De nombreux JdR de SF ne mettent en scène ni magie, ni religion, et par là ne possèdent clairement pas les appâts diaboliques que Mme Pulling et les autres trouvent à Donjons et Dragons.

  6. Depuis combien de temps joue-t-il le personnage qu’il joue actuellement ?

    Encore une fois, aucun indice de réponse correcte n’est fourni. Bien qu’il soit vrai que les rôlistes s’attacheront à leurs personnages, cet attachement n’est pas plus menaçant que celui du golfeur pour ses clubs. Et, comme pour le golfeur avec un club cassé, un personnage mort est remplacé par un autre.

  7. Quel est le niveau de son personnage ? Soyez précis.

    Pas d’indice ici, mais Mme Pulling doit penser que c’est une question importante car elle apparaît encore à la question 12. Là elle explique que le niveau reflète le pouvoir dont dispose le personnage. Ceci n’est vrai que pour les jeux de rôles où il y a des niveaux. Comme les classes de personnages, les niveaux sont devenus plutôt obsolètes dans les JdR plus récents.

    Curieusement, le concept de “niveau de pouvoir” va à l’encontre de l’aspect “d’interprétation de rôles” que Mme Pulling juge dangereux dans les JdR. Dans un groupe de rôlistes où le roleplay domine, le niveau de pouvoir et les combats sont secondaires car ils interfèrent avec l’interprétation (imaginez un groupe d’improvisation théâtrale où les acteurs s’arrêtent toutes les 2 minutes pour lancer des dés. Cela serait assurément ennuyeux, comme cela l’est dans le JdR. Le “jeu de rôle” [role-playing] contre “le jeu de rouler de dés” [roll-playing] est depuis longtemps une dichotomie dans le monde du JdR et les deux ne marchent pas bien ensemble).

  8. Quel est son alignement ? Voici une liste de catégories pour les alignements : chaotique mauvais, chaotique bon, chaotique neutre, loyal mauvais, loyal bon, loyal neutre, neutre mauvais, neutre bon et neutre. Des observations indiquent que, par le passé, un nombre significatif d’adolescents ont choisi un alignement mauvais. Les raisons que les jeunes joueurs donnent à ce choix sont qu’ils pensent qu’il y a moins de restrictions pour leur personnage ou le joueur, et qu’ils peuvent donc faire plus de choses, se sortir de plus de situations et survivre plus longtemps dans le jeu.

    En réalité, la plupart des joueurs font ce qu’ils veulent et ne se soucient pas de l’alignement. Les rôlistes considèrent en général les alignements avec dégoût et les alignements ne sont pas présents dans beaucoup de JdR hormis la famille de D&D (l’auteur de cet article proposa une fois un système d’alignement qui consisterait en un graphique avec une échelle allant de Méchant à Gentil et une autre allant de Sale à Ordonné, mais l’idée ne marcha jamais). Les alignements sont à la base idiots et gênent le jeu, et sont donc le plus souvent ignorés.

    Pulling continue ici en remarquant :

    “À Orlando, en Floride, un jeune garçon de 14 ans déclara qu’il avait un voleur d’alignement loyal bon. Dans la réalité, les voleurs ne sont pas considérés comme “bons” par notre société. Il s’ensuit une confusion sur les attitudes correctes et les qualités morales. Le Bien et le Mal dépendent des circonstances.”

    Je ferais remarquer que Robin des Bois et les Patriotes du Boston Tea Party (2) pourraient être considérés comme des voleurs bons.

  9. Le personnage de l’individu est-il sous l’influence d’une ou plusieurs malédictions ? Si oui, de quel type ? Incitez-le à parler du processus et de la nature des malédictions.

    L’inquiétude de Mme Pulling au sujet des malédictions vient du fait qu’elle croit que son fils a été conduit à se tuer par une malédiction sur son personnage. Cette croyance est un pur non-sens et est basée, comme je le montrerai, sur son ignorance volontaire des circonstances du suicide de Bink Pulling. Suggérer qu’un événement dans un jeu peut inciter un enfant autrement normal à se suicider, revient à dire qu’il faut accepter l’idée qu’un joueur de Monopoly en banqueroute peut se tuer pour ça. Du fait que le Monopoly est un vieux standard, personne ne croirait ce genre d’allégations, mais comme les JdR sont si récents et si incompris, ce genre d’accusations illogiques n’est pas mis en doute.

  10. Quel est le nom du ou des personnages de l’individu ?

    Mme Pulling donne beaucoup de poids aux noms des personnages, surtout si on peut les retrouver dans des ouvrages occultes, tels le redouté Necronomicon (wiki) ! Elle remarque aussi que Darren Molitor utilisa les noms Demun et Sammy Sager pour ses personnages. Après avoir avoué ses crimes au FBI, il signa sa déposition sous ces noms ainsi que le sien.

    Le choix d’un nom pour un personnage est, dans le pire des cas, une forme de vœu d’accomplissement. Il est directement analogue au choix que l’on peut faire d’un costume pour un bal masqué. Y aller déguisé en Zorro, par exemple, ne signifie pas que la personne se prend pour Zorro, mais qu’il est amusant de prendre ce rôle pour un bref moment. Plus communément, le choix d’un nom est le fruit d’une blague au sein du groupe ou tout simplement une affaire d’opportunité. Une fois, dans un JdR de fantasy, j’ai nommé un personnage “Mixeur-de-guerre” parce que je me trouvais dans la cuisine lorsque je remplissais la feuille de personnage.

    La similitude entre le Sammy Sager de Darren Molitor et le musicien populaire Sammy Hager [guitariste américain, plutôt rock mélodique (NdT)] suggère une origine semblable. Un autre rôliste que je connais, du fait que ses amis disent qu’il se joue toujours lui-même quel que soit le JdR, donne des dérivés de son propre nom à ses personnages.

    Comme ces exemples le prouvent, l’importance du nom d’un personnage est très subjective et peut facilement varier d’un personnage à l’autre selon le JdR et les circonstances durant lesquelles le personnage fut nommé. Tenter une généralisation sur la signification des noms de personnages est aussi bête que de généraliser sur le genre des noms de chiens ou de chats.

  11. Quelle est la race de son personnage ? Ceci ne devient important que dans la mesure où beaucoup de jeunes essayeront de vous “doubler” quand vous leur demanderez ce qu’est leur personnage et qu’ils vous répondront qu’il est un elfe. Dans le jeu de rôle, un elfe est une classe raciale, pas une classe de personnage, ainsi beaucoup de gens croient que les elfes sont des créatures innocentes et inoffensives et passent sous silence toute implication dans des pensées négatives. Les classes raciales sont les suivantes : nain, elfe, gnome, demi-elfe, halfling (hobbit), demi-orque et humain.

    Il y a d’autres types raciaux/humanoïdes/races étranges dans d’autres JdR. Les avantages de jouer une race différente sont une force accrue pour les nains ou la vision nocturne pour les elfes, etc. Les gens jouent une autre race pour s’évader, ce qui est l’objet de la relaxation et des passe-temps. Le choix du type racial a peu d’importance dans le monde du JdR, mais il est clair que Mme Pulling le voit différemment. Du fait que les elfes, nains, hobbits et autres ne sont pas mentionnés dans la Bible, ils doivent être les créations du diable. Ainsi, jouer un personnage non-humain comporte toutes sortes d’implications maléfiques.

  12. Quel est son niveau dans la partie ?

    Voir question 7.

  13. Quel dieu ou dieux l’individu sert-il dans la partie [X] ?

    Du fait que la plupart des JdR ne s’occupent pas de religion, la réponse pourrait très facilement être “Hein ?” – encore une fois, sans volonté de tromperie de la part du suspect.

    De plus, il y a ici une équivalence entre les actions pendant le jeu et les actions réelles. Suggérer que la “vénération” d’un dieu imaginaire dans un JdR est la même chose que vénérer ce dieu en réalité revient à suggérer que tout acteur ayant mis un uniforme nazi et salué un portrait d’Hitler est un nazi. La Bible interdisant de placer les “faux dieux” avant Dieu, le fait même de faire un sacrifice à un dieu imaginé par le meneur de jeu devient un acte idolâtre, et l’idolâtrie est diabolique. Ainsi, un jeu de rôle où ceci arrive est forcément démoniaque et est capable d’attirer un enfant vers le diable.

    Ce genre de logique bancale peut être utilisé pour prouver que presque tout est satanique.

Comme on peut facilement le voir dans le document ci-dessus, non seulement les questions sont inutiles, mais les explications de Pulling pour des réponses possibles sont quasiment incohérentes.

Très manifestement, les questions de Pulling ont pour but de déterminer si le suspect peut différencier le réel de l’imaginaire. Évidemment, la confusion de Pulling de l’un avec l’autre amène tout un tas de problèmes. Un jeune normalement intégré dans la société et aimant les JdR, en répondant simplement à ces questions de façon honnête et ouverte, pourra être dépeint comme un sataniste zélé faisant de son mieux pour couvrir sa cabale !

Pire encore, Mme Pulling distribue ce questionnaire à des policiers participant à des séminaires sur les crimes liés à l’occultisme. Il est clair que l’évaluation de la santé mentale d’un suspect, en ce qui concerne sa capacité de distinguer le réel de l’imaginaire, devrait plutôt revenir à quelqu’un avec une formation en psychologie, pas à quelqu’un qui a écouté Mme Pulling pendant un week-end.

Croire que ce document peut servir à mesurer l’ampleur d’une conspiration sataniste est une folie car, à cause de sa mauvaise information, le questionnaire crée cette conspiration uniquement par son utilisation.

Mme Pulling ajoute un autre ensemble de questions aux treize premières qu’elle demandait à la police d’utiliser. La première est “A-t-il lu le Necronomicon (wiki) ou le connaît-il ?”. Dans son explication de ce paragraphe général, elle ajoute, “Ceci aidera à déterminer si l’individu a une connaissance pratique de l’occulte et si ses compétences de jeux de rôles penchent plutôt vers le côté obscur, ce qui expliquerait un comportement bizarre” [XI].

La phrase, “si ses compétences de jeux de rôles penchent plutôt vers le côté obscur” requiert un examen attentif. La phrase même et sa tournure suggèrent que les jeux de rôles possèdent d’une manière quelconque un pouvoir qui peut être utilisé pour le bien ou le mal. Ceci est insensé – les JdR ne sont pas remplis d’énergie bénéfique ou maléfique. Si les jeux de rôles étaient autre chose qu’une forme de divertissement, tous ceux qui ont gagné au Monopoly seraient miraculeusement devenus des Donald Trump [magnat de l’immobilier (NdT)] et les bons joueurs de Risk auraient pris les rênes du monde.

Dans cette question inquiétante, Mme Pulling mentionne le Necronomicon (wiki). Rien que par le contexte, on pourrait supposer que le Necronomicon est un ouvrage occulte, grosso modo équivalent à la Bible satanique (3). En fait, le Necronomicon date d’avant la Bible satanique et a une histoire plutôt bien connue.

Le Necronomicon est une blague. Il fut créé comme un ouvrage de “connaissance interdite” par Howard Phillips Lovecraft. Lovecraft écrivait pendant l’Âge d’Or des pulps [XII] et créa les Grands Anciens, dont le plus connu est Cthulhu (Keuh-thou-lou). Le Necronomicon était soi-disant écrit par l’arabe dément Abdul Alhazred. Rédigé avec du sang sur des parchemins en peau humaine, il contenait l’histoire des Grands Anciens et parlait de leur nature et de qu’ils avaient faits. Le lire rendait fou.

Lovecraft partagea son “mythe de Cthulhu” (wiki) avec d’autres écrivains de l’époque, le mettant dans le domaine public. Cthulhu, les autres dieux et le Necronomicon commencèrent à apparaître dans les récits d’horreur de nombreux auteurs – aussi bien professionnels qu’amateurs. Des copies fantômes de ce livre apparaîtraient mystérieusement dans les bases de données de bibliothèques, mais il semblait être toujours prêté à un certain Mr A. Alhazred.

En bref, le Necronomicon devint une blague familière partagée par les amateurs de fantasy et d’horreur. Pendant la première moitié du XXe siècle, il ne fut pas imprimé car il n’en existait aucun texte. Il s’agissait d’une fiction et le serait probablement resté si certaines personnes n’avaient pensé qu’on pouvait se faire facilement de l’argent en éditant pour de vrai cet ouvrage interdit.

À la fin des années soixante-dix, la première d’au moins cinq versions différentes du livre apparut sur le marché. La plupart sont du baragouin et au moins une version répète son texte arabe romanisé toutes les dix pages (l’auteur ayant supposé que personne n’essaierait jamais de tenter de déchiffrer plus de dix pages d’absurdités). Un autre livre parut avec une reliure en cuir noir et une couverture gaufrée à l’or. Il se vendit 50 $ en 1978 et se vend maintenant largement au-dessus de 100 $.

Bien qu’existant maintenant, le Necronomicon est aussi véridique que Les Voyages de Gulliver ou L’Enfer de Dante. Le citer comme un livre d’occultisme s’apparente à citer le roman Mazes and Monsters de Rona Jaffe comme un livre d’enquête (le fait que le Dr Thomas Radecki de NCTV le fasse dans un de ses communiqués de presse ne fait pas de ce roman un livre de faits réels). Une simple recherche rapide sur le Necronomicon aurait montré son origine douteuse, mais il semble que Mme Pulling n’ait pas autant étudié cet ouvrage.

Rédactrice et directrice de BADD

En tant que présidente de Bothered About Dungeons and Dragons, Mme Pulling a mené une approche éditoriale intéressante dans la publication de documents. La plupart de ses textes sont copiés-collés à partir d’articles de journaux. Bien que ceci puisse apparaître comme un moyen simple et économique de faire circuler l’information que les membres de BADD lui transmettent, ce que fait Mme Pulling de ces informations est en fait illégal et non éthique.

Les faits éditoriaux

Les Techniques de Pulling comprennent un article de journal, repris intégralement avec les photos, paru à l’origine dans le Daily News-Sun de Sun City, Arizona. Le récit détaille le suicide apparent de Sean Hughes à Springerville, Arizona le 19 avril 1988 [XIII]. L’article, écrit par Doug Dollemore, est un récit objectif qui rapporte des faits et des opinions de la famille, des amis, et des officiers des forces de l’ordre. Pulling le reproduit comme élément central des Techniques, et l’article se termine par une citation du chef de la police de Springerville, Darrel Jenkins : “Si Sean n’avait pas été mêlé à des jeux de rôles, il aurait peut-être mûrement et longtemps réfléchi avant d’appuyer sur la gâchette” [XIV].

Comme l’article fut publié dans un village proche de Phoenix, j’ai appelé Doug Dollemore, et convenu de le rencontrer. Lorsque je lui ai montré la version de Pulling de l’article, il y a jeté un coup d’œil, puis s’est arrêté en arrivant à la dernière page. Il m’a dit que la dernière page de l’article original était sous forme d’une longue colonne ; elle avait été découpée en cinq morceaux pour la faire tenir sur une feuille de 21x 27 cm, lors de la reproduction par Pulling. Après le découpage, les morceaux avaient étés réarrangés pour que la citation du shérif arrive en dernier.

Comme on peut le voir plus haut, cette citation est un méchant réquisitoire contre le JdR. L’article original de Doug se terminait par les paroles de la mère de Sean : “S’il y a un procès, je veux y être. Je veux des réponses.” [XV]. C’était une fin plus en accord avec le ton sans parti pris de l’article. Doug remarqua aussi que le News-Sun n’avait pas été contacté, ni n’avait donné son accord, pour la reproduction de cet article dans les textes de Pulling.

Dans son Primer – A Law Enforcement Primer on Fantasy Role Playing Games (“Une introduction sur les jeux de rôles fantastiques, à l’usage des forces de l’ordre”, un des documents de BADD), Pat Pulling reproduisit l’article du Washington Post sur la mort de son fils.

Les colonnes de l’article totalisaient 50 cm [XVI], mais Mme Pulling ne reprit que les 35 premiers cm. L’article indique :

[Bink Pulling] avait du mal à “trouver sa place” et se découragea quand il fut incapable de trouver un responsable de campagne lorsqu’il se présenta aux élections de conseil de classe. Un de ses camarades dit que, peu avant sa mort, il écrivit “La vie est une blague” sur le tableau noir d’un de ses cours.

Dans la partie de l’article non reproduite par Pulling apparaissait ce qui suit :

“Il avait un tas de problèmes de toute façon qui étaient sans rapports avec le JdR”, dit Victoria Rockecharlie, une autre camarade de Pulling dans le programme des enfants surdoués.

Réécrire des articles de journaux pour changer leur contenu n’est en aucun cas légitime et, dans le cas de textes sous copyright, est en fait illégal. Les cas susmentionnés sont des exemples de modifications directes. Plus généralement, Mme Pulling continue de rapporter des affaires comme étant liées aux jeux de rôles, même une fois que des articles ultérieurs ou des lettres de parents ont nié tout lien entre un crime ou suicide et un jeu de rôle. Il est relativement facile de trouver une abondance de preuves contradictoires, même dans la plus superficielle recherche de détails sur les cas qu’elle cite.

C’est le cas dans la mort de son propre fils. Les deux représentations qu’elle fait de la mort de son fils varient beaucoup plus que ne l’indiquent la version originale ou amputée de l’article du Washington Post. Dans l’émission Geraldo, Mme Pulling déclara à propos de la mort de son fils :

Nous n’avons pas compris [sa mort]. Et nous avons trouvé – la police, bien sûr, a trouvé – beaucoup d’écrits et de lettres. Et la première chose qu’ils nous ont demandé cette nuit-là, avant qu’ils n’enlèvent le corps, fut – ils prirent à part mon mari et moi et dirent “Mme Pulling, êtes-vous une adoratrice du diable ?” Et je répondis “Non”. Je dis “Vous pouvez fouiller ma maison. Je n’en suis pas.” - nous étions juifs, vous savez. Et j’ajoutai “Nous n’avons rien de tel dans ma maison”. Et ils ont pris mon mari à part. Il était évident qu’ils pensaient que cela venait de la famille [XVII].

Le récit ci-dessus est en substance le même que celui donné dans The Devil’s Web. Cependant, Mme Pulling indique dans ce livre que son fils utilisa le pistolet de sa mère pour se tuer. De ses sentiments à ce moment-là, elle dit :

“Je ne ressentis pas la honte dont j’ai entendu dire que tant de familles ressentent lorsqu’il y a un suicide, mais je ressentis une très grande peine, et à un certain degré, de la colère.

Oui, de la colère. La colère de ne pas avoir su ce qui se passait dans la tête de mon fils, de la colère et de la culpabilité à l’idée que j’avais dû manquer quelque chose qui m’aurait permis de savoir que j’avais un fils en difficulté. Je n’eus pas le sentiment que Lee [son mari] et moi ayons à nous reprocher quoi que ce soit pour ce qui s’était passé, mais je me demandai pourquoi nous n’avions pas vu que quelque chose allait vraiment de travers. Qu’est-ce qui pouvait avoir rendu notre fils si perturbé, et comment était-ce arrivé si subtilement ? Est-ce que je n’avais pas fait attention ?” [XVIII]

Son choc évident, tel que présenté ci-dessus, ne concorde pas avec un commentaire de son avocat, Peter Wright, lorsqu’ils tentèrent de faire condamner le proviseur du lycée où se rendait Bink :

“Je ne crois pas que la Cour puisse continuer les débats aujourd’hui et prendre une décision sur l’irresponsabilité civile du lycée dés à présent, car nous avons eu la possibilité de présenter à la Cour la preuve d’une couverture par l’assurance, la preuve du rôle joué par le Dr Bracey dans la pratique de ce jeu au lycée, et les actions qu’il n’a pas entreprises, qui auraient peut-être dues êtres entreprises pour empêcher que le jeu soit joué, parce qu’ils avaient eu connaissance de la détresse émotionnelle grave dont souffrait ce jeune homme avant de mettre fin à ses jours.” [XIX]

La confusion apparente sur ce que Mme Pulling savait ou non sur l’état émotionnel de son fils devient de plus en plus étrange. Bien qu’elle continue à se présenter dans les publications de BADD comme ayant été prise complètement par surprise par la mort de son fils – dans The Devil’s Web et à la télévision – Mme Pulling elle-même donne une version différente à des officiers des forces de l’ordre. Pendant un séminaire donné à l’Association des Inspecteurs du Nord-Colorado et du Sud-Wyoming du 9 au 12 septembre 1986 (et rapporté dans un “résumé du séminaire” de Larry Jones, le rédacteur de File 18), elle raconta que son fils avait manifesté des tendances “lycanthropiques”, telles que courir en aboyant dans le jardin [XX]. De plus, selon la transcription de Jones :

[Bink Pulling] grondait, criait, marchait à quatre pattes, et griffait le sol. Dans les trois dernières semaines de sa vie, dix-neuf lapins élevés par les Pulling furent trouvés déchiquetés, bien qu’on n’ait jamais vu de chiens errants. On trouva un chat démembré au couteau. Les tourments intérieurs qui conduisirent à sa mort étaient évidents, bien qu’il ait été un jeune homme doué, normal et bien dans sa peau, seulement quelques mois auparavant [XXI].

Il est certain que l’image d’un jeune homme si tourmenté n’est pas belle à voir, ni que ce n’est une situation à prendre à la légère. Pourtant, la malhonnêteté évidente de Pat Pulling à propos de la mort de son propre fils doit-elle être vue comme une action responsable ? Dans ses déclarations à l’intention du grand public, elle réagit comme si la mort de son fils l’avait prise complètement par surprise – comme si elle n’avait eu aucun indice de ses problèmes. Pourtant au tribunal elle essaye de poursuivre un proviseur pour avoir ignoré des signes de problèmes émotionnels qui étaient présents chez son fils. Ces signes mêmes qu’elle décrit elle-même avec d’affreux détails à des officiers de police – plus de deux ans avant de passer chez Geraldo, et trois ans avant d’écrire son livre.

Ceci crée une contradiction qui nous laisse deux rôles possibles pour Mme Pulling, aucun d’eux n’étant très séduisant. Si ce qu’elle dit à Geraldo est pris pour argent comptant, nous avons une femme qui fut vraiment prise au dépourvu par les problèmes émotionnels de son fils et sa mort. Cette piste cependant, nous mène aussi à la femme qui fit un procès au proviseur pour n’avoir pas perçu les signes de troubles qu’elle-même n’avait pas perçus.

De l’autre côté, nous avons une femme qui vit les signes de troubles émotionnels de son fils, mais fut incapable d’y faire quoi que ce soit. Si c’est vrai, alors Pat Pulling a menti dans les publications de BADD et lors de ses apparitions dans les médias.

Que la perte de son fils fût une tragédie, évitable ou pas, n’est pas un sujet de débat. Être sincère et honnête à propos de sa mort l’est. Son empressement à dépeindre deux histoires différentes à propos de son suicide – y compris la reproduction d’articles de journaux sur ce sujet – indique un manque d’objectivité sur cette affaire. Cette vision restreinte déteint sur BADD, comme si ce n’était seulement qu’à travers la destruction des jeux de rôles et maintenant du satanisme, qu’elle pouvait d’une certaine façon donner un sens à l’acte final de son fils.

Cette contradiction qui entoure la mort de Bink n’est pas la seule preuve de l’absence d’objectivité de Pulling. À la fin de son livre, elle donne une liste d’organisations pour les personnes intéressées et ayant des problèmes. Commençant à la page 198, ces ressources comprennent sa propre organisation BADD et continuent en donnant des explications sur qui et ce que sont vraiment quelques-unes des organisations listées. Une ressource qui est listée sans explications est “Radical Teens for Christ” (“Ados Radicaux pour le Christ”) [XXII].

“Radical Teens for Christ” est le “sacerdoce” de Sean R. Sellers et l’adresse est celle à laquelle il reçoit son courrier, dans le couloir de la mort du pénitencier d’État de l’Oklahoma à McAlester.

Sean est condamné pour triple assassinat ; il a assassiné un employé d’une épicerie et, six mois plus tard, il a tué ses parents avec une arme à feu pendant leur sommeil. Après sa condamnation, Sean devint un “chrétien régénéré” et est très désireux d’aider d’autres enfants à problèmes. Ses bonnes intentions mises à part, il semble incroyable que Mme Pulling donne comme “contact” dans sa liste un sociopathe reconnu, sans même une seule ligne d’explication dans son livre.


“Mensonges, foutus mensonges et statistiques”

Mark Twain attribue la citation ci-dessus à Benjamin Disraeli, mais aucun de ces deux hommes n’aurait probablement pu rêver de la bizarre “preuve” statistique que Pat Pulling est capable de sortir pour prouver l’existence d’une conspiration sataniste.

En janvier 1988, Pat Pulling déclara, dans un article de Style Weekly, qu’elle “fait une estimation basse, qu’environ 8 % de la population de l’agglomération de Richmond [Virginie] s’investit dans l’adoration satanique à un degré ou l’autre”. Un article du Richmond News Leader note que cela ferait en gros 56 000 personnes, “plus que le nombre de méthodistes dans l’agglomération de Richmond, et presque la population totale du comté de Hanover” [XXIII].

Dans une interview pour cet article, Mme Pulling redéfinit “l’adoration satanique” comme “occulte” et dit que cela incluait “toucher à la sorcellerie et des activités New Age telles que le channeling (4)”. Elle continua en disant qu’elle avait obtenu le chiffre de 8 % en “estimant que 4 % des adolescents de l’agglomération, et 4 % des adultes, y étaient impliqués. Elle avait additionné les chiffres” [XXIV].

Le journaliste l’informa que cela totalisait mathématiquement 4 % de la population totale, mais elle répondit que cela n’avait pas d’importance parce que 8 % – en gros un citoyen sur douze – était probablement une estimation “minimale” de toute façon. Elle continua en ajoutant que certains des corps de victimes d’homicides inexpliqués à travers le pays pourraient être en fait des victimes de sacrifices sataniques. “Ils ont certainement trouvé un certain nombre de meurtres non élucidés sans motifs, n’est-ce pas ?” [XXV]

Un article plus ancien du Richmond Times-Dispatch mentionna : “Les autorités ont estimé que plus de 30 000 personnes à l’échelle nationale – y compris des docteurs, des hommes de loi et d’autres professionnels – pratiquent… une religion alternative [comme le satanisme et d’autres cultes]” [XXVI]. Dans le même article, antérieur à la fois au calcul des 8 % et à sa défense, on cite Pulling : “Pour moi, c’est comme pour n’importe quel autre groupe fanatique. Ils sont peu nombreux, mais ils créent beaucoup de problèmes” [XXVII].

À peine sept mois plus tôt, un autre article du Richmond-Times Dispatch sur Pulling estimait le nombre de satanistes à “300 000 à l’échelle nationale” [XXVIII]. Il était indiqué qu’ils proviennent de “jusqu’à quatre générations de satanistes et d’un apport constant d’adolescents recrutés par des promesses de drogues et de sexe faciles et le summum en matière de révolte contre le contrôle parental”. “Nous avons découvert que les gens liés au satanisme peuvent êtres trouvés à tous les niveaux de la société” déclare Pat Pulling… “À travers le pays, des docteurs, des avocats, des membres du clergé, de la police même, y participent.” Dans ce même article, elle fait aussi sa fameuse remarque sur les 8 %, mais sans être contestée ni corrigée.

Mme Pulling nous donne un certain nombre d’images contradictoires dans ces récits.

D’abord nous avons 300 000 satanistes à tous les niveaux de la société (y compris des policiers, des avocats et même des membres du clergé). Sept mois passent et ils se voient réduits à un dixième de leur nombre originel, mais ils comprennent toujours 8 % de la population de l’agglomération de Richmond.

Là, Mme Pulling les qualifie de “peu nombreux”. Cependant plus tard, elle défend son erreur dans l’estimation de 56 000 personnes à Richmond comme étant satanistes, en qualifiant son estimation de “prudente”.

La chose importante à noter ici est que les statistiques et les commentaires de Pulling ont tendance à varier considérablement. S’il s’agissait d’une menace distincte, que l’on pourrait traiter d’une manière claire, les statistiques renforceraient ses théories. Les fluctuations dans ses chiffres, et la façon dont le degré de la menace satanique semble varier d’une interview à l’autre, évoquent soit une conspiration impuissante qui s’effondre, soit une conspiration fantôme qui ne pourra jamais fournir de statistiques fiables parce qu’elle n’existe pas.

Une autre chose doit être observée sur la théorie de la conspiration que Mme Pulling nous refourgue. Elle remarque que la police a plein de meurtres sans mobiles dans tout le pays, et insinue que nombre d’entre eux pourraient être des victimes de crimes satanistes. Ce faisant, elle utilise une absence de preuves pour démontrer qu’une énorme conspiration existe et assassine des gens.

C’est évidemment un argument fallacieux. Cette même absence de preuves peut servir à “prouver” que les hommes-taupes qui habitent sous terre ont perpétré ces meurtres. Le fait que les hommes-taupes n’aient pas laissé de preuves derrière eux prouve à quel point ils savent bien rester cachés.

Qu’aucun égout ou projet de travaux publics n’ait jamais coupé leurs tunnels prouve que les politiciens, les ingénieurs et les autres professionnels sont de mèche avec les hommes-taupes. Bien évidemment, quiconque nie qu’il existe des hommes-taupes est soit de connivence avec eux, soit un imbécile qui ne voit rien venir.

Personne ne nierait que Richard Ramirez, le “prédateur nocturne” (5) a fait un massacre à Los Angeles. De même, personne ne nierait que Ramirez a prétendu qu’il sacrifiait des gens à Satan.

Personne ne nierait que des graffitis avec des pentacles apparaissent sur les murs et les ponts dans tous les États-Unis. Sean Sellers prétend clairement que ses meurtres ont été commis au nom de Satan. Cependant, les actes isolés d’individus, dérangés ou commettant par rébellion des actes de vandalisme, ne créent pas une conspiration invisible.

Une fois cette limite franchie, une fois qu’un individu commence à relier des actions et des faits disparates à l’intérieur d’un schéma conspirationiste, toute action subséquente peut être ajustée au tableau avec une facilité incroyable. Ceux qui croient qu’un cartel de banquiers internationaux travaille à former un Gouvernement Mondial peuvent prendre quelque chose d’aussi extraordinaire que l’effondrement du Pacte de Varsovie et en faire un présage sinistre de choses à venir. Ça n’a pas de fin, tout comme il n’y a pas de logique là-dedans, ou de preuves pour l’étayer.

Une vision magique du monde

Dans son “Le Qui Quoi Quand Où et Comment du satanisme adolescent”, elle ajoute dans la section du “comment” cette curieuse remarque : “DEUX PRINCIPES DE BASE S’APPLIQUENT ICI : la loi de l’Attirance et la loi de l’Invitation”. Ce ne sont pas des lois dans un sens juridique quelconque, ce sont des “lois de Magye” et elles régissent le surnaturel de la même manière que les lois de la thermodynamique régissent notre réalité physique. Cela ne fait aucun doute, Patricia Pulling croit avec ferveur que les diables et les démons, non seulement existent, mais peuvent être invoqués et utilisés pour produire des effets physiques dans notre monde.

Ce système de croyance pourrait aisément être rejeté en tant que manie inoffensive, mais ce n’en est pas une. La loi ne reconnaît pas l’existence de la magye parce qu’il n’y a pas de preuve que la magye existe ou soit un moyen d’accomplir quoi que ce soit dans le monde. Si la loi devait reconnaître la magye comme une force dans notre monde, toute personne qui aurait jamais lancé une fléchette sur un portrait de Khadafi pourrait être inculpé de tentative de meurtre – et si la magye était une force dans le monde réel, cet homme serait décédé depuis longtemps de blessures magiques multiples causées par les fléchettes.

Bien sûr, une majorité de citoyens des États-Unis croient au Paradis et à l’Enfer, en Dieu, aux anges et au Diable, mais les individus qui expliquent les événements par une vision magique du monde vont bien plus loin que cela. Au XIXe siècle, pour s’éloigner un moment d’un cadre chrétien fondamentaliste, les Indiens d’Amérique croyaient avec ferveur que lorsqu’ils pratiquaient la danse des Esprits, les dieux viendraient les aider à balayer l’homme blanc de la surface du continent. En Chine, pendant la révolte des Boxers, certains Chinois croyaient qu’un ensemble précis d’exercices les immuniserait aux balles occidentales.

Dans aucun de ces cas, bien que les pratiquants fussent convaincus que leur vision du monde était la Vérité entière et absolue, la magie n’a atteint ses buts. Les Indiens ont quand même fini dans des réserves. Les Boxers mouraient quand on leur tirait dessus. Jeter une fléchette sur un portrait de Khadafi ne l’a pas tué, pas plus que le fait de brûler l’effigie de Reagan à Tripoli n’a tué l’ancien président.

Très clairement, on devrait à tout prix éviter de mélanger le surnaturel avec le maintien de l’ordre. Il est vital d’être circonspect envers une vision magique du monde, surtout lorsqu’elle s’applique à une enquête criminelle. La raison de cette prudence est simple : quand on commence à chercher de la magye et du symbolisme, on en voit partout.

Plus bas, dans la partie concernant la supposée expertise en jeux de rôles de Mme Pulling, celle-ci proteste parce qu’un jeu de rôle, Tunnels & Trolls, nécessite l’utilisation de trois dés à six faces lors de la création de personnage, créant la possibilité de la combinaison 6,6,6 [XXIX]. C’est le fameux “nombre de la bête” des Révélations, mais dans le jeu de rôle, un triple six est vu comme un 18, et est considéré comme un score élevé. En d’autres mots, pour les rôlistes, la combinaison n’est pas 6,6,6 mais 18, et est utilisée sans plus de signification que cela.

Toutefois, la manipulation des symboles peut devenir perverse. Le nombre 18 est évidemment composé de 6+6+6. Pour cette raison, 18 peut être vu comme une “abréviation” du “nombre de la bête”. Dans une veine semblable, le nombre 29 peut être vu comme une paire de 9, ou deux neufs, qui additionnés font 18, qui après tout est 6,6,6. Et ainsi de suite.

Il est certain que c’est le pire de la logique emberlificotée, mais la logique embrouillée et tordue est tout ce que nous avons à traiter dans ce cas. C’est la même sorte de logique qui voit des équipements de skateboard avec le mot “Natas” dessus, et établit que ce mot est en réalité “Satan” écrit à l’envers. Bien que ce soit vrai, Natas (la forme masculine de Natasha) se trouve être le prénom du créateur de ces équipements (6). C’est un prénom assez commun en Europe Orientale, d’où vint la famille de ce créateur.

C’est cette même sorte de logique qui peut déduire toutes sortes de choses sinistres à partir du fait que le questionnaire de Pulling a 13 questions. Treize est le nombre de personnes qui participent à une réunion de sorcières, donc c’est un nombre diabolique. Bien que ce ne soit probablement qu’une coïncidence que le questionnaire de Pulling ait 13 questions, le fait qu’une question soit répétée deux fois pourrait paraître plutôt suspect.

Et ainsi de suite.

Un des aspects les plus dangereux d’une vision magique du monde est qu’elle repeuple notre monde avec des démons qui peuvent nous forcer à faire des choses que nous ne voulons pas. En conséquence, les adultes n’ont plus à faire face à leurs responsabilités ou à celles de leurs enfants turbulents. Bien qu’il y a environ vingt ans, la réplique “Le Diable m’a poussé à le faire” faisait rire, maintenant c’est considéré comme une défense pour le meurtre, une excuse pour le suicide, et une protection contre les punitions pour une quantité d’autres crimes.

Pire que tout : cette vision magique du monde amène avec elle un pharisianisme fanatique qui déborde en accusations de complicité avec le diable lorsqu’on la conteste. Douter de l’existence du satanisme et d’une conspiration n’est pas seulement douter des preuves de ceux-ci. Ce n’est pas simplement mettre en doute la parole d’un témoin sur des sacrifices dont on ne peut trouver aucune trace. Dans la vision magique du monde, le simple fait de douter devient un acte de trahison envers Dieu. Mettre en question l’existence d’une conspiration sataniste mondiale signifie que le sceptique est soit un membre haut placé de cette conspiration venu répandre la désinformation, ou bien une pauvre, pitoyable et ignorante victime de cette conspiration.

Une vision magique du monde permet à une personne de voir des corrélations qui n’existent pas entre des choses. Elle donne du pouvoir à des choses qui ne peuvent être contrôlées et, en conséquence, on n’a plus à assumer la responsabilité de ses actions.

Elle crée un cocon de suffisance autour d’un croyant, qui le protège de tout fragment de réalité qui pourrait le déranger. Enfin, elle place quiconque ose contester ses croyances dans le camp de l’Ennemi, dans une sorte de lutte cosmique entre le Bien et le Mal.

En réalité, une personne qui conteste l’existence d’une conspiration satanique est simplement en train de faire remarquer que l’empereur est nu (7). Dans ce cas, on peut comprendre pourquoi les tailleurs se fâchent et insinuent que la personne qui les dénonce est un instrument du diable. La question revient alors à savoir si la foule croira l’évidence qu’elle a devant elle, ou si elle gobera les fantasmes des tailleurs.

“Témoin expert”

Dans son livre The Devil’s Web, elle dit avoir témoigné dans de nombreux procès et en cite trois qui se détachent dans sa mémoire. “Mon rôle a été l’instruction du jury, expliquer aux membres du jury le jeu de rôle Dungeons & Dragons et comment on y joue” [XXX]. Il est plutôt effrayant qu’elle ait pu être engagée pour témoigner dans une cour de justice comme experte en JdR. La seule consolation qu’on puisse trouver à cela est que, au moins dans les trois affaires qu’elle cite, ceux pour qui elle témoignait à décharge [en invoquant l’excuse “le JdR l’a poussé au crime” (NdT)] furent reconnus coupables et condamnés à mort ou à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle.

Mme Pulling écrit dans son livre : “Un certain nombre d’autres jeux de rôles d’heroic-fantasy existent, et la plupart sont des imitations de Dungeons & Dragons. Quelques-uns des plus populaires sont Tunnels & Trolls, The Arduin Grimoire, Runequest, Empire of the Petal Throne, Nuclear Escalation, Traveller, Boot Hill, Demons, The Court of Ardor, Melee & Wizard, Metamorphosis Alpha, et Gamma World.” [XXXI]

Tunnels & Trolls (grog) est toujours édité [en 1990] et a même été numérisé. Des versions de ce jeu ont été traduites en français, allemand, italien et japonais. T&T contient un système de magie, mais ne contient ou ne sous-entend pas d’aspect religieux. Ce JdR est disponible depuis 1975, a connu cinq éditions, mais a vu ses ventes diminuer depuis 1985. Son principal titre de gloire se trouve dans sa gamme d’aventures solos, destinées à être jouées par un seul joueur (je me suis retrouvé à participer à T&T via la gamme des aventures solos et j’ai écrit six aventures pour ce système). Le principal reproche de Pulling envers T&T est que “dans ce jeu vous obtenez votre personnage en jetant 3 dés à six faces (6,6,6)…” [XXXII].

The Arduin Grimoire (grog) est un ensemble de suppléments non-officiels pour D&D, écrits par Dave Hargraves. La société de Hargraves a fait faillite vers le milieu des années 80, mais un éditeur du Texas a continué à imprimer ses œuvres et sortit ses livres au fur et à mesure qu’ils les écrivait. Hargraves est mort en 1988 et une société de San Francisco a envisagé de les rééditer [vers 1990]. La diffusion maximale de Arduin advint au début des années 80, mais à cause de la violence dépeinte dans ce JdR, la plupart des magasins ne le stockent pas et ne le vendent pas. Probablement 30 000 exemplaires au plus de ces livres ont été imprimés, et il n’y a aucune traduction à ma connaissance.

Runequest (grog) est l’un des JdR les plus populaires et fut le premier à rompre avec le concept de “niveaux” pour mesurer la progression des personnages. Il a été traduit en plusieurs langues, mais les ventes annuelles ont chuté depuis 1986 quand l’éditeur Avalon Hill a repris la publication à Chaosium. Runequest souffre également, d’après Pulling, de l’utilisation de 3 dés à six faces pour la création de personnages (6,6,6) [XXXIII].

Empire of the Petal Throne (grog) fut publié à l’origine par TSR. Il devint épuisé au début des années 80, puis réapparut chez Gamescience en 1983. Ce JdR est virtuellement inconnu en 1990 et difficile à trouver dans les magasins de jeu.

Nuclear Escalation n’est pas du tout un jeu de rôle. Je le sais parce que j’ai aidé à développer cette extension au jeu de cartes Nuclear War. C’est un autre jeu de cartes. Pulling le rajoute dans la liste de Primer sur la foi d’une publicité dans un magazine non mentionné. Le texte qu’elle en a extrait contient la phrase “jeu de cartes Nuclear Escalation” [XXXIV] (ayant écrit moi-même la publicité au départ, je me suis assuré que le jeu soit bien perçu comme un jeu de cartes).

Traveller (grog) est un jeu de rôle de science-fiction, publié par GDW. Ce JdR a évolué et est reparu [vers 1990] sous le nom de Megatraveller, Traveller 2300 étant un autre titre de la gamme. Ce JdR ne parle ni de magie, ni de religion, bien que l’occasionnelle capacité psionique (Perception Extra-Sensorielle, télépathie, etc.) puisse être perçue comme démoniaque par certains. C’est un JdR très populaire.

Boot Hill (grog) était un JdR de western édité par TSR. Il est épuisé depuis le milieu des années 80 [XXXV].

Demons était un petit jeu de plateau de SPI. Il apparut en 1980/81 et est épuisé depuis 1982. SPI fut plus tard racheté par TSR, qui n’a pas ressorti ce jeu.

The Court of Ardor (grog) n’est pas un jeu de rôle, mais un scénario pour le JdR Middle Earth Role Playing [MERP – traduit sous le nom de JRTM, le Jeu de Rôle de la Terre du Milieu, NdT], un jeu de rôle d’après l’univers du Seigneur des anneaux de J.R.R. Tolkien. Il ne peut être utilisé qu’avec les règles de MERP ou avec celles d’un autre JdR après d’importantes adaptations.

Iron Crown Enterprises l’a publié pour la première fois en 1983 et c’était l’aventure la plus difficile/haut niveau éditée pour ce système de jeu. Il est épuisé depuis 1988 et il n’y avait pas en 1990 de projet de réimpression.

Melee & Wizard sont en fait deux jeux : Melee était un jeu de combat à l’échelle homme contre homme et Wizard était un jeu de duels magiques. Les deux pouvaient être combinés pour des batailles à plus grande échelle. Conçus par Steve Jackson, ils furent publiés par Metagaming. Ils sont épuisés depuis la faillite de Metagaming en 1983.

Metamorphosis Alpha et Gamma World étaient deux produits de TSR sortis à la fin des années 70 et au début des années 80. MA est épuisé, bien que Gamma World ait eu une nouvelle édition en 1986. Gamma World a été ressuscité en tant que Gammarauders, mais les deux JdR n’ont guère plus que le concept en commun.

Sur les treize jeux de rôles de la liste de Pulling :

  • 5 sont épuisés
  • 5 sont en déclin important
  • 2 ne sont pas du tout des jeux de rôles
  • 1 est encore populaire, mais sous un nom différent

Un sur treize est un score plutôt bas pour une “experte en JdR” auto-proclammée.

L’expertise en JdR de Mme Pulling se termine apparemment en 1983 car tous les titres qu’elle liste dans son livre de 1989 furent édités avant, et aucun de ceux qui sortirent après ne sont couverts ou même mentionnés à l’exception ci-dessous près.

Mme Pulling continue sa liste de JdR dans The Devil’s Web en écrivant : “En Angleterre, un jeu de rôle fantastique se joue par courrier. Un titre de journal indique “Des enfants envoient des meurtres dans le courrier”… Le jeu s’appelle It’s A Crime, et les détails ont été envoyés à des foyers dans toute l’Angleterre” [XXXVI].

Ce que Mme Pulling – “l’experte en JdR” – ne réussit pas à comprendre, est que It’s A Crime est un jeu créé et encore joué ici aux États-Unis. Il est disponible depuis 1985 et est vendu par Adventures By Mail – une société de New-York. Le but du jeu est de constituer une organisation criminelle, ce qui n’est pas un sujet particulièrement attractif, mais It’s A Crime a connu un suivi modeste depuis ses débuts.

Elle continue, définissant Further into Fantasy comme un “jeu de fantasy par correspondance populaire en Angleterre”. Elle le relie au cas de Michael Ryan, un jeune homme qui fit une fusillade meurtrière en Angleterre (8).

Ce qu’elle ne sait pas est que le jeu était très petit, n’eut pas plus de deux douzaines de joueurs, et était mené par deux Suédois en Écosse. Le jeu s’effondra après l’affaire Michael Ryan et les Suédois quittèrent le pays. Aucune accusation d’aucune sorte n’a été portée contre eux et personne – à part “l’experte en JdR” Pat Pulling – n’a supposé que la participation de Ryan à ce jeu avait quoi que ce soit à voir avec sa folie.

Pat Pulling a-t-elle jamais joué à un jeu de rôle ?

Pat déclare avoir passé “plusieurs heures par jour, tous les jours pendant un mois” [XXXVII] à apprendre comment jouer à Dungeons & Dragons®. Toutefois, sa compréhension du JdR est médiocre, comme on peut le constater en parcourant ses écrits. Ou plutôt, dans le cas de la section “Comment joue-t-on au JdR ?” de The Devil’s Web, en parcourant ce qu’elle a réécrit.

Les citations suivantes proviennent de deux sources : The Devil’s Web, le livre de Pat Pulling et le document légèrement diffamatoire (selon les rôlistes), la lettre de Darren Molitor. La lettre de Darren Molitor fut publiée dans les brochures du BADD et a même fini, sous sa forme électronique, par être diffusée sur Internet par un groupe nommé “Les Ordinateurs pour le Christ”.

Les extraits sont repris ci-dessous pour comparaison. Vous pourrez constater que les textes de The Devil’s Web ressemblent beaucoup à ceux dont ils sont issus. Mais rien dans les modifications apportées ne laisse supposer que Pat Pulling ou sa co-rédactrice Kathy Cawthon aient eu une vraie compréhension des jeux de rôles.

The Devil’s Web

Le jeu de rôle lui-même a pour cadre le Moyen Âge. Chaque joueur est seul responsable des actions de son personnage, et tous les joueurs sont dirigés par le Maître du Donjon. La partie commence lorsque chaque participant lance six fois les dés.

Chacun utilise alors les six nombres obtenus pour définir les caractéristiques de son personnage (basées sur la force, l’intelligence, la sagesse, la constitution, la dextérité et le charisme). S’il le souhaite, il peut ensuite faire un nouveau tirage pour déterminer la taille de son personnage, après quoi il lui choisit une race (elfe, nain, etc.), une classe (profession) et un alignement (attitude ou vision du monde). [XXXVIII]

La lettre de Darren Molitor

Le jeu s’appelle Dungeons & Dragons, et c’est un jeu de rôle médiéval-fantastique.

Comme le titre permet probablement de le deviner, il se passe à l’ère médiévale de notre histoire. Comme c’est un jeu “fantastique”, tout y est possible, et un jeu “de rôle”, ce qui veut dire que vous y agissez comme si vous étiez un personnage de cette époque, comme un acteur sur la scène. Mais le joueur n’agit pas physiquement. Tout est joué ou imaginé dans sa tête. Et vous, en tant que joueur, êtes le seul responsable des actions de votre personnage, ou de vos personnages. Vous le contrôlez totalement. Ses actions, paroles, émotions, pensées. Vous contrôlez tout ce qui concerne ce personnage.

Pour obtenir un “personnage”, le joueur doit d’abord lancer trois dés à six faces. Ajoutez les chiffres obtenus, et notez le total. Un joueur effectue six fois ce tirage, avant de classer les nombres ainsi obtenus entre les six caractéristiques de son personnage. Les six caractéristiques sont la Force, l’Intelligence, la Sagesse, la Constitution, la Dextérité et le Charisme. Ces caractéristiques forment le “cœur” de votre personnage. Ensuite, le joueur peut effectuer un nouveau tirage pour déterminer sa taille et son poids, ou le choisir directement. Le joueur choisit une race pour son personnage, une classe, qui constitue sa profession, et son alignement, qui est l’attitude du personnage, ou sa vision du monde. [XXXIX]

The Devil’s Web

La principale responsabilité [du Maître du Donjon] est de créer une aventure (ou donjon) pour les personnages. Des livres contenant des donjons tout faits sont disponibles, mais la plupart des MD préfèrent créer leurs propres donjons. Il doit inventer les décors que les personnages pourront traverser au cours de leur aventure, le climat, les odeurs, les monstres et le trésor. Il faut compter de 36 à 48 heures de travail pour cela. Une femme a mis fin à sa carrière professionnelle pour devenir MD à plein temps ; elle vit entièrement à la charge de ses joueurs de D&D[XL]

La lettre de Darren Molitor

Comme vous pouvez l’imaginer, le MD a beaucoup de responsabilités. Par exemple, le MD doit créer une aventure (ou donjon). Il existe de nombreux livres appelés “modules” avec des donjons tout faits, mais en majorité, le MD les crée lui-même. Il doit créer les paysages (intérieurs, extérieurs, souterrains), les personnages nombreux et variés que les joueurs pourraient rencontrer, la température, l’odeur, les monstres et le trésor. C’est un processus très long et laborieux, le donjon moyen prenant entre 36 et 48 heures de travail. Il existe un cas recensé de jeu de rôle où le DM, une femme, a quitté son travail pour ne rien faire d’autre que de créer et préparer un donjon pour ses joueurs. Elle a créé un pays entier. Les joueurs du groupe subviennent à ses besoins vitaux. Ils payent pour sa maison, ses courses, ses factures, etc. [XLI]

La première partie du texte de Darren Molitor est une description exacte, quoique maladroite, de la création de personnages dans D&D, bien que celle-ci puisse également s’appliquer à de nombreux jeux de rôles. La version présentée par Mme Pulling n’est rien de plus qu’un résumé du texte de Molitor. Un résumé non seulement dépourvu de tout commentaire éditorial ou recherche supplémentaire, mais qui conserve la structure décousue, “écriture automatique”, du texte original.

Dans un échange de lettres en 1990, j’ai demandé à Darren Molitor s’il savait que son texte était toujours en circulation. Sa réponse a été : “J’ai du mal à croire que ma “lettre” est toujours diffusée à travers le pays.” [XLII].

Il indique ensuite :

“Lorsque je l’ai écrite, j’étais sous forte pression et complètement désorienté par l’attente de mon procès. Mes mots ont peut-être un peu dépassé ma pensée.

[…] Bien que je ne pense plus que le jeu de rôle soit aussi dangereux pour tout un chacun qu’il l’a été pour moi, je pense toujours qu’il peut être nuisible dans des circonstances particulières.” [XLIII]

Pat Pulling n’est pas au courant du changement d’opinion de Darren Molitor sur les dangers du jeu de rôle, ou elle n’en laisse rien paraître. Dans The Devil’s Web, elle affirme : “Aujourd’hui, depuis sa cellule de prison, Darren travaille dur pour avertir les gens des dangers des jeux de rôles fantastiques” [XLIV]. Dans le même temps, Darren Molitor, toujours dans sa cellule, est surpris d’apprendre que sa lettre circule toujours.

Même s’il est effectivement possible de se montrer incroyablement prodigue de son temps pour la construction de son univers de jeu, la situation n’est pas aussi tranchée que voudrait le faire croire Pat Pulling. Le total des heures réellement passées ferait sans doute paraître ridicules les chiffres donnés ci-dessus, même si c’est le temps passé à la fois à jouer et une ou deux heures grappillées ici et là.

La première aventure qu’un rôliste créerait pourrait prendre 10 ou 12 heures à fignoler mais très peu de personnes ont assez de jugeote pour en faire un travail à temps plein. Avec l’expérience, le temps de préparation diminue et quelques-uns, moi y compris,maîtrisent leurs parties sans filet – sans aucune préparation.

Oui, le jeu de rôle peut être un vrai dévoreur de temps, mais à quel loisir cette critique ne s’applique-t-elle pas ?

Il serait erroné de suggérer que la seule manière pour un docteur de soigner une maladie soit de survivre lui-même à une exposition à cette maladie. D’un autre côté, on attend d’un expert en jeu de rôle qu’il en ait une certaine compréhension, et il n’y a pas grand monde qui soit capable de comprendre toutes les nuances et aspects du JdR sans y avoir joué soi-même. D’ailleurs, Pat Pulling confirme que son expérience est limitée. “Je l’admets, je n’y ai joué que pendant peu de temps.” [XLV]

En se contentant de lire les règles des échecs et d’apprendre comment les pièces se déplacent, on ne comprendrait pas ce jeu aussi bien qu’en y ayant joué à plusieurs reprises. Un mois passé à jouer aux échecs ne ferait certainement pas de vous un “expert”, et encore moins un “expert” de tous les jeux apparentés. Comment Pat Pulling peut-elle se proclamer “experte” en jeux de rôles, avec si peu d’expérience et si peu de compréhension des JdR ?

Résumé

Considérant le dégoût et la crainte que lui inspirent les jeux de rôles, on comprend la réticence de Mme Pulling à y jouer ou à en acquérir une meilleure connaissance. Mais pourquoi cette crainte l’a-t-elle empêchée de se tenir au courant de l’évolution des JdR produits et distribués actuellement, tant aux USA que dans le reste du monde ? Pourquoi s’est-elle bien gardée de faire une étude de marché ? Pourquoi cite-t-elle, dans un livre récent, des JdR qui ne sont plus disponibles ? Pourquoi ne parle-t-elle pas des dernières tendances du jeu de rôles, qui comprennent aujourd’hui une approche multisupports, avec des romans et des jeux vidéo produits parallèlement à l’original papier ? Pourquoi n’a-t-elle jamais mentionné la série des romans Dragonlance ? Basés sur une campagne de Dungeons & Dragons, ils ont fini dans la liste des best-sellers du New York Times. Mais Mme Pulling les ignore royalement.

Il est clair que Mme Pulling n’est pas une experte en jeux de rôles. Elle a pris pour parole d’Évangile les déclarations d’un jeune déséquilibré inculpé de meurtre, et leur a donné son imprimatur. Bien plus, elle lui attribue le rôle d’un adversaire zélé des JdR, complètement à l’opposé de son opinion réelle. Comme l’écrit Darren Molitor : “Honnêtement, je dois avouer que j’ai trois livres d’AD&D avec moi ici [en prison] (j’ai perdu mes dés) parce que je ne peux pas m’en séparer.” [XLVI]

Son statut d’“experte” en jeux de rôles pourrait sembler sans rapport avec sa position d’experte en crimes de sectes satanistes. Même sans tenir compte du fait que c’est la mort de son fils dans une affaire liée au JdR qui l’a lancée dans cette carrière, son comportement dans ce dossier projette une image inquiétante de sa méthode et de ses stratégies. Les techniques qu’elle utilise pour condamner les jeux de rôles sont loin de donner confiance en sa capacité à mener en toute impartialité des enquêtes sur des crimes liés à l’occulte.

Nous l’avons vu fabriquer des preuves en manipulant des coupures de journaux. Elle a reproduit des textes sans rien comprendre de leur sens. Elle a créé des documents qui, s’ils sont utilisés conformément à ses attentes, peuvent être à l’origine de rapports erronés ou trompeurs pour les forces de l’ordre.

Elle invoque une expertise qu’elle n’a pas, tout en ne faisant aucun effort pour se tenir au courant. Ses “enquêtes” ne sont rien de plus que la réimpression d’articles de journaux, ou des bavardages avec des jeunes gens perturbés et effrayés, emprisonnés pour des crimes graves. Elle attache également une importance démesurée à des détails insignifiants, voire même erronés, puis commence à broder à partir d’eux. Quand on lui signale une erreur, elle la justifie en disant qu’elle a été “prudente”.

The Devil's Web

The Devil’s Web

Le livre de Patricia Pulling est un monument d’irrationalité et de médisance.

Aucune source n’est citée, même si elle comporte une bibliographie. Un nombre incroyable de cas sont présentés avec de vagues détails et des pseudonymes, de sorte qu’il est impossible de vérifier les “faits” présentés. La plupart des textes sont vaguement réécrits à partir de tas de documents de BADD, ou utilisent des reproductions de coupures de journaux. Si ce n’était pour la magistrale démonstration de l’incompétence de Pat Pulling, ce livre serait totalement insignifiant.

Dès les premières pages, le lecteur découvre quelle sorte de talent de déduction l’a aidée à convaincre l’État de Virginie de lui attribuer sa licence de détective :

“J’ai demandé [à une vendeuse] où je pourrais trouver un [meneur de jeu pour lui enseigner D&D], et elle m’a montré un panneau plein d’annonces de personnes qui voulaient devenir Maître de Donjon et d’autres qui voulaient rejoindre un groupe de jeu.

Cela avait l’air plutôt compliqué, et en tant qu’adulte, j’avais assez de bon sens pour ne pas appeler un inconnu et lui demander de jouer avec moi à un jeu dont je ne connaissais rien. À la place, je me suis rendue dans un lycée de la région et j’y ai traîné jusqu’à ce que je repère un groupe de jeunes garçons qui portaient des livres Dungeons & Dragons sous le bras. [XLVII]

Où est la logique dans le fait de chercher à rencontrer un inconnu de visu plutôt que de l’appeler pour apprendre à jouer ? Les inconnus sont des inconnus et quitte à en rencontrer un pour enquêter sur un jeu étrange, ou sur n’importe quoi d’étrange, il vaut mieux être en sécurité à l’autre bout d’une ligne téléphonique plutôt que directement en face de lui.

Encore une fois, Pat Pulling prend pour parole d’Évangile les déclarations de sources qui sont, au mieux, douteuses.

Dans The Devil’s Web, on la voit photographiée serrant la main de Henry Lee Lucas, un tueur en série qui a revendiqué à plusieurs reprises, le meurtre de plus de 360 personnes. Mme Pulling écrit :

“J’ai été stupéfaite de la précision avec laquelle Henry Lee Lucas (qui est presque illettré, et n’a guère plus que le niveau brevet) rapporte sa prétendue implication dans le culte [de la Main du Diable]. Il a décrit des rituels et une méthodologie qui ne pouvaient être connues que d’une personne ayant participé aux activités de la secte.” [XLVIII]

Il y a deux erreurs dans ce raisonnement. D’abord, Mme Pulling est manifestement persuadée que les livres [occultes, comme le Necronomicon évoqué ci-dessus (NdT)] ou la participation active aux cultes sataniques sont les seuls moyens d’en connaître les rituels. À l’évidence, n’importe quel film de série B montrant des rituels sataniques aurait pu fournir à Henry Lucas suffisamment de matière pour ses histoires de meurtres rituels.

Ensuite, et bien pire, Henry Lucas est revenu sur la plupart de ses aveux. Il a insisté à plusieurs reprises sur le fait que la police l’avait conduit sur les différents lieux des meurtres et lui avait soufflé ses souvenirs de meurtres particuliers.

Avec ce “tutorat”, qui ressemble beaucoup à celui des enfants dans l’affaire McMartin  (9), il a bien sûr pu donner des détails connus du seul meurtrier. De plus, l’immense majorité des articles traitant de Lucas et de son affaire ne mentionnent pas le Culte de la Main du Diable. L’engouement de Pulling pour les preuves douteuses ne s’arrête pas avec Lucas :

La question des “réseaux sataniques organisés” revient régulièrement dans les différents séminaires et conférences où je prends la parole. À ce jour, il n’y a peut-être pas suffisamment d’informations ou de preuves pour affirmer sans l’ombre d’un doute que de tels réseaux existent. Toutefois, il est indubitable que les occultistes non-criminels forment des réseaux grâce aux ressources d’Internet . Si des occultistes purs et durs forment de tels réseaux, il serait très naïf de notre part de supposer que les cultes criminels dangereux ne font pas de même.

Un autre exemple de réseau possible découvert il y a quelques années. J’ai reçu, dans une enveloppe en papier kraft, un document dont je n’ai jamais révélé l’existence avant l’écriture de ce livre. Ce long rapport était écrit sur les formulaires de rapports d’enquête gouvernementaux, et les informations qu’il contenait étaient effrayantes.

Ce rapport, signé et daté du 10 avril 1975, est résumé ici [et concerne les mutilations de bétail]. […]

L’enquêteur avait découvert qu’il existait un schéma constant dans les cas de mutilation de bétail (plus de cent dans une zone couvrant huit États). Dans la plupart des cas, l’animal a été découvert au milieu d’un champ ouvert et certaines parties de son corps avaient été enlevées chirurgicalement (yeux, oreilles, lèvres, langue, pis et organes sexuels). Dans nombre de cas, les animaux avaient été vidés de leur sang, dans quelques-uns, les vétérinaires ont été incapables de déterminer la cause de la mort. Dans presque tous, il n’y avait aucune trace sur le sol près des corps, et ni taches, ni traînées de sang [XLIX].

Le problème évident dans ce court extrait, et dans tous ceux reproduits entre les pages 56 et 63, c’est que les faits donnés sont absolument invérifiables. Dans un livre publié en 1984, Mute Evidence (“Les Preuves muettes”), Daniel Kagan et Ian Summers réfutent toutes les explications sinistres aux mutilations de bétail. Dans un ouvrage exhaustif – à l’origine concernant les mutilations d’origine extra-terrestre, mais qui n’est pas sans rapport avec celles d’origine prétendument satanique – les auteurs montrent que ces mutilations n’ont pas d’origine plus inquiétante que des charognards s’attaquant à des animaux égarés et morts plusieurs jours avant leur découverte.

Cette construction d’un mythe urbain (les mutilations de bétail) sur un autre mythe urbain (la conspiration satanique) pour créer la “preuve” d’une réalité terrifiante est une technique fascinante qui étend le marché ciblé par la Croisade contre Satan.

Quiconque avait entendu parler des histoires de mutilation de bétail et avait été intrigué, a maintenant une nouvelle explication : les cultes sataniques. Au lieu de soucoupes volantes enlevant le bétail des pâturages pour le mutiler sans laisser de traces, nous avons des adorateurs du démon qui utilisent pour cela des hélicoptères ou des sélectionneurs. Alors qu’un grand nombre de gens sensés avaient ridiculisé l’explication des mutilations de bétail par les OVNI, ces charognes sont maintenant au centre d’une guerre entre Dieu et Satan, leurs dépouilles devenant la preuve du caractère insidieux du complot satanique.

On peut alors se demander pourquoi les satanistes ne font pas disparaître les animaux morts comme ils disposent des corps de leurs supposées victimes humaines non signalées. Si la cabale satanique est tellement prudente, se moquent-ils du monde avec ces tueries de bétail ?

Les hauts faits et les alliés

L’odyssée de Pat Pulling à travers les horreurs des crimes sataniques lui a permis de rassembler une galerie de personnages très intéressants. Ci-dessous, nous avons regroupé les portraits des plus importants d’entre eux. En effet, Pat Pulling se base fréquemment sur eux et les informations qu’ils lui donnent lui permettent de renforcer ses convictions sur les crimes liés à l’occulte.

Cassandra “Sam” Hoyer

Cassandra “Sam” Hoyer prétend avoir été éduquée en Nouvelle Angleterre pour devenir la Grande Prêtresse d’un culte satanique. Elle est apparue avec Pat Pulling dans une émission de la radio KFYI sur le satanisme, à Phoenix à l’automne 1987.

Dans un article d’un magazine d’information, Sam déclare avoir été donnée par sa mère au culte, à l’âge de trois ans. Elle était née “physiquement sans défaut, et ainsi jugée convenable pour Satan. Sa sœur jumelle avait un pied malformé. Elle a été assassinée pendant une cérémonie”. [L].

Sur les ondes de KFYI, Sam a développé cette idée, expliquant qu’elle avait été éduquée jusqu’à l’âge de 17 ans pour devenir Grande Prêtresse. À ce moment, elle avait été envoyée dans le monde, bien qu’elle ait assisté à de nombreux meurtres. Elle a affirmé avoir mangé partiellement quelques morceaux du corps de sa sœur après son assassinat.

Dans une chronique du Richmond News Leader, elle a déclaré qu’à l’âge de 9 ans : “j’ai été rituellement brûlée, et je suis l’une de celles qui n’en sont pas mortes. Par la grâce de Dieu, je n’ai pas brûlé, et cela signifiait que j’avais été choisie pour devenir la Grande Prêtresse de Satan quand j’aurai 42 ans.” [LI] [Note : Dieu fait la sélection pour Satan !]

Elle a aussi affirmé avoir été torturée et violée pendant 16 ans, après quoi on l’aurait hypnotisé pour lui faire tout oublier. “Quand j’ai eu 39 ans, ils essayaient de rentrer dans ma conscience.” [LII]

Dans un autre article, le psychiatre de Cassandra Hoyer a déclaré qu’elle souffrait du syndrome de “personnalités multiples” [LIII]. L’article poursuit en relatant que Mlle Hoyer avait découvert être la victime d’un culte satanique pendant qu’elle suivait une analyse ces dernières années.

L’émission de KFYI permettait aux auditeurs d’appeler et de poser des questions aux invités. La question la plus révélatrice fut celle d’un auditeur qui voulait savoir “Est-ce que les satanistes croient en une vie après la mort ?” – “Oh non, je ne crois pas…" Et c’est une femme formée pour devenir une Grande Prêtresse qui dit ça ?

Il n’y a vraiment pas besoin d’aller traîner du côté du conclave des cardinaux ou d’être diplômé du grand séminaire pour connaître la réponse que les catholiques donnent à cette question. Comment se fait-il qu’une femme ayant été formée pour conduire des sacrifices soit incapable d’y répondre ?

Même Bob Larson, un prêcheur radiophonique connu (10), a déclaré que les satanistes passaient l’éternité en compagnie de Satan. Ainsi, au moins un “expert” ès cultes sataniques prétend que les satanistes croient en une vie après la mort [LIV]. Dans une situation où une réponse au hasard avait 50 % de chances de tomber juste, Mlle Hoyer a reculé devant l’obstacle.

Et pourquoi, si Cassandra Hoyer est tellement terrifiée à l’idée que les satanistes la retrouvent, insiste-t-elle tellement pour raconter son histoire en public, en faisant savoir qu’elle vit à Richmond depuis neuf ans ? Si ces satanistes sont si forts pour faire disparaître toutes leurs autres victimes, comment Mlle Hoyer s’en est-elle tirée ? Une conspiration de docteurs, d’hommes de lois et d’hommes d’église aurait-elle été incapable de dissimuler sa mort ou de la faire passer pour un accident ?

Selon l’avis même de son analyste, Mlle Hoyer est une femme très malade. Exploiter sa maladie est malsain.

Darren Lee Molitor

Darren Lee Molitor a assassiné Mary Towey en nouant un bandage autour de son cou, assez serré pour la tuer comme pour “une blague façon Vendredi 13”. Mme Pulling remarque que cette affaire fut la première où elle soit intervenue dans le cadre d’une procédure pénale. “C’est suite à l’appel de l’avocat de Darren, Maître Lee Patton (de Saint-Louis, Missouri), que je suis intervenue dans cette affaire” [LV].

Elle poursuit : “J’avais pour rôle de donner aux membres du jury des informations sur le jeu de rôle Dungeons & Dragons et sur la façon dont on y joue” [LVI]. Selon elle, après “plusieurs jours de frustration durant lesquels le Ministère public a systématiquement rejeté tout témoignage concernant Dungeons & Dragons [LVII]”, elle a pu prendre la parole devant le jury. “À plusieurs occasions, on a demandé au jury de quitter la salle d’audience… Enfin, j’ai été autorisée à témoigner tout en restant strictement limitée à une présentation de D&D” [LVIII].

Darren Molitor a de cette scène un souvenir légèrement différent de celui de Mme Pulling :

“Mme Pulling a contacté mes parents ou mon avocat lorsque son mari est tombé sur un journal de Saint-Louis qui parlait de mon affaire. À mon procès, elle a témoigné avec le Dr Radecki, mais leur intervention n’a pas été transcrite par les greffiers et les jurés ne l’ont pas entendue car le juge avait estimé que cette intervention était sans rapport avec l’affaire.” [LIX]

Comme nous l’avons déjà vu, et contrairement à ce qu’affirme Mme Pulling dans son livre, Darren ne “travaille [pas] dur depuis sa cellule de prison pour avertir le public des dangers des jeux de rôles fantastiques” [LX]. En fait, selon Darren lui-même, la diffusion de sa “lettre” lui a totalement échappé. “Pat Pulling s’est occupée de tout le travail de distribution. Je n’ai aucune idée sur tout ce qui concerne cette diffusion ; combien d’exemplaires, où, quand, etc.” [LXI]

Sean Sellers

Sean est un jeune homme perturbé qui a assassiné ses parents pendant leur sommeil. Six mois auparavant, avec un ami, il avait assassiné le vendeur d’une épicerie. Jusqu’à sa condamnation, Sean prétendait ne pas se souvenir du meurtre de ses parents. Puis il s’est converti au christianisme et confessa ses péchés à de nombreuses personnes. Selon celles-ci, l’explication de ses meurtres est qu’il avait été possédé par le démon “Ezurate”. “Sean Sellers déclare que c’est exactement ce qui lui est arrivé.” [LXII]

Depuis, Sean a participé à l’émission de Geraldo Rivera, y compris la spéciale sur le satanisme, et a fait des apparitions sur les ondes chez Bob Larson – y compris au cours d’un séminaire sur les meurtres rituels que Larson avait organisé en novembre 1989. Fin 1989, j’ai entamé une correspondance avec Sean, et je lui ai également parlé au téléphone.

Sur Sean, Pat Pulling écrit : “Sean a commencé à s’intéresser à D&D vers treize ans. Après avoir fait le tour des personnages traditionnels, il a décidé de s’intéresser de préférence aux dieux égyptiens. Cet intérêt l’a poussé à approfondir ses connaissances des différents thèmes de l’occultisme.” [LXIII]

Mme Pulling continue en donnant l’impression que la participation de Sean à D&D l’a directement conduit au satanisme, puis aux meurtres qui suivirent, pour lesquels il a été condamné. Ce point de vue sur Sean est contredit par Sean lui-même :

Quand je jouais à D&D, je n’étais pas sataniste. Et, en fait, si j’en avais croisé un à cette époque, il aurait probablement récolté mon poing dans la gueule. Par contre, je m’intéressais à la sorcellerie et au zen. Et c’est en faisant des recherches en bibliothèque pour une partie que je maîtrisais que je suis tombé sur les livres qui m’ont conduit à étudier l’occultisme.

[…] Pour être tout à fait juste avec TSR [l’éditeur de D&D] et dans un esprit de franchise, je dois reconnaître que D&D a contribué à me conduire au satanisme comme un intérêt pour l’électronique peut conduire à la fabrication d’une bombe. Comme pour construire une bombe, j’avais déjà pris des décisions malsaines avant de commencer à incorporer des éléments de D&D dans les projets de mon groupe satanique, et c’est le satanisme et pas D&D qui a été décisif dans mes meurtres.” [LXIV]

Même si Sean pense qu’il existe une menace satanique sur les USA, il ne soutient pas aveuglément les positions de Pat Pulling. “Patricia a un don pour passer la mesure…” [LXV] À ceux qui prétendent l’ériger en exemple de ce qui arrive aux rôlistes, comme Mme Pulling l’a souvent fait par le passé, Sean répond : “[…] utiliser mon histoire comme un exemple classique des effets du jeu de rôle ne peut être qu’irrationnel ou fanatique” [LXVI].

Dr Thomas Radecki

Le docteur Radecki est le fondateur de la NCTV (National Coalition of Television Violence – “coalition nationale contre la violence à la télévision”).

Il a été un allié de poids de Pat Pulling dès le début de sa guerre contre les jeux de rôles. Dans l’un des communiqués de presse de la NCTV sur les “morts liés aux JdR”, Pat Pulling est mentionnée comme l’une des personnes à contacter [LXVII]. Radecki se décrit comme “un psychiatre diplômé avec une solide expérience pratique doublé… d’un directeur de recherche au sein de NCTV”. [LXVIII]

Dans une interview du Comics Journal, on demandait à Radecki si NCTV avait un positionnement idéologique. Il répondait alors :

“J’espère que non. J’imagine – vous savez, nous ne sommes que des humains. Mais j’espère que non… Je ne vois pas en quoi nos positions seraient idéologiques. Je ne pense pas que ce soit le cas.” [LXIX]

Malgré ce démenti, parcourir les publications de la NCTV permet d’avoir une autre vision des choses. Dans l’un des bulletins de la NCTV, le Dr Radecki en personne a signé un article intitulé “Christ, Pardon, Miséricorde et Confiance” [LXX] dans lequel il explique avec force citations bibliques la vraie signification des enseignements du Christ sur le pardon. Dans le Bob Larson Radio Show, invité en tant que porte-parole de NCTV, Radecki a critiqué à plusieurs reprises la violence des dessins animés du samedi matin comme étant contraire aux enseignements de Jésus, à nouveau en étayant son propos par de nombreuses citations bibliques. [LXXI]

Il y a deux limites à ce positionnement de fondamentaliste chrétien. Tout d’abord, un fondamentaliste acceptera comme un dogme l’existence du Diable, de même que la capacité de celui-ci à agir dans le monde réel. Cela signifie qu’il est particulièrement prédisposé à voir le satanisme et à le déclarer mauvais. Il n’y a qu’un pas avant de définir a contrario tout ce qui lui semble mauvais comme étant satanique.

Ceci forme une relation très forte qui ôte toute validité à une étude objective d’un sujet car, dans la guerre entre Dieu et Satan, la neutralité ne peut exister. Soit vous êtes avec Dieu, soit vous êtes avec le Diable. C’est à nouveau la vision magique du monde, pleine de pièges chrétiens. Confier une enquête sur le satanisme à un fondamentaliste serait aussi stupide que de faire arbitrer un match du PSG par un supporter de l’OM.

Le positionnement religieux de la NCTV pose moins de problèmes que ses méthodes de travail. Son étude des meilleures ventes en librairie de 1905 à 1988 avait pour objectif de “déterminer si le XXe siècle avait vu une augmentation des thématiques violentes dans les livres les plus vendus” [LXXII]. Étant donné le thème, on aurait pu penser que les chercheurs auraient à lire l’ensemble des livres de la liste et d’estimer les actes de violence (que ceux-ci soient pro ou anti-sociaux). Ce n’est pas ainsi que l’étude a été menée.

Le docteur Radecki explique :

NCTV a investi des centaines d’heures de travail dans cette étude afin qu’elle soit aussi objective et équitable que possible. Son coût total approche de $8 000 et elle a pris plus de trois ans, avec beaucoup de révisions [un chercheur principal et deux contributeurs majeurs ont participé à l’étude]. NCTV avait envisagé de lire l’ensemble des 800 livres, mais il s’est avéré que certains d’entre eux auraient été difficiles à obtenir et que cela aurait triplé le coût de l’étude, bien au-delà de ce que NCTV était capable de supporter.” [LXXIII]

Malgré toute la sympathie qu’inspirent les malheurs du Dr Radecki, je ne peux que me demander s’il a jamais entendu parler des prêts en bibliothèque. Si la bibliothèque ne l’a pas, il existe des réseaux d’échange interbibliothèques simples et couramment utilisés. Il existe également des subventions pour des projets de recherches méritants, et une subvention aurait facilement couvert les frais engagés pour se procurer les livres introuvables en bibliothèque.

En parcourant la liste que donne le Dr Radecki, on peut remarquer qu’elle ne contient en réalité que 725 livres, car certains best-sellers se retrouvent sur plusieurs années. L’un des livres, The Robe (wiki en) de Lloyd C. Douglas [un livre sur la crucifixion de Jésus (NdT)] apparaît quatre fois dans la liste (7e en 1942, 1er en 1943, 2e en 1945 et à nouveau 1er en 1953). Malgré cette remarquable récurrence, ce livre n’a pas été lu pour l’étude.

Sans lire les livres, comment leur degré de violence a-t-il été déterminé ? En fait, l’étude elle même donne l’explication :

“L’étude a utilisé les critiques du Book Review Digest, que publie annuellement l’éditeur R. R. Bowker - de New York… Même si certains critiques n’étaient pas aussi sensibles à la violence qu’ils l’auraient dû, un échantillon de livres effectivement lus par la NCTV a montré que leurs critiques étaient en accord avec celles de la NCTV, ou proches, dans la grande majorité des cas.

[…] Nous avons montré que parfois certains critiques ne sont pas sensibles à la violence, même lorsqu’ils y ont été sensibilisés. NCTV l’a prouvé dans le cas des critiques de Time Magazine [LXXIV]. Ce cas est très semblable à celui des critiques de films. Certains y sont très sensibles tandis que d’autres s’en amusent et vont jusqu’à faire une publicité inadéquate au malsain et au sadique.” [LXXV]

Au lieu de lire eux-mêmes les livres, soit 1,5 livre par semaine à raison de 725 livres au total, de trois personnes et de trois ans pour faire l’étude, on a utilisé des critiques littéraires pour déterminer le degré de violence des best-sellers de 1905 à 1984. On aurait pu penser qu’elles correspondraient au moins aux bons ouvrages, mais la description de The Yearling (wiki en) laisse penser que des erreurs se sont produites. Ce livre, qui a pour sujet un garçon et un faon (11), a pour résumé : “[Jody] et son cheval courent en liberté, ce qui agace ses parents. Et tandis que le cheval devient plus grand et plus fort, ils forcent Jody à abandonner son poulain.” [LXXVI].

De plus, une deuxième phase de l’étude a été conduite avec des contrôles encore moins rigoureux :

“La deuxième partie de l’étude a passé en revue les couvertures de livres de poche populaires choisis au hasard dans les étagères de deux librairies à Champaign, dans l’Illinois. Les diverses catégories de livres à succès ont été comparées, et les dessins sur la couverture ont été supposés être liés au contenu de ces livres.” [LXXVII]

Il ne faut pas être grand clerc pour se rappeler que juger un livre par sa couverture est quelque chose de dangereux. D’ailleurs, en tant que romancier publié, qui connaît beaucoup d’autres romanciers édités, je peux affirmer, catégoriquement, que les couvertures et les textes de présentation de quatrième de couverture n’ont souvent aucun lien avec l’œuvre à l’intérieur. Le plus souvent, la quatrième de couverture est écrite par un commercial qui n’a pas même lu le livre ! L’idée qu’un paragraphe au dos d’un livre ou qu’un extrait aguicheur sur la première page intérieure pourrait résumer un roman de plus de 100 000 mots est absurde et insultante.

Cette technique d’enquête a fourni, sans grande surprise, les résultats suivants : “un incroyable 79 % de tous les livres de poche comportait des thèmes violents.” [LXXVIII] de même sans grande surprise, 100 % des livres classés Politique/Espionnage et Crime/Policier ont été classés comme violents, tandis que les thèmes Heroic-fantasy, Horreur et Science-fiction comportaient des pourcentages de violence de respectivement 98 %, 96 % et 81 %. À part une catégorie “Autres” non explicitée, les livres les moins violents semblent être ceux d’histoires d’amour modernes dont seulement 33 % ont été considérés comme violents.

La définition de “violent”, selon la NCTV est :

“N’importe quel livre dont l’intrigue implique de la violence physique d’une manière significative ou critique. Les homicides ou les viols (effectués ou tentés) doivent être peu nombreux. Également, tout livre dans lequel le héros (ou l’anti-héros) gagne en employant la violence d’une façon importante ou décisive… les histoires d’amour qui enseignent la culture du viol (12) appartiennent à cette catégorie.” [LXXIX]

Pour donner une idée, [le thriller de guerre] Tempête rouge (wiki) de Tom Clancy était noté XUnfit. Cette classification est définie comme “Violence extrême et sadique ayant des aspects crus et horribles. Des textes érotiques extrêmement brutaux et dégradants, particulièrement lorsqu‘ils sont associés à de la violence, tombent également dans cette catégorie.” [LXXX]À la poursuite d’Octobre Rouge obtint la même note.

La méthodologie de l’étude est clairement défectueuse. Juger un livre sur la base de sa critique est absurde parce qu’on ne peut pas prendre en compte tous les partis pris du critique littéraire, une quelconque animosité personnelle entre le critique et l’auteur, ou simplement le fait que la critique ait été raccourcie pour cause de place avant que le magazine ait été mis sous presse.

Plus important encore, il n’y a aucun moyen de déterminer si le critique a même réellement lu le livre, ou si la critique a été écrite sur la base de communiqués promotionnels envoyé par l’éditeur.

La seule manière de déterminer la teneur d’un livre est de le lire et, si le livre fait partie d’une série, de lire cette dernière intégralement.

C’est dans cette perspective, qu’alors nous pouvons jeter un bref coup d’œil aux problèmes avec la liste de “cas” de jeux de rôles et de leur contenu diabolique, que Radecki et Pulling nous assènent si fort. Celui des cas de Mme Pulling que je préfère sans doute est le tout premier à apparaître sur la liste de NCTV : le “Nom caché, détails rendus confidentiels sur demande de la famille, âge 14 ans, 1979, suicide” [LXXXI].

Ce type de compte rendu avec des détails vagues est caractéristique de 5 autres cas sur la première liste de 37 que NCTV présenta. Pourtant dans d’autres listes de cas, le fait qu’on ait rapporté qu’une personne avait joué à D&D, comme vu ci-dessus dans le cas de Sean Hughes, suffit à relier sa mort au jeu de rôle, même si l’affaire n’a pas encore été élucidée ou classée par la police. Si BADD et NCTV peuvent d’une quelconque manière lier quoi que ce soit à D&D, la relation de causalité est forcée et la chaîne de preuves fabriquées s’allonge.

Un des cas “non mortels” de la liste le montre avec des détails exquis :

“On rapporte le cas d’une jeune fille de 15 ans violée à Angleton, au Texas, par Armando Simon, 33 ans, un psychologue carcéral conseillant des détenus pour crimes sexuels. Selon un témoignage au tribunal, la jeune fille a été amenée à des relations sexuelles par une pratique prolongée de D&D dans laquelle on lui avait donné le rôle de “quelqu’un qui perdrait ses pouvoirs après avoir fait quelque chose mal”. Simon jouait un personnage obsédé par les femmes et son épouse jouait souvent une lesbienne. L’épouse a encouragé les relations sexuelles en montrant à la jeune fille des photos de Simon nu en compagnie d’autres femmes. Elle a dit à la jeune fille “Il a toujours voulu une vierge comme cadeau”. Le psychologue et la fille ont eu leur première relation sexuelle après leur retour d’une convention de D&D à Houston.” (Chronique de Houston, 8 mai 85) [LXXXII]

Il est non seulement absurde de suggérer que le crime ci-dessus ait eu lieu à cause de D&D, mais il est ridicule de ne serait-ce qu’insinuer qu’il n’aurait pas eu lieu en l’absence de D&D.

Dans son livre, Pat Pulling cite le Dr Arnold Goldstein, directeur du Centre pour la recherche sur l’agression à l’université de Syracuse : “Nous, psychologues, utilisons le jeu de rôle en thérapie… pour provoquer des effets bénéfiques” [LXXXIII]. La séduction de la jeune fille par Simon était un abus de confiance entre un patient et son thérapeute et n’avait rien à voir avec un jeu de rôle.

En 1985, la liste de BADD/NCTV comprenait 37 personnes mortes et 5 cas “non mortels” de violence liée à D&D. Ils notent “[…] Il y a 8 décès supplémentaires (6 suicides et 2 meurtres) pour lesquels les informations sont confidentielles. Pat Pulling et Tom Radecki enquêtent sur 7 meurtres supplémentaires qui nous ont été récemment rapportés dans 3 affaires séparées. Des décès nous sont signalés au rythme d’environ 5 par mois.” [emphase ajoutée]. Dans une parution de janvier 1987, cependant, la liste ne s’était allongée que de deux nouveaux meurtres et le taux d’augmentation ci-dessus était ramené ainsi : les “décès sont signalés au rythme de trois à quatre par mois”.

Pendant ces deux années, quelques changements ont été apportés à la liste. NCTV a supprimé un cas (1985, # 16, un suicide anonyme). Ils ont mis à jour un cas (ajoutant le nom Mike Cote au cas n°37 de 1985, n°36 de 1987) et ont ajouté deux affaires pour un total de 3 victimes (Patrick Beach et Cayce Moore). Ils ont aussi ajouté le cas de Roland Cartier à cette liste, mais sous sa propre section : “Décès signalés comme étant liés à D&D avec peu d’information disponible”.

En dépit de ce brassage, le fait est que 120 nouveaux cas ne se sont pas matérialisés entre 1985 et 1987. De même, 108 nouveaux cas ne sont pas survenus entre 1987 et 1990, malgré les prévisions sinistres de NCTV. En fait, les seuls nouveaux cas à émerger sont ceux de Sean Sellers, Jeffrey Meyers, Cliff Meling et Daniel Kasten. En ajoutant les 8 décès de ces quatre affaires aux 39 que NCTV a déjà, nous sommes assez éloignés des 125 cas rapportés de Pat Pulling [LXXXIV].

Au passage, la version de 1985 est celle dans laquelle le Dr Radecki cite des passages du “livre d’investigation, Les Monstres du labyrinthe [titre français du film tiré du roman qui ne fut pas traduit (NdT)] de Rona Jaffe” [LXXXV]. Le livre de Jaffe est un roman, situé dans une université imaginaire dans une ville imaginaire en Pennsylvanie. Le fait que ce soit une fiction n’empêche pas Radecki de citer une lettre écrite au journal de l’école sur les dangers de D&D comme s’il s’agissait d’un témoignage. Pour quelqu’un qui passe beaucoup de temps à essayer de déterminer si les gosses font la différence entre l’imaginaire et la réalité, le Dr Radecki, comme Mme Pulling, semble avoir développé son propre problème dans ce domaine.

Le Dr Radecki, tout en poursuivant le but admirable d’éliminer la violence de la société, s’est engagé dans une “recherche” d’une manière moins que scientifique. Ses conclusions sont, en conséquence, suspectes. De même, son empressement continuel à ne publier des données qui ne peuvent que contribuer à l’hystérie est tout aussi suspect.

Larry Jones et File 18

Il semble effrayant que Pat Pulling soit acceptée comme “formateur de jury” et témoin expert dans des affaires capitales, mais encore plus terrifiante est son alliance avec Larry Jones. Jones travaille au département de police de Boise, dans l’Idaho et est le chef du Cult Crime Impact Network, Inc. (CCIN – “Réseau sur l’impact des crimes liés aux cultes”). Il est l’éditeur de File 18 (Fichier 18), un bulletin dont il prétend qu’il est distribué à entre 1500 et 2500 personnes des forces de l’ordre. File 18 signale des crimes occultes dans tout le pays, mais semble employer comme sources des coupures de journaux envoyées par des lecteurs et d’autres parties intéressées.

Quelques extraits de File 18 sont à même de refléter les liens que BADD a avec lui, et la partialité générale de son positionnement éditorial. Bien que chaque numéro contienne l’avertissement suivant, ou une de ses variations, le bulletin ne porte aucun copyright.

Avertissement : “CONFIDENTIEL : INFORMATION D’ACCÈS RESTREINT À L’USAGE EXCLUSIF DES FORCES DE L’ORDRE OFFICIELLES”

Le numéro d’avril 1989 le prolongea ainsi :

“CONFIDENTIEL : INFORMATION D’ACCÈS RESTREINT. NE DOIT PAS ÊTRE COMMUNIQUÉ AU PUBLIC, AUX MÉDIAS, OU AUX PERSONNES OU GROUPES NON AUTORISÉS. L’INFORMATION CONTENUE DANS CETTE PUBLICATION A POUR BUT PRINCIPAL D’AIDER LES FORCES DE L’ORDRE ET LES PROFESSIONNELS LÉGITIMES DE LA SOCIÉTÉ QUI COMBATTENT DES CRIMES SECTAIRES ET AIDER LES SURVIVANTS.”

Le numéro de décembre 1988 indique le lien avec BADD.

XI. QUI A VOTRE ADRESSE ?

Au cours des six derniers mois, un certain nombre de publications et de lettres non-autorisées ont été expédiées aux abonnés du bulletin File 18. Excepté deux envois de BADD, Inc. sur leurs prochains séminaires, le comité du CCIN n’a pas donné l’autorisation préalable d’utiliser la liste des destinataires. Nous avons des informations vérifiables selon lesquelles quelques fonctionnaires de police de la liste de File 18 sont également membres de groupes occultes.

Ces personnes ont apparemment pris la liste des destinataires et des exemplaires de File 18, et les ont transmises à des personnes dont les buts sont d’influencer les sentiments du lecteur contre la mission du CCIN. [LXXXVI]

Le numéro de février 1989 donne un aperçu intéressant sur les processus mentaux des personnes chargées de rechercher des preuves dans des affaires criminelles :

“À travers tous les États-Unis, des hommes sont en prison et dans les couloirs de la mort, condamnés pour des sacrifices humains satanistes. D’autres ont été emprisonnés pour des abus et des brimades abominables sur des nourrissons, des enfants, et des adultes. Les adultes survivants font des comptes rendus étonnamment proches d’asservissement, de crainte, de contrôle de l’esprit et de rituels accomplis pendant des années sous le nez (ou avec la complicité) de la prétendue “société normale” et de ses représentants.

Ceux qui nient, démontent, ou dissimulent l’évidente montagne indéniablement croissante de preuves, exigent souvent des preuves chiffrées ou des liens avérés entre les groupes opérationnels suspects. Au mieux, cette demande de preuves avérées “d’une conspiration horizontale” est naïve. Au pire, c’est un leurre conçu pour détourner l’attention du nombre de plus en plus important de professionnels qui sont convaincus que nous devons efficacement poursuivre et faire face à ce qui pourrait être le crime des années 90.

Envisagez la possibilité que la raison pour laquelle des groupes censément indépendants, dans des localités différentes, à diverses époques, agissant d’une façon semblable, est que des directives cohérentes [en provenance] de niveaux d’autorités plus élevés sont reçues séparément.

Au lieu d’être directement liés entre eux, ces groupes peuvent être liés verticalement à une source commune de direction et de contrôle. Ce “modèle vertical de conspiration” est cohérent avec la structure “autoritaire” (de type pyramidal) vue dans de nombreux cultes et groupes occultes. Ceux qui acceptent cette théorie comme une possibilité raisonnable doivent repenser la signification, la portée, et les effets du mot conspiration !

Un nombre croissant de preuves, d’informations des services secrets, de témoignages de survivants, et de condamnations des tribunaux nous presse d’arriver à la conclusion que ces jusqu’ici “problèmes indépendants”, sont orchestrés depuis une source centrale. Réveillons-nous et voyons la réalité de ce que nous avons inefficacement combattu depuis si longtemps. Ce n’est qu’en coupant la racine de l’arbre du crime au lieu de simplement ratisser les feuilles, que nous pouvons espérer arrêter ou inverser le mouvement.” [LXXXVII]

Dans ce même numéro apparaît :

“La solution [au satanisme] : L’équipe éditoriale s’accorde sur le fait que la seule solution vraie et durable à “l’adoration du Diable” ou à l’implication satanique est une rencontre personnelle avec le Christianisme vrai et avec la figure centrale de cette foi, Jésus-Christ. Ce n’est qu’à travers cette lumière que les bras longs et dangereux du satanisme ou de la mise en esclavage par l’occulte peuvent être reconnues et ôtées de la vie d’une personne.” [LXXXVIII]

Larry Jones, à un colloque parrainé par Bob Larson a défini le satanisme comme “des personnes adorant une déité autre que le Dieu de la Bible” [LXXXIX]. Il a continué en indiquant que “vous ne pouvez pas être un sataniste convaincu sans violer la loi du pays” [XC]. Par conséquent, n’importe quel non-chrétien ou non-juif est, de facto, à la fois un sataniste et un criminel. Et, étant donné son témoignage ci-dessus, le seul traitement contre la menace sataniste est une renaissance nationale. C’est un langage dangereux à tenir pour un officier de police car il présume la culpabilité en l’absence d’une preuve quelconque d’un crime.

Pour finir, les deux citations suivantes viennent du numéro d’avril 1989 de File 18 :

“Nous croyons que certains groupes et intérêts se sont enfin rendu compte de l’existence du CCIN ou ont décidé que nous n’allions pas partir. Ils ont élaboré des campagnes actives d’infiltration et de désinformation conçues pour intimider, invalider et/ou anéantir le travail que nous avons commencé, le travail que nous encourageons parmi les nombreux professionnels légitimes dans les services de police, les écoles, les établissements de soin, les églises, et les associations intéressées à travers la nation. Un climat de défiance a été instillé entre les groupes fournissant une documentation crédible et les autorités.”

“Aujourd’hui, les forces de l’opposition fabriquent des tonnes d’informations conçues pour embrouiller, tromper et diluer la vérité. Ces tactiques comprennent : l’assassinat de personnes, la rumeur, l’insinuation, la dérision et les menaces de procédures civiles. Elles sont conçues pour arrêter l’exposé essentiel de pratiques autrefois secrètes, d’associations, et de méthodes criminelles.” [XCI]

Un peu plus loin dans le même numéro, nous lisons :

VIII. Acquino, à nouveau :

En mars, 1988… dans l’émission TV d’Oprah Winfrey, Michael Acquino [fondateur du Temple de Seth (13)] a dit que si les satanistes commettaient vraiment des crimes, la police connaîtrait leur existence et enquêterait, arrêtant les satanistes.

Dans le bulletin de File 18, vol. III… nous avons demandé une confirmation que l’Armée des États-Unis avait rouvert une enquête sur le lieutenant-colonel Acquino. La confirmation est venue de rien moins qu’un article publié dans le San José Mercury News le 23 décembre 1988. Linda Goldston, journaliste, écrivait : “Six mois après que le bureau du procureur des États-Unis a fermé l’affaire de viol sur mineur à Presidio, l’Armée a lancé une nouvelle enquête sur un des premiers suspects dans cette affaire – un officier de haut rang qui a fondé une église sataniste, selon des sources proches de l’enquête”.

Nous accordons certainement à M. Acquino le bénéfice de la présomption légale de son innocence, mais… [XCII]

Ces documents de File 18 doivent être discutés sur plusieurs points. Le ton général de paranoïa est troublant dans un document publié par et pour des fonctionnaires de police et d’autres professionnels concernés. L’idée que “la solution aux crimes sataniques est une rencontre personnelle avec Jésus-Christ” s’est terminée avec les procès de sorcières et n’a pas sa place dans l’application de loi des États-Unis.

La majorité de ce qui paraît dans File 18 “est cité d’après des livres et des articles disponibles dans les kiosques à journaux… La plupart des documents soi-disant “réservés à la police” que nous utilisons maintenant ont été produits par des civils !” [XCIII]

Si c’est vrai, pourquoi Jones les publie-t-il et leur donne-t-il de ce fait un vernis de légitimité qu’ils ne méritent pas ?

Les articles de journaux insistent sur l’inhabituel et recherchent toujours un seul angle d’approche, mais cet angle se réduit souvent à l’insignifiance lorsque l’affaire est étudiée. Pourquoi alors l’accent est-il tellement mis sur des faits divers trouvés dans des kiosques à journaux ?

Larry Jones semble continuellement en colère contre le manque de preuves solides et crédibles sur les crimes satanistes.

Le dernier numéro de File 18 [XCIV] en ma possession contient des coupures de journaux de sources aussi diverses que le Farm Times of Idaho (à propos des mutilations de bétail) ou la correspondance personnelle d’un psychothérapeute qui était très mécontent que le sénat de l’État de Washington n’ait voulu consacrer que 10 minutes du temps du Comité des lois et de la justice à écouter son discours sur les crimes rituels.

Il y a une critique, très intéressante par sa présence même, du livre de Tal Brooke When The World Will Be As One (“Quand le monde sera uni” non traduit).

Ce livre prétend raconter les événements passés et les plans futurs d’une conspiration d’un “gouvernement mondial”. Il a été écrit par une personne qui, après une conversion au Christianisme, a été “apte à écrire un tel livre du fait de son ancienne participation au mouvement New Age, [et] son expérience de l’occulte… ce qui augmente sa capacité à exprimer les philosophies en coulisses de l’Âge Global” [XCV].

File 18 donne la possibilité aux personnes intéressées de commander ce livre.

La théorie de “conspiration verticale” de File 18 tombe rapidement quand on la réduit à l’essentiel même avec la plus faible rigueur. Quel est le besoin d’une cabale invisible quand Dan Rather ou Geraldo Rivera [respectivement équivalents de PPDA et de Jacques Pradel (NdT)] informent tout un chacun de n’importe quel événement bizarre survenu d’un bout à l’autre des États-Unis – rendant les imitations bouffonnes de rites, mutilations, etc. non seulement faciles, mais un moyen sûr de se faire de la publicité ? Pourquoi aurait-on besoin de cultistes propageant en secret leurs rituels, quand n’importe qui peut trouver cent romans d’horreur différents qui décrivent ces choses avec des détails à vous donner froid dans le dos ?

En dépit du manque complet de preuves d’une conspiration satanique – et ignorant des tactiques utilisées par Mme Pulling dans sa croisade – Larry Jones continue à s’accrocher à la croyance en une cabale malfaisante en route pour détruire l’Amérique. Dans une renversante perversion de la logique, Jones demande :

“Le déni [de l’alcoolisme] change-t-il la vérité ? Non.

Les choses sont comme elles sont – indépendamment de la volonté de l’alcoolique à reconnaître la vérité pour lui-même ou pour d’autres. En fait, pour éviter d’être confronté à sa réalité, il concevra des rationalisations, répétera des explications creuses, détournera l’attention vers de faux problèmes, s’entourera de buveurs aux mêmes états d’esprit et fabriquera des mensonges. Pendant ce temps, la destruction exercée par son envie irrésistible continue à faire ses ravages. Elle sape sa vitalité, détruit sa créativité, le vide de ses ressources, vole son énergie, détourne son potentiel et l’attire vers sa propre mort dans la fausse sécurité de son esprit en pagaille.” [XCVI]

Chacune des choses que Jones indique comme étant une tactique d’un alcoolique pour éviter de se rendre compte qu’il a un problème est une tactique que Mme Pulling et d’autres chasseurs de Satan ont utilisée. Ils luttent tellement fort pour démontrer que les esprits et les monstres qu’ils voient existent, qu’ils en perdent le contact avec le monde réel. Rassemblés, ils renforcent leurs visions biaisées de la réalité, et se défendent les uns les autres contre les tentatives rationnelles de leur montrer les erreurs de leurs méthodes.

Conclusion

Patricia Pulling, comme n’importe quel adulte responsable, se préoccupe du bonheur et du bien-être des enfants dans notre société. Une tragédie personnelle dans sa vie l’a galvanisée et l’a lancée dans une croisade pour sauver des enfants de l’horreur qu’elle croit avoir vu prendre son fils. Sa motivation, originelle et actuelle, est quelque chose que nous ne pouvons que deviner, mais clairement elle croit qu’elle mène une guerre contre des forces diaboliques prêtes à dévorer de jeunes Américains.

Tout aussi clairement, quelque part dans sa carrière d’investigatrice, elle a perdu son objectivité. Elle a, volontairement ou par négligence, fabriqué des comptes rendus sur des suicides et des meurtres liés aux jeux de rôles et au satanisme. Elle a mis en avant des personnes qui ont, pour le moins, besoin d’une aide psychiatrique sérieuse afin de traiter leurs problèmes émotionnels et psychologiques. Elle s’est à plusieurs reprises présentée comme “témoin expert” sur des jeux de rôles dont elle ne connaît rien ou peu de choses. Elle a monté une supercherie sur les circonstances entourant la mort dénuée de sens de son fils.

Sans aucun doute, Mme Pulling a commencé à rechercher un moyen d’empêcher d’autres enfants de suivre les traces de son fils. Ses efforts au nom de la mémoire de ce dernier étaient évidemment bien intentionnés, mais lorsque l’hystérie anti-jeu a débordé dans une guerre contre Satan, les fins ont commencé à justifier les moyens. Ce qui était devenu important était de tirer la sonnette d’alarme au sujet des dangers du satanisme, et n’importe quelle méthode qui marchait pour faire passer ce message était parfaitement acceptable.

Pat Pulling et ses alliés organisent régulièrement des “séminaires sur les crimes des sectes occultes” dans divers endroits à travers le pays. Ils sont proposés à la police et aux enseignants entre 100 $ et 300 $ par tête, ce qui n’inclut pas le logement, le transport ou les repas. Ces conférences dépassent la fable de “l’aveugle menant les aveugles” car les anti-satanistes tirent de considérables bénéfices de l’organisation de ces séminaires. De plus, les contribuables casquent pour ces expériences éducatives douteuses, puis voient la désinformation et la fausse information utilisées contre eux lorsque des flics zélés essayent d’utiliser ce qu’ils ont appris et admis de bonne foi.

Comme cela a été montré ci-dessus, ce sont ces séminaires dans lesquels Pat Pulling distribue un questionnaire qui, s’il est utilisé selon les instructions, apportera la preuve que pratiquement n’importe qui est un sataniste. Ce sont ces séminaires où des individus mentalement dérangés comme Cassandra Hoyer ou Laurel Wilson alias Lauren Stratford [voir note XCVII: une fausse “évadée” de sectes sataniques] racontent des histoires sur les horreurs que les “survivants de sectes” endurent. Ce sont ces séminaires pendant lesquels des prospectus sur les “symboles occultes” sont distribuées, y compris des choses comme “l’étoile de David” et pendant lesquels toute religion non-chrétienne est stigmatisée “sataniste”.

Clairement, Pat Pulling n’est “un expert en matière de crimes cultistes” qu’à ses propres yeux et à ceux de ses copains, alliés et disciples. Barry Goldwater [politicien ultra-conservateur (NdT)] a dit une fois : “L’extrémisme dans la défense de la liberté n’est pas un vice”. L’extrémisme lié à la bataille contre la conspiration sataniste ne défend aucune liberté. Le fanatisme de ce type, qui perpétue un fantasme hystérique, n’est rien d’autre que du mal à l’état pur. Le seul plus grand mal est de ne rien faire pour partager la vérité avec ceux qui pourraient être trompés par Mme Pulling.

Remerciements

L’auteur de cet article voudrait remercier les personnes suivantes pour leur aide dans la préparation de ce rapport : Loren K. Wiseman, Greg Stafford, Shawn Carlson, Robert D. Hicks, David Alexander, Jim Lippard, Sean Sellers, Darren Molitor et Liz Danforth.


Annexe 1

Sean Sellers a écrit la lettre suivante et l’a envoyée à l’auteur de ce rapport.

Sean a donné la permission de reproduire la lettre à la condition qu’elle apparaisse intégralement quand elle sera publiée.

Avec la polémique sur les jeux de rôles tellement répandue aujourd’hui, beaucoup de personnes bien intentionnées ont cherché à utiliser mon passé comme référence pour dénigrer le jeu de rôle. Bien qu’il soit vrai que D&D ait contribué à mon intérêt et à ma connaissance de l’occultisme, je dois être juste et expliquer dans quelle mesure D&D y a contribué.

Quand je jouais à D&D, je n’étais pas un sataniste, et en fait si j’en avais croisé un, il aurait probablement récolté mon poing dans la gueule. Je m’intéressais toutefois à la sorcellerie et au zen. En faisant des recherches à la bibliothèque pour une partie de D&D que je menais, je suis tombé sur d’autres livres qui m’ont conduit à étudier l’occultisme.

Après être devenu sataniste, j’ai employé des manuels de D&D pour leurs symboles magiques et leurs personnages de référence pour mes premières études. J’ai également utilisé mon expérience de Maître de Jeu pour présenter les concepts de comportement sataniste à des gens et pour les recruter dans l’occultisme.

J’ai des objections contre une partie des suppléments que TSR a publiés pour leurs jeux de rôles. Je pense que leur utilisation excessive du paganisme et de l’occultisme est inutile et peut mener à des problèmes dans les idéaux de certains joueurs ; cependant, pour être juste avec TSR et par esprit d’honnêteté je dois reconnaître que D&D a contribué à mon implication dans le satanisme comme un intérêt pour l’électronique peut amener à la fabrication d’une bombe. Comme pour construire une bombe, j’avais déjà pris des décisions malsaines avant que j’aie incorporé des éléments de D&D dans les projets de mon groupe sataniste, et c’était le satanisme et non D&D qui a été décisif dans mes crimes.

Personnellement, pour des raisons que j’édite moi-même ailleurs, je ne pense pas que les enfants doivent jouer à D&D ; mais utiliser mon histoire comme exemple classique des effets du jeu de rôle est soit irrationnel, soit fanatique.

5 février 1990
Sean R. Sellers


Annexe 2

L’auteur de ce rapport, Michael A. Stackpole, est écrivain de romans de science-fiction, concepteur de jeux et concepteur de jeux vidéo. En 1979, il a obtenu une licence d’Histoire à l’université du Vermont. Après son diplôme, il a commencé une carrière comme concepteur de jeux pour Flying Buffalo, Inc. à Scottsdale, Arizona. En 1983 et 1984 des projets auxquels il a contribué ont gagné le prix H. G. Wells pour la Meilleure aventure de l’année. En 1988, Wasteland, un jeu d’ordinateur qu’il a conçu, a été choisi comme Meilleur jeu d’aventure de l’année par le Computer Gaming World, et en 1989 Neuromancer, un autre jeu sur lequel il a travaillé, gagna la même récompense. En outre en 1988 un autre jeu vidéo, Bard’s Tale III, fut élu Meilleur jeu vidéo par le Strategist Club.

Son intérêt pour la polémique autour des jeux de rôles a commencé en 1979 quand la disparition de James Dallas Egbert du campus de l’Université de l’État du Michigan à East Lansing propulsa D&D et le jeu de rôle vers une notoriété nationale. Une enquête sur cette affaire a montré que le JdR n’avait rien à voir avec la disparition d’Egbert ; elle a également montré que la perception qu’en avait eue le public ne correspondait pas à la réalité.

Depuis cette époque, en collaboration avec d’autres dans le milieu du JdR, il a travaillé à enquêter sur des affaires et remettre les choses à leur place. Comme cela devait se produire, son chemin croisa celui de Patricia Pulling et de BADD, et l’information qu’il a rassemblée dans sa recherche est présentée dans le rapport ci-dessus. Comme le domaine d’“expertise” de Pat Pulling s’est déplacé vers le satanisme, les recherches de l’auteur ont suivi.

Extrait du Who’s Who In The West, Édition de 1990

Contact :

Michael A. Stackpole

Phoenix Skeptics

Box 62792

Phoenix, AZ 85082-2792

(602) 231-8624/ Fax (602) 392-0328


Bibliographie

Périodiques

Cornerstone, Vol. 18 numéro 90, Jan. 1990, “Satan’s Sideshow” par Gretchen & Bob Passantino and Jon Trott

Daily News-Sun of Sun City, Arizona mardi 7 juin 1988 “Death of a Kid” par Doug Dollemore

File 18, Vol. III, No. 88-4; Vol. IV, No. 89-1; Vol. IV, No. 89-2 ; Vol. IV, No. 89-6; Vol. V, No. 90-1, Cult Crime Impact Network, Inc., Larry Jones, editor

INSIGHT, 11 janvier 1988, “Battling Satanism a Haunting Task” par Derk Kinnane Roelofsma

National Coalition on Television Violence, communiqué de presse du 17 janvier 1985

NCTV News, Vol. 6, Jan-Fev 1985

communiqué de presse de NCTV, juin 1985, tel que reproduit dans le Law Enforcement Primer de BADD.

NCTV Bestseller Study 1905-1988

Richmond News Leader, 21 septembre 1988

Richmond News Leader, 7 avril 1989, “Local Believers short on Evidence” par Rex Springston

Richmond Times-Dispatch, 5 mars 1988, “Satanic Cults said to entice teens with sex, drugs” par Ed Briggs

Richmond Times-Dispatch, 23 septembre 1988

The Comics Journal, No. 133, décembre 1989, “Thomas Radecki Interview” par Gary Groth, Robert Boyd & Greg Baisden

Washington Post, 13 août 1983, “Game Cited in Youth’s Suicide” par Michael Isikoff

Transcriptions et ressources multimédia

Transcription de l’affaire N° L-128-83 de la Cour itinérante du comté de Hanover, Virginie, l’Honorable Juge Richard H.C Taylor présidant le tribunal

Émission de télé Geraldo du 6 octobre 1988, transcription n°276 : “Teenage Satanism”

“L’émergence du crime rituel dans la société contemporaine”, transcription de notes prises au séminaire organisé par l’Association de détectives du Nord-Colorado et du Sud- Wyoming, du 9 au 12 septembre 1986, à Fort Collins, Colorado. Compilé et publié par Larry M. Jones, Cult Crime Impact Network 222 N. Latah Street, Boise. Idaho 83706

Bob Larson Radio Show, 29 mars 1990

Bob Larson Radio Show, 3 avril 1990

Symposium de Bob Larson sur le satanisme, 4 novembre 1989, notes par Vicki Copeland de Cult Watch Response

Livres et publications

Pulling, Patricia, avec Kathy Cawthon, The Devil’s Web, 1989, Huntington House, Inc. Lafayette, Louisiane

––––––– , 1988, Interviewing Techniques for Adolescents, BADD, Inc., Richmond, Virginie

––––––– , 1986, A Law Enforcement Primer on Fantasy Role Playing Games, BADD, Inc., Richmond, Virginie

Molitor, Darren Lee, 1985, The Darren Molitor Letter, BADD, Inc., Richmond, Virginie

Wedge, Thomas W. avec Robert L. Powers, 1988, The Satan Hunter, Daring Books, Canton, Ohio

Correspondance

Hicks, Robert D., 28 novembre 1988

Sellers, Sean R., 5 février 1990

––––––– , 27 décembre 1989

Molitor, Darren Lee, 14 mars 1990

––––––– , 10 avril 1990


Notes

[I] Communiqué de presse NCTV, 17 janvier 1985

[II]Washington Post, 13 août 1983

[III] Transcription de l’affaire N° L-128-83 de la Cour itinérante du comté de Hanover, Virginie, l’Honorable Juge Richard H.C Taylor présidant le tribunal.

[IV]The Devil’s Web, p. 90

[V] Correspondance privée avec l’auteur, 28 novembre 1988

[VI]Interviewing Techniques for Adolescents (BADD, Inc., Sept 1988), pp. 13-14

[VII]Ibid., p. 14

[VIII]Ibid., p. 3

[IX]Ibid., p. 3

[X]Ibid., pp. 3-6

[XI]Ibid., pp. 6-7

[XII] L’époque du pulp dura grosso modo de 1920 à 1950 et tient son nom des revues publiées sur du papier bon marché à base de pulpe de bois, répandus à cette époque. La guerre et le rationnement de papier frappèrent durement l’économie des pulps, l’avènement des livres de poche dans les années 1950 les acheva. The Shadow Magazine et Weird Tales sont deux exemples bien connus de magazines pulp. Lovecraft écrivait souvent pour ce dernier magazine.

[XIII]Daily News-Sun of Sun City, Arizona mardi 7 juin 1988

[XIV]Ibid.

[XV]Ibid.

[XVI]Washington Post, 13 août 1983

[XVII] Émission TV Geraldo, 6 octobre 1988, Transcription #276, pp. 9-10

[XVIII]The Devil’s Web, pp. 7-8.

[XIX] Transcription de l’affaire N° L-128-83 de la Cour itinérante du comté de Hanover, Virginie, l’Honorable Juge Richard H.C Taylor présidant le tribunal.

[XX]L’émergence du crime rituel dans la société contemporaine, transcription de notes prises au séminaire organisé par l’association de détectives du Nord-Colorado et du Sud-Wyoming, du 9 au 12 septembre 1986, à Fort Collins, Colorado. Compilé et publié par Larry M. Jones, Cult Crime Impact Network 222 N. Latah St., Boise. Idaho 83706

[XXI]Ibid.

[XXII]The Devil’s Web, p. 199

[XXIII]Richmond News Leader, 7 avril 1989

[XXIV]Ibid.

[XXV]Ibid.

[XXVI]Richmond Times-Dispatch, 23 septembre 1988

[XXVII]Ibid.

[XXVIII]Richmond Times-Dispatch, 5 Mars 88

[XXIX]A Law Enforcement Primer on Fantasy Role Playing Games (“Une introduction aux jeux de rôles fantastiques, à l’usage des forces de l’ordre”), p. 10

[XXX]The Devil’s Web, p. 91

[XXXI]The Devil’s Web, p. 97, voir aussi le “Primer”, pp. 10-11

[XXXII]Primer, p. 10

[XXXIII]Ibid., p.10

[XXXIV]Ibid., p. 11

[XXXV] TSR réimprime régulièrement des jeux épuisés pour conserver les noms déposés. D’après la rumeur, on planifie une réédition de Boot Hill en 1990 rien que pour maintenir la marque déposée sur le titre. Ceci était sans doute la raison pour laquelle Gamma World reparut en 1986. Il ne serait pas impossible de voir également une reparution de Metamorphosis Alpha, mais elle n’est pas attendue.

[XXXVI]The Devil’s Web, p. 97

[XXXVII]Ibid., p. 9

[XXXVIII]Ibid., p. 79

[XXXIX]The Darren Molitor Letter

[XL]The Devil’s Web, p. 79

[XLI]The Darren Molitor Letter.

[XLII] Correspondance personnelle avec l’auteur, 14 mars 1990

[XLIII]Ibid.

[XLIV]The Devil’s Web, p. 88

[XLV]Ibid., p. 11

[XLVI] Correspondance personnelle avec l’auteur, 14 mars 1990

[XLVII]The Devil’s Web, p. 9

[XLVIII]Ibid., p. 54

[XLIX]Ibid., p. 57

[L]Insight, 11 janvier 1988, p. 48

[LI]Richmond News Leader, 21 septembre 1988

[LII]Ibid.

[LIII]Richmond News Leader, 7 avril 1989

[LIV]Bob Larson Radio Show, 3 avril 1990

[LV]The Devil’s Web, p. 90

[LVI]Ibid., p. 91

[LVII]Ibid., p. 91

[LVIII]Ibid., p. 91

[LIX] Correspondance personnelle avec l’auteur, 10 avril 1990

[LX]The Devil’s Web, p. 88

[LXI] Correspondance personnelle avec l’auteur, 10 avril 1990

[LXII]The Satan Hunter, p. 11.

[LXIII]The Devil’s Web, p. 92

[LXIV] Correspondance personnelle avec l’auteur, 5 février 1990

[LXV] Correspondance personnelle avec l’auteur, 27 décembre 1989

[LXVI] Correspondance personnelle avec l’auteur, 5 février 1990

[LXVII] Communiqué de presse NCTV, 17 janvier 1985

[LXVIII]The Comics Journal, No. 133, décembre 1989, p. 66

[LXIX]Ibid., p. 74

[LXX]NCTV News, Vol. 6, Jan.-Fév. 1985

[LXXI]Bob Larson Radio Show, 29 mars 1990

[LXXII]NCTV Bestseller Study 1905-1988

[LXXIII]Ibid., p. 1

[LXXIV] La prudence envers les critiques de Time Magazine est curieuse car, deux paragraphes plus haut, le rapport note : “Les critiques de livres elles-mêmes proviennent principalement de Time et Newsweek, du New York Times.”

[LXXV]Ibid., p. 1

[LXXVI]Ibid., p. 11

[LXXVII]Ibid., p. 1

[LXXVIII]Ibid., p. 25

[LXXIX]Ibid., p. 25

[LXXX]Ibid., p. 26

[LXXXI] Communiqué de presse NCTV, 17 Jan 1985, p. 5

[LXXXII] Communiqué de presse NCTV, juin 1985, tel que réimprimé dans le Primer de BADD.

[LXXXIII]The Devil’s Web, p. 82

[LXXXIV]Ibid., p. 85

[LXXXV] Communiqué de presse NCTV, 17 january, 1985, p. 8

[LXXXVI]File 18, Vol. III, No. 88-4, p. 12

[LXXXVII]File 18, Vol. IV, No. 89-1, p. 1

[LXXXVIII]Ibid., p. 3

[LXXXIX] Symposium de Bob Larson sur le satanisme, 4 novembre 1989. Environ 500 personnes étaient présentes, chacune payant 100 $ pour un programme d’une journée.

[XC]Ibid.,

[XCI]File 18, Vol. IV, No. 89-2, p. 1

[XCII]Ibid., p. 5

[XCIII]Ibid., p. 2

[XCIV]Ibid., File 18, Vol. V, No. 90-1

[XCV]Ibid., p. 5

[XCVI]File 18, Vol. IV, No. 89-6, p. 1

[XCVII] Laurel Rose Willson, alias Lauren Stratford, était l’auteur de mémoires d’une survivante de secte sataniste intitulé Satan’s Underground. L’éditeur, Harvest House, cessa de les publier après la publication d’un article de Cornerstone – un magazine chrétien – (Satan’s Sideshow par Gretchen, Bob Passantino et Jon Trott, Vol. 18, No. 90, Jan 1990) qui révélait qu’il s’agissait d’un faux et que son auteur était mythomane.

Article original : The Pulling Report

(1) NdT : “Alarmés par Donjons et Dragons”, avec le jeu de mot bad = mauvais. Un acronyme proche de MADD (Mothers Against Drunk Driving), une association respectable de familles de victimes de chauffards récidivistes en état d’ivresse, et dont les récits sont poignants. [Retour]

(2) NdT : Le 16 décembre 1773, des Partisans américains jetèrent des cargaisons de thé dans le port de Boston. Cet incident, nommé Boston Tea party (wiki), fut un de ceux qui marquèrent le début de la Guerre d’Indépendance. [Retour]

(3) NdT : La Bible satanique (wiki) est un ouvrage de Anton Szandor LaVey, fondateur de la Church of Satan, paru en 1969. Cette sorte d’essai philosophico-religieux, en antithèse avec le christianisme, fonde la pratique du satanisme de ce culte. [Retour]

(4) NdT : Le channeling (wiki) est une pratique initiée par Jane Roberts, qui se considérait comme un channel (canal) convoyant des énergies spirituelles. Les channels peuvent entrer en contact non seulement avec des défunts mais aussi avec des esprits extra-humains. [Retour]

(5) NdT : Richard Ramirez (wiki en) est un tueur en série particulièrement sadique qui assassina 14 personnes en 15 mois à partir de 1984, mais ne laissa des symboles sataniques que sur deux victimes. [Retour]

(6) NdT : Natas Kaupas (wiki), d’origine lituanienne, pionnier du skateboard acrobatique, créa sa ligne d’articles de sports. [Retour]

(7) NdT : Comme dans le conte où deux tailleurs escrocs vendent à l’empereur un vêtement “très très fin”, inexistant même. Lors d’un défilé, seul un petit garçon dans la foule dénonce l’imposture. [Retour]

(8) NdT : En août 1987, Michael Ryan (wiki en), 27 ans, tua 16 personnes et en blessa 14 autres à Hungerford, avec des armes qu’il collectionnait. Il déclara avant de se suicider, avoir été inspiré par les films violents du type Rambo[Retour]

(9) NdT : L’affaire McMartin fut un procès pour pédophilie, très long (1984-1990) et spectaculaire. Des “rituels satanistes” y ont été évoqués. Il n’aboutit à aucune condamnation et évoque l’affaire d’Outreau ; les souvenirs d’abus des enfants ayant sans doute été créés par les techniques d’interrogation de l’époque. [Retour]

(10) NdT : Bob Larson est un radio-télé-évangéliste américain. Il anime entre autres le Bob Larson Ministry et se définit lui-même comme “spécialiste des sectes, de l’occulte et des phénomènes surnaturels”. [Retour]

(11) NdT : Un de nos lecteurs remarqua sur un forum : “Ce livre est paru en Bibliothèque Verte sous le titre Jody et le Faon. À la fin, le père tue le faon avec un fusil… C’est très triste comme histoire, mais dans la catégorie des livres pour enfants décrivant le passage d’un autre enfant à l’âge adulte, c’est un des premiers que je recommanderais”. [Retour]

(12) NdT : La culture du viol définie par Lonsway et Fitzgerald : les attitudes et croyances qui nient ou justifient les agressions sexuelles. [Retour]

(13) NdT : Le Temple de Seth (wiki en) est un culte sataniste, dissident de l’Église de Satan. Fondé en 1975, estimé en 1999 à environ 2000 membres. [Retour]

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Pour aller plus loin… Hydre couchée

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