Nouveau au défi 3FF : Astanda

Astanda, peux-tu te présenter en quelques lignes ?

Lyonnais de 38 ans, j’ai connu assez tardivement les jeux de société (je crois que je m’y suis réellement mis vers mes 20 ans, quand j’ai découvert qu’il existait des jeux plus modernes que le Monopoly et le Cluedo).

Il y a quatre ans, je suis tombé amoureux des jeux nouvelle génération (Time Stories, Unlock, puis 7th Continent) mixant jeu de société et jeu de rôle ; ce fut le déclic ! En plus de tester tous les scénarios qui me tombaient sous la main, j’ai commencé à faire les miens, pour faire plaisir à mon fils.

PTGPTB a été une mine d’idées et de techniques pour améliorer mes séances et leur donner consistance et cohérence. C’est d’ailleurs, au fil d’une lecture de PTGPTB que j’ai vu que le Défi 3FF allait démarrer et je me suis lancé…

Première étape : un jeu de rôle de 6500 signes

Quelles étaient tes motivations pour le thème du jeu de l’étape 1 ?

Juste après le lancement, ce fut l’angoisse de la page blanche. J’avais 1000 idées qui me venaient à la minute, mais je ne voyais absolument pas comment les transformer en jeu digne de ce nom.

Je me suis accordé trois jours pour réfléchir à la question et regarder les jeux qui avaient été développés lors des précédentes éditions du Défi. Un soir que mon fils jouait à Temple Run sur mon téléphone, j’ai trouvé mon concept : une course contre la montre pour échapper au sanguinaire gardien d’un temple oublié !

J’ai ensuite consacré le reste de la première semaine à balancer mes idées en vrac sur une feuille blanche. J’aime bien bosser comme ça : je note tout ce qui me passe par la tête, puis j’y reviens quelque temps après, un fluo en main, pour mettre en avant ce qui me paraît le plus sympa/adéquat.

Je voulais un jeu rapide pouvant se jouer n’importe où avec peu de moyens : j’ai donc choisi un jeu de 32 cartes, à la fois comme terrain de jeu et comme médium pour résoudre les rencontres avec le gardien ou ses suppôts. J’aimais bien l’idée de matérialiser mes déplacements par des cartes posées et dont un échec condamnerait l’accès.

Il me restait une semaine pour accoucher d’un set de règles simple et cohérent. Comme je voulais privilégier l’aspect jeu-apéro, je n’ai pas trop approfondi l’univers. J’avoue ne pas m’être trop inquiété non plus de la mise en page : mes successeurs auraient tout le loisir de s’y pencher.

Le dernier jour de la première étape [le 21 octobre], avec un petit frisson de plaisir (et aussi d’anxiété), j’ai envoyé le résultat à l’orga : les dés étaient jetés !

Ton opinion sur ce qu’il est devenu ?

J’ai eu le plaisir de voir que la plupart de mes idées avaient été reprises et améliorées.

Altay (DONMEG-2) a repris l’idée de base en ajoutant des pouvoirs spéciaux à chaque personnage et en permettant l’achat de bonus en cours et en fin de partie.

Silarkhar (Le Réveil du Gardien – DONMEG3) a fait un remarquable travail d’illustration et de mise en forme tout en l’enrichissant de descriptions détaillées des univers alternatifs.

Je retrouve un jeu bien plus complexe que je ne l’avais imaginé. On s’éloigne un peu du concept de jeu-apéro mais cela rend aussi le système plus intéressant. Donc, un grand merci à mes deux coauteurs d’avoir aidé notre création à grandir tout en respectant le travail de chacun. Ils ont assuré grave !

Quel accueil a-t-il reçu ?

Le jeu finit 6e, aux portes de la finale.

Les principaux reproches faits par les pairs sont qu’il se rapproche trop d’un jeu de plateau et qu’il manque de rejouabilité et de d’imprévu, le seul objectif étant de fuir.

Ce que je pensais être la force du jeu (un jeu-apéro, facile à mettre en place, et susceptible d’intéresser les joueurs peu familiers avec les JdR) se retourne contre lui. Dommage ! Cela dit, je suis ravi (et j’espère que mes coauteurs le sont aussi) du chemin accompli et je compte bien réutiliser ce jeu pour initier des ados au JdR.

Deuxième étape : un jeu de rôle de 13500 signes

Comment as-tu perçu le jeu que tu as reçu pour l’étape 2 ?

J’ai eu de la chance de recevoir un jeu qui était déjà complet dès la première forge, The Lois Lane Club. Rappar a fait un excellent travail pour poser, en peu de mots, un univers facilement accessible ainsi que des règles claires et précises.

Le thème m’a fait immédiatement sourire : pourquoi ce sont si souvent les mecs, les super-héros ? Et pourquoi leurs femmes ne prendraient-elles pas leur revanche ? J’ai adoré l’idée de dérouler les différents âges des comics, et de voir la “Femme de Super-Héros” s’émanciper et devenir super à son tour.

Qu’as-tu changé et pourquoi ?

J’ai apporté relativement peu de changements aux âges d’Or, d’Argent et de Bronze. L’auteur de la première forge avait posé un cadre qui me parlait plutôt bien et, à part quelques descriptions et points de règles, je ne voyais pas grand-chose à rajouter.

En revanche, je voyais davantage l’héroïne de l’Âge Moderne comme une femme qui a réussi à s’émanciper tout en gardant un pied dans le quotidien que comme la Super-badass qui déclenche un raz-de-marée d’un battement de cils. Ce parti-pris n’a, je pense, pas trop plu à Rappar qui rêvait d’une émancipation féminine totale de l’ensemble des carcans que la société impose.

J’ai surtout cherché à renforcer les faiblesses de mes héroïnes, notamment via les relations best friends et ennemies de toujours. Ce que je voulais, c’est jouer une femme qui sait se montrer forte et inflexible quand la situation l’exige mais aussi désemparée lorsque l’amitié ou l’amour ne sont plus au rendez-vous.

Ton opinion sur ce qu’il est devenu ?

Xavprod a conservé la quasi-totalité des idées de Rappar et les miennes car nous étions visiblement dans le même délire. Au final, malgré les divergences d’opinion, chacun a su y ajouter sa griffe sans effacer celle des autres. Et ça, c’est cool !

Il a également mis le paquet sur la description de la ville de Bedlam et de ses quartiers. Le jeu est devenu très agréable à lire et d’une excellente qualité littéraire.

Quel accueil a-t-il reçu ?

Les pairs ont estimé que le jeu avait sa place en finale [il est arrivé 4e des 5 finalistes (NdlR)]. Et franchement, j’en suis fier :-D Pour une première participation, voir un de ses jeux sélectionné pour le round final, c’est un plaisir immense.

Ce qui a principalement été reproché au jeu, c’est le manque de clarté de certaines règles. Pour certains, la caricature du rôle de la femme a même été poussée trop loin, surtout à l’Âge d’Or, où elle est damoiselle en détresse sans guère de possibilités.

J’avoue que ces retours ont, tout d’abord, légèrement écorné mon amour-propre, tant j’imaginais le jeu parfaitement équilibré et clair. Mais un peu de recul m’a permis de voir qu’il subsistait un paquet de zones d’ombres pour qui n’avait pas conçu le jeu. J’ai hâte de retravailler ces points pour le rendre vraiment (presque) parfait :-D

Troisième étape : un jeu de rôle de 27500 signes

Comment as-tu perçu le jeu que tu as reçu pour l’étape 3 ?

Cette troisième forge, Evalys est, je crois, le jeu qui m’a laissé le plus perplexe au départ.

Sous l’impulsion de Fréderic B, le jeu d’Allegas sur le thème de l’Agence tous risques avait migré vers un monde futuriste dans lequel l’ubérisation est devenue la norme économique. Les joueurs devenaient des mercenaires, extraits de leur stase pour accomplir quelques missions aussi périlleuses qu’éthiquement discutables.

J’avoue que cette thématique ne m’a pas vraiment accroché. L’uberisation avait beau être un thème dans le vent, il ne me parlait absolument pas.

Une confidence : j’ai sérieusement songé à abandonner ; et pendant une semaine, je n’ai jeté au jeu que de rapides et désabusés coups d’œil. Puis, je me suis souvenu qu’une des règles du Défi était qu’on pouvait tout changer du jeu, tant qu’on conservait ce que l’on croyait en être l’essence. Et pour moi, cette essence se résumait en 2 termes : Mercenaires et Sommeil artificiel.

J’ai repris mon PC et j’ai bouclé le jeu en deux soirées. Pfiouuu…

Qu’as-tu changé et pourquoi ?

Compte tenu du temps qui me restait, je ne me voyais pas créer un univers de toutes pièces. J’ai donc pris le parti de jouer, volontairement, dans un univers actuel. Qui plus est, ce seraient les joueurs qui peupleraient cet univers de lieux qui leur sont familiers. D’où la phase de description du lieu par les joueurs et non par le MJ.

J’ai simplifié au maximum les règles et les outils, tout en conservant le système de compétences proposé par Allegas. Exit les D4, D8, D10, D12, D20… Place à plusieurs D6.

J’ai également rajouté pas mal d’outils à destination des joueurs et du MJ : résumé du doc, liste du matos nécessaire, feuille de perso, conseils au MJ… J’ai aussi emprunté au Collectif de l’Orbe l’excellente idée d’un scénario sur une page avec 3 options.

Ce qui m’amuse, au final, c’est que, même si j’avais pris la décision de faire table presque rase du travail de mes deux prédécesseurs, je retrouve énormément de points issus de leurs œuvres dans ma troisième forge. Comme quoi, ils m’ont inspiré sans que je le veuille. :-D Un grand merci à eux !

Quel accueil a-t-il reçu ?

Evalys est le second jeu auquel j’ai participé à s’être classé parmi les finalistes [il est arrivé 3e des 5 finalistes (NdlR)]. J’avoue que ça a été une réelle surprise car autant The Lois Lane Club avait, pour moi, toutes les chances d’aller en finale, autant Evalys me semblait trop spécifique pour y prétendre.

Le volet “Univers dystopique mais pas tant que ça” a visiblement divisé la critique : certains ont adoré jouer dans un univers qui leur était familier, d’autres détesté et auraient souhaité un monde plus dépaysant.

Certains ont jugé que les 10 compétences proposées étaient “bateau”, peut-être trop même (effectivement, avec le recul, j’aurais dû chercher l’originalité en choisissant des compétences plus exotiques).

En revanche, tous se sont accordés sur le fait qu’un fond noir était une hérésie. Pour moi, l’interface minimaliste en rouge et blanc sur fond noir était ma façon de représenter un monde dont l’Élite voulait épurer des comportements déviants (oui je sais, il y a une légère influence liée à Equilibrium, là-dedans…) tout en transgressant allègrement les règles. Mais ça n’a visiblement pas plu… Bon tant pis, je ferai mieux la prochaine fois :-D

Tous ces retours font que, pour ce jeu aussi, j’ai de belles perspectives d’amélioration.

Notation des pairs

Parmi les jeux que tu as notés, en recommanderais-tu ?

La notation a été une épreuve plus ardue que je ne l’aurais pensé. D’abord parce qu’elle a coïncidé avec une semaine infernale au taf et que je devais me relever la nuit pour avancer. Ensuite parce que, moi boulet, j’avais mal lu la date de fin des évals et me suis échiné à tout plier pour le 1er décembre au lieu du 5. Enfin, parce que juger de façon impartiale est plus difficile qu’il n’y paraît. À peine la page de garde lue, on a déjà un jugement que l’on va, inconsciemment, essayer de confirmer à tout prix par la suite… Il m’a fallu, à plusieurs reprises, me donner des baffes en me disant : “Bon ok, on a compris que sa mise en page ne te plaît pas, mais franchement, son système de jeu est plutôt bien pensé, non ?”

Les quatre jeux que j’ai notés m’ont tous proposé quelque chose de différent :

  • Les Dieux jumeaux, par Frogseater, offre un très intéressant concept de méta-jeu, à superposer à un univers existant.
  • Xénologie, par Zalfrost, propose une campagne de missions courtes et indépendantes à la Star Trek.
  • Geekrun, par Scotaire, est un défouloir à 200 à l’heure avec la possibilité de sauter d’un univers à l’autre en cours de partie.
  • Encarta, de Diwal, met en avant une belle histoire de cristaux de Lumière et de Ténèbres, dans la lignée du conte La Reine des Neiges d’Andersen.

Si je devais n’en choisir qu’un, ma préférence irait à Encarta.

D’abord parce qu’il me rappelle mon enfance, et ce conte que j’ai lu et relu.

Ensuite parce qu’à la simple lecture des règles, je me suis surpris à imaginer comment transposer le jeu dans notre monde réel. Et pour moi, c’est un signe que le jeu est bien construit et qu’il a de fortes chances de me plaire.

J’aurai mis ce jeu sans hésiter sur le podium. Les pairs en ont décidé autrement puisqu’il n’est arrivé que onzième au classement. C’est le jeu…

Tu es un type qui positive et ne dit que des choses gentilles sur des jeux qui arrivent 11e et 17e

Ces quatre jeux m’ont vraiment fait rire/rêver, et rien que pour ça, je les aurais placés en finale.

Après, je conçois que les autres participants ne soient pas attirés par les mêmes choses.

Si je n’avais pas aimé un jeu, je l’aurais dit simplement, mais pas au point d’en faire une exécution en place publique. On est tous là pour le fun, pas pour se faire descendre.

Bon allez, j’en profite pour pousser un petit coup de gueule : sur les quatre jeux que j’ai notés, deux sont hors concours à cause du nombre de caractères. Vous auriez pu faire un effort pour compter, les gars ! Ce que vous avez créé en valait la peine !

Le Défi

Quel bilan tires-tu du quatrième défi PTGPTB Trois Fois Forgé ?

C’est stressant !

Pendant presque deux mois, on est sous pression : créer un jeu n’est pas une mince affaire, il faut concilier avec sa vie pro et familiale. J’ai passé quelques nuits blanches à bâiller sur mes jeux ou ceux des autres.

D’un autre côté, c’était ma première participation au Défi 3FF. Maintenant que j’en connais un peu mieux les rouages, je serai plus serein pour les éditions à venir.

C’est motivant !

Ce qui m’a le plus motivé, c’est clairement le travail en équipe.

Á chaque étape, j’ai senti les autres derrière moi : que ce soient la lecture du jeu de l’auteur de la forge précédente, les évaluations de et par les pairs, les échanges mail avec les autres auteurs, ou encore les mails de relance de l’orga, je n’ai jamais eu le sentiment d’être seul.

C’est kiffant !

J’ai pris énormément de plaisir à participer à la création de ces trois jeux. Chaque étape est vraiment différente des autres et apporte son lot de surprises.

Je suis aussi super fier de voir que deux de mes trois “forges” sont en finale. J’attends avec impatience le verdict du jury le 25 décembre !

Conclusion : j’ai adoré l’aventure ! Et je la retenterai avec plaisir l’an prochain.

Tu fais peur avec tes nuits blanches de boulot ! ;)

Tu veux un récit véridique… Ou bien un truc gentillet ?

La vérité, c’est que j’en ai chié pour finir les jeux et les évals parce que je suis un papa solo qui élève son fils et bosse en même temps et donc, qui a autre chose à faire que jouer sur son PC avant 22 h le soir ;-) Mais d’un autre côté, je l’ai fait jusqu’au bout parce que ça en valait la peine. Alors no regrets.

Expression libre ?

Juste pour le fun : les cinq commandements dont j’aurais dû davantage m’inspirer…

Les 5 Commandements #1

• Une feuille de papier et un stylo, tu prendras

• Tes élucubrations, en vrac, tu noteras

• Un peu plus tard, tu y reviendras

• Et des tas d’idées, comme par magie, tu auras.

Les 5 Commandements #2

• Le travail des autres forgeurs, avec attention, tu liras :

• De respecter leur travail, tu t’efforceras

• Mais s’il faut tout jeter, tu le feras

• Pour que fier de ce jeu qui te ressemble, à la fin tu sois.

Les 5 Commandements #3

• À tes joueurs tu penseras :

• L’univers de ton jeu, tu décriras

• Une fiche de perso, tu créeras

• Et surtout, des exemples, tu ajouteras.

Les 5 Commandements #4

• La mise en page, tu soigneras :

• Un fond en couleur, tu oublieras

• Point trop d’images, tu n’ajouteras

• Les textes, tu aéreras

• Et de citer tes sources, point tu n’oublieras.

Les 5 Commandements #5

• Les délais, tu respecteras !

• Les mails de l’orga, tu liras

• Et s’il y a quelque chose que tu ne comprends pas

• Sans attendre, tu lui demanderas

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