Dans le Nord-Ouest

Il était une fois

Il se trouve que je suis la première contributrice de cette rubrique, j'en profite donc pour passer un rapide message à la minorité obscurantiste : Oui les femmes font du jeu de rôles, oui nous le faisons vraiment parce que nous nous y amusons et oui, certaines d'entre nous (mais pas moi) aiment éclater des monstres.

Bien, revenons à nos moutons. Comment en suis-je arrivée à faire du JdR ? Avant d'aller plus loin, je dois dire que j'ai grandi dans une petite ville du nord-ouest de l'Angleterre qui avait au moins trente de retard sur son époque, un système de transports en commun foutrement pitoyable et personne d'intéressant avec qui traîner à moins d'aimer Duran Duran et de se bourrer la gueule chaque samedi. Je n'aimais pas Duran Duran [groupe de pop-rock (The Reflex, A View to a kill, Notorious...) originaire de Birmingham, NdT]. Les gens intéressants n'aimaient pas Duran Duran.

J'étais vaguement consciente de l'existence de Donjons et Dragons mais mon premier véritable aperçu sur ne serait-ce que l'existence de ce loisir fut la page pour enfant du Daily Express (Un tabloïd britannique de droite) au début des années 80, où il y avait une critique du Sorcier de la montagne en feu, le premier des Livres dont Vous Êtes le Héros de fantasy publiés chez Puffin [NdT1 : et en 1983 Chez Gallimard (Folio Junior)]. Comme j'étais déjà une fan de romans de fantasy, j'ai eu envie d’essayer.

Les Livres dont Vous Êtes le Héros étaient amusants dans le genre "je m’enferme dans ma chambre avec un dé et un stylo", mais ça manquait quand même de chaleur humaine. Des tentatives pour aborder le sujet au travail ne servirent qu’à me faire suspecter de graves troubles psychologiques. Après une douzaine de ces livres, je commençai à me lasser de voler en solo et décidai de lancer mes filets plus au large. Un intérêt pour les jeux de plateau m'amena à une merveilleuse petite boutique -malheureusement désormais fermée- à Liverpool où je trouvais Dragonriders, la version en jeu de plateau des Chevaliers-dragon de Pern de Anne Mc Caffrey, un jeu qui pouvait être joué seul ou à plusieurs.

Sorcerer's Cave était édité par Gibson Games. Cela impliquait de relier au hasard des cartes correspondant aux pièces de la grotte et de tuer les monstres dedans. Ça prend beaucoup de place et se joue mieux si vous n'avez pas de meubles.. J’ai quitté la chambre à coucher pour un endroit ou il y avait de la place pour une table et j'ai essayé aussi bien Les Chevaliers-dragons que Sorcerer's Cave (La Grotte du Sorcier), mais je n'avais toujours personne avec qui jouer. Bien des mois et une boîte de Tunnels et Trolls plus tard, j'ai commencé à chercher une association dans le coin. Il y en avait une qui existait à 15 km de chez moi mais ils se réunissaient le dimanche - donc pas de transport en commun. Je vous promets que tout ça n'est pas sans lien avec le sujet - à cause du manque de vie sociale et ayant le boulot le plus assommant sur Terre, j'ai commencé à étudier la sociologie dans les cours du soir, et pensé à m’inscrire à l'université. En septembre 1988 j'ai passé mes examens, fait mes valises et pris la direction d'un des quartiers les moins attractifs du sud de Londres. Emploi du temps de la rentrée universitaire - Premier jour : arriver, s'installer, se faire des amis dont vous essayerez désespérément de vous débarrasser ensuite.

Deuxième jour : s'inscrire, récupérer l'emploi du temps, se rendre au pot d’accueil des nouveaux inscrits. S'inscrire à l'association des étudiantes, boire gratuitement, récupérer le sac avec le pot de nouilles gratuites et chercher l'association de jeu de rôle.

Taureau Tempête : une divinité du monde de Runequest.

Je supposais qu'il devait y en avoir une, étant donné qu'il semblait y avoir une association pour tout et n’importe quoi. En fait, ils avaient un super emplacement juste à droite de la porte, tant et si bien qu’il était impossible d’éviter ces ahuris. C'était maintenant ou jamais. Je me souviens de m'être sentie quelque peu nerveuse en tant que joueuse débutante mais des fois il faut savoir prendre le Taureau (Tempête) par les cornes.

Et je les vis - de VRAIS rôlistes ! Je ne savais pas à l'époque que vous étiez tous des fans d'informatique et de maths, alors il n'y avait rien pour me rebuter. Je flânais en examinant des exemplaires fatigués de AD&D et Runequest en prenant ce que j'espérais être un air de connaisseur tandis qu'ils m’examinaient.

Un ami m’a raconté depuis que tout ce dont il se souvient c'est d'une touffe de cheveux roux au sommet d'un duffle-coat pourpre, alors j'imagine que j'ai du faire une drôle d'impression. Je me souviens particulièrement d'un type légèrement négligé qui dit d'un ton plutôt impatient qu'ils acceptaient les gens qui n'avaient jamais joué, puis exigea un droit d'entrée de 10 balles.

Avance rapide jusqu'à la soirée du mardi suivant. L'association de JdR se réunissait dans l'ancienne salle du conseil de l'université- de vieilles boiseries légèrement patinées par le temps, l'endroit idéal pour une soirée enquête. L'une des premières choses dont je me souviens est une joueuse de Star Wars hurlant "Wookie, Wookie, Wookie", ce qui m'avait frappé comme étant plutôt étrange. J'avais encore à apprendre que ce genre de comportement est, en fait, plutôt habituel.

La création de personnage a été un problème dès le premier jour. Je joue rarement des personnages masculins et me sens mal à l'aise quand je le fais, il était donc difficile de me balancer un pré-tiré. De même en ce qui concerne le bon groupe avec qui s'acoquiner, j'ai passé de nombreuses semaines abasourdie et désorientée par le genre de joueurs pour qui le jeu de rôle était un prétexte pour des statistiques compliquées et fus applaudie lorsque j’obtins "un jet suffisamment élevé pour tuer ce loup CINQ fois !". Pas vraiment ma définition d'un bon moment.

Après quelques faux départs avec Cthulhu et Runequest (quelque chose qui impliquait un canard) et après avoir échappée à un MJ qui prenait un plaisir sadique à tuer les personnages joués par des filles, j'ai finalement joué et acheté mon premier véritable JdR, la seconde édition de AD&D, récemment sortie.

C'est à ce moment que j'ai réellement commencé à connaître les gens avec qui je joue aujourd’hui encore. Je me souviens de la panique générale et de la confusion lors du tirage des personnages. Je déteste toujours les statistiques et les règles, et c'est pourquoi j'en suis venue à aimer Vampire (que des points, pas de nombres). Dans les quelques années qui suivirent j'ai essayé Rolemaster, Cthulhu, (toujours un de mes favoris), Runequest (encore une fois) et quasiment tout ce qui passait. Après quelques années passées à jouer, je pris mon courage à deux mains et écrivit des trucs.

J'étais assez fan de Vampire à ce moment, au point de vouloir en être un (N'écrivez pas pour m'offrir votre aide, surtout si vous voulez me sauver, j'ai été bien soignée), quelques scénarios pour Vampire ont donc suivi. J'ai aussi essayé d'initier quelques amies, pour me rendre compte que c'était voué à l'échec. Mes ex-colocataires pensaient que la réaction adéquate face à des méchants monstres était de s'enfuir en courant (Nous savons tous que ce n'est pas le cas, n'est-ce pas les enfants ?) et ma meilleure amie dit qu'elle préférait être elle-même bien qu'elle se soit beaucoup amusée avec un chameau à Runequest.

J'ai aussi commencé une dynastie de personnages, tous parents, qui m'ont suivi durant nombres d'aventures et de jeux. Le dernier des Mauss est apparu à la GenCon UK l'année dernière mais ça n'est pas encore terminé.

Il y a environ deux ans, j'ai découvert combien les conventions sont amusantes, et avec cela le GN qui est beaucoup plus drôle que de simplement s'asseoir sur le canapé chez quelqu'un et me permet de combiner mon intérêt pour le JdR avec quelque chose qui me plaît aussi beaucoup – me montrer.

Et ainsi jusqu'à aujourd'hui. Après douze ans de jeu, j'ai des preuves pour démonter les stéréotypes négatifs du rôliste sociopathe. Les gens que j'ai rencontrés dans la première association de JdR où je me suis inscrite sont toujours mes meilleurs amis et j'ai aussi rencontré des tonnes de gens intéressants, drôles, énervants, et même des gens qui aiment Duran Duran.

Malheureusement le duffle-coat pourpre fut enterré avec les honneurs en 1993.

Et le type qui exigeait de l'argent d'un air menaçant ? Je l'ai épousé.


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