Les femmes rôlistes : rêve ou réalité?

Signs & Portents, le magazine de Mongoose Publishing présente, dans la série dans le bikini de mailles :

La question de l’existence réelle des femmes rôlistes ne cesse d’être soulevée : de manière générale, cette question divise puisqu’il a bien fallu reconnaître qu’elles existaient sans être sûr que la tendance perdurerait. Et un jour, tout le monde constatera que dans les parties, dans les conventions, les boutiques, etc., on ne trouvera plus une seule femme. “Cheryl ? Oh, elle a rejoint un groupe intégriste, elle est dehors en train de manifester. Et Marie ? Elle fait le deuil de sa ranger elfe. Elisabeth, tu dis ? On sait pas trop, mais il y a un mystérieux cercle d'herbe couchée sur sa pelouse.” Non, ce jour n’arrivera probablement pas.

Même si certaines joueuses sont des rôlistes d’un soir, la grande majorité des représentantes du sexe féminin ne jouent pas nécessairement pour être avec quelqu’un en particulier ; elles s’intéressent véritablement aux jeux de rôles, voire les aiment vraiment. Et pourquoi pas ? C’est plus typique des jeunes filles que des garçons de traîner à l’école avec des journaux intimes, carnets de rêves et autres poésies médiocres. Dans les JdR, nous avons la possibilité d’imaginer être des reines de beauté de la fête de fin d’année, – des femmes qui peuvent défier les bourrelets, glousser à l’idée de la cellulite et enfin qui peuvent danser le sirtaki en bikini de mailles sans se sentir ridicule. C’est, bien évidemment, l’équivalent du Personnage-Joueur typique du mec débutant – le barbare avec une force de 18/00 et une très, très grosse épée.

Certaines (et certains) d’entre nous passent ce stade. D’autres, pas.


Tous les rôlistes mâles s’imaginent quelque chose de similaire à ceci quand on leur annonce qu’une rôliste rejoint leur groupe. C’est triste, mais c’est vrai.

Donc, il est clair que les femmes s’impliquent dans le jeu de rôles. La question n’est pas tant “Y a-t-il des femmes rôlistes ?” et ne devrait pas être “Pourquoi ?”. Certaines personnes trouvent ça bien. Très peu pensent que c’est la fin du monde (ou la fin du monde du JdR). À la place, la question devient : “Pourquoi n’y a-t-il pas plus de femmes rôlistes ? Si possible, légèrement vêtues et avec un désir insatiable de geeks…” ou peut-être : “Pourquoi ne restent-elles pas ?” Ces deux questions sont plus liées que l’on ne l’imagine.

La plupart des hommes sont trop polis pour reluquer ouvertement les décolletés, mais une femme qui vient à une table de jeu de rôles pour la première fois ne le sait pas. Tout ce qu’elle sait lui a été dit par quiconque l’a invitée, en plus de ce qu’elle a pu entendre sur les JdR et les gens qui y jouent (“Et après la pub, nous vous présenterons d’autres gens bizarres… Ne zappez pas !”)

Et nous voilà avec ce qui peut être une merveilleuse expérience – ou un moment de panique totale. Et, comme avec nombre d’autres premières rencontres avec des inconnus, l’expérience peut aboutir à un lien chaleureux et satisfaisant pour tout le monde, ou échouer totalement ; l’une ou l’autre des parties (voire les deux) jurant de ne jamais recommencer.

 Une femme qui débarque pour la première fois dans une partie de porte-monstre-trésor, c’est un peu comme arriver dans une séance de vision de match de Coupe du Monde. Même si l’environnement est familier – le garage ou le salon d’une connaissance – ; les hommes sont violents, euphoriques, font beaucoup de bruit, et on parle beaucoup de tuer l’équipe adverse. Tout comme pour le sport, si la représentante de la gent féminine ne suit pas, elle ne comprendra plus rien à un moment et s’effrayera peut-être un peu lorsqu’elle se rendra compte que le JdR est l’équivalent d’un sport, mais joué sur le terrain de l’esprit, avec des supports en papier. Non seulement elle ne connaît pas la majorité des gens qui l’entourent, mais elle se met aussi à se demander si la personne qui l’a invitée est saine d’esprit.

Même si les choses ne se passent pas ainsi, il y a beaucoup d’autres éléments qui peuvent dégoûter une femme de jouer, parfois avant même d’essayer. La plupart des jeux sont centrés sur le combat et la seule manière d’aller de donjon en ville en forêt en temple en archipels…, c’est en se frayant un chemin à travers une foule d’ennemis, ce que font allègrement les joueurs.

Bien que beaucoup de femmes rôlistes apprécient un bon jeu de massacre (hack and slash) sur ordinateur, on s’en lasse à la fin. Sa guerrière voudrait s’asseoir un peu et se pencher sur son épée longue Neutre d’Intelligence 16 pour admirer les nouvelles décorations sur la garde. Sa ranger, elle, voudra un bain chaud suivi d’une discussion sur les problèmes environnementaux avec la druidesse du coin. Sa magicienne ne serait pas contre un petit thé et une petite discussion entre filles sur les sentiments et les relations, et la façon dont ils ont influé sur sa façon de lancer des sorts, dernièrement ; peut-être l’aura-t-elle avec la prêtresse, qui depuis le temps aimerait donner des conseils sur autre chose que la meilleure façon de nettoyer les blessures. Toutes veulent savoir où faire les boutiques à la recherche quelque chose qui gratte moins que le cuir et les bikinis de mailles. Et comme dans les véritables relations amoureuses, tous les hommes ne sont pas prêts pour ça.

Certains hommes pourraient même se sentir trahis, qu’ils soient joueurs ou maîtres de jeu. “Elle était différente ! Elle avait l’air d’aimer tuer les orcs ! Et maintenant, ce n’est plus assez bien pour elle ? On n’est plus assez bien pour elle ? D’accord !”

Ne pas présenter à une femme une campagne qui titille les instincts sociaux et la compétitivité autant que la soif de sang, relève du manque de préparation. Et cela peut faire qu’une femme pourra décider de lâcher l’affaire avant même qu’on ait eu le temps de dire “Où est l’intrigue ?”. Ce qui est dommage, c’est qu’il existe une quantité de campagnes dans lesquelles les négociations diplomatiques et, osons le dire, la manipulation, se mêlent à merveille avec le bon vieux “Cap’taine, dézinguez-moi ces pirates spatiaux, vite !” sans que ce pendant-là perde son efficacité.

Voici comment une femme rôliste préfère sans doute imaginer son personnage.

Même si ce n’est pas un problème et que vos machinations politiques n’ont rien à envier à la Rome antique, d’autres problèmes peuvent survenir. Vous pouvez avoir des joueurs instables – par exemple des hommes qui ne se sentent pas à l’aise à l’idée de jouer avec des femmes, sauf si celles-ci suivent leurs ordres. Cela peut gêner non seulement les joueurs et le Maître de Jeu, mais aussi toute la dynamique sociale du jeu.

Lorsqu’un joueur cherche à dominer le groupe, il est rare que cela se finisse bien. Cela peut littéralement tuer une partie, malgré les efforts du MJ et des autres joueurs pour contrarier ses plans.

Je ne dis pas que l’homme a toujours tort ; d’horribles scissions peuvent apparaître lorsqu’une femme se met à jouer avec un groupe comprenant déjà des dames. La jalousie et la compétition entre les rôlistes femmes prennent nombre de formes, et les symptômes peuvent en être si subtils que les hommes ne remarqueront parfois rien, ou se demanderont uniquement s’il y a une raison à cette hostilité apparemment arbitraire ; jusqu’à ce qu’une crise advienne, qu’une femme quitte la table de jeu (ou les deux.)

Si d’autres joueurs se trouvent pris dans la tourmente, c’est une situation encore plus désagréable, et ça prend rarement la tournure de “Cette souillon porte la même tenue que moi, je dois vite rentrer à la maison pour me changer !”

Ne pensez pas qu’avoir une femme dans votre groupe vous mènera droit à l’apocalypse ; cela ne transformera pas non plus vos parties en séance de cueillette de fleurs. Pensez au geek obèse à en mourir, dont la dernière douche remonte à la fois où il s’est mis à pleuvoir quand il faisait la queue pour voir Star Wars. Ces situations et ces gens-là existent, mais ce n’est pas une généralité.

Non seulement les femmes rôlistes existent, mais en plus elles ont un effet autonome sur le secteur des JdR : alors que des tonnes de jeux sont orientés vers l’obtention d’une plus grosse épée, le marché s’est étendu vers des gammes dépassant le côté stratégie et équipement militaire. Si vous voulez pouvoir négocier avec des orcs ou des extraterrestres, les jeux vous en donnent de plus en plus la possibilité. Il y a des situations de jeu dans lesquelles même Aliénor d’Aquitaine ou Lucrèce Borgia saliveraient, tant l’intrigue de cour y est prenante.

Maintenant qu’on a débroussaillé le sujet… nous les femmes pouvons aussi, parfois, rêver d’une épée vraiment grosse. Mais vous pouvez gardez les vôtres, les mecs. Nous pouvons être des reines et des femmes fatales. Nous pourrons avoir notre part du gâteau, et la manger, aussi… On règnera dans l’ombre des royaumes, ou bien nous mènerons nos armées contre les vôtres. Ce sera une saga épique d’amour et de mort, et de traîtrise aussi. Oh, et on aura peut-être bien de plus grosses caracs que vous. Allez, un petit coup critique !

article original : Do Women Gamers Exist? p.16-17


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