Chèr.e MJ, je voudrais une petite amie s’il te plaît

Quelque chose de plutôt inhabituel est arrivé pendant les dernières parties de mon jeu de rôles Masked Avengers/Caped Crusaders. Deux joueurs m’ont demandé une petite amie pour leurs personnages. Non pas que cela pose un problème, mais cela m’amuse que cette demande arrive dans un JdR à l’ambiance sombre et impitoyable. Est-ce le système qui l’encourage ? Ou alors l’amusement tiré de l’observation des interactions d’un autre joueur – ou d’une autre joueuse -avec l’amant.e PNJ qu’ielle a fait arriver comme ça ?

Je pense qu’ici le pourquoi importe moins que le comment. C’est à dire, comment bien le gérer ? Est-ce seulement possible ? Y réfléchir m’a amené à penser aux relations [amoureuses (NdT)] entre personnages en général. Je vous prie donc de m’excuser pour mes élucubrations à propos du monde merveilleux des histoires romantiques entre personnages.

 

Les types de relations entre personnages

Je ne suis pas un expert en la matière, mais j’ai identifié au cours de mes parties deux grandes catégories de relations de couple entre personnages. Sans grande surprise, il y a celles entre PJ et PJ et celles entre PJ et PNJ.

Les relations entre PJ sont les plus simples à gérer, surtout pour le MJ. Elles ne requièrent pas de travail particulier en amont : les deux personnages sortent ensemble, ou du moins couchent ensemble, plus ou moins régulièrement.

Les relations PJ/PNJ sont en général des éléments de décor, à moins que la MJ ne les intègre vraiment à la partie : le PJ vit une relation avec un PNJ, avec qui on suppose qu’il passe du temps entre deux aventures.

Ce que l’on va maintenant faire varier dans ces deux catégories de relations, c’est leur degré d’importance. Je n’assigne pas de « niveaux » à celles-ci, mais plus la relation est proéminente, plus elle sera un facteur d’influence dans la campagne. Pour prendre un exemple venant des comics, Peter Parker a généralement des relations très importantes. Les scénaristes les mettent en scène régulièrement, et elles interviennent souvent dans les épreuves qu’il traverse.

Au contraire - encore une fois, avec ma connaissance limitée - Superman et Loïs Lane ont traditionnellement une relation qui n’est pas si marquée. Non pas que Loïs ne soit pas importante dans les comics, mais leur relation a très peu à voir avec l’action et les défis que Superman affronte. Même lorsqu’il doit la sauver, il n’y a pas davantage [d’exclamation dramatique] « Oh non ! Loïs est en danger ! » que lorsqu’il doit sauver n’importe qui d’autre. Je ne dis pas non plus que cette relation n’est pas importante pour Superman. Seulement, elle n’est pas capitale pour  l’histoire.

Côté JdR, c’est généralement le type de jeu qui détermine l’importance des relations. Dans les aventures centrées sur le massacre de monstres (hack’n slash), elle sera faible. Dans les intrigues politiques/de cour, elle sera plutôt élevée. Dans les tragédies, très élevée. Houses of the Blooded (1) grog, par exemple, consacre un chapitre entier aux histoires sentimentales. Dans les histoires de super-héros, cela varie beaucoup. Dans celles de super-héros adolescents, encore une fois cela dépend, mais elle y sera sûrement plus élevée que chez les super-héros classiques (les affres de l’adolescence, il n’y a que ça de vrai).


TR House of the Blooded, 2008

Gérer la relation

Maintenant que nous avons identifié les types de relations, comment les gérer ? Tout d’abord, dans une relation PJ/PJ, demandez aux joueuses si elles veulent que vous vous y impliquiez. Parfois, les joueurs et les joueuses sont juste content.es d’avoir posé cet élément et veulent qu’on les laisse tranquilles. Dans ce cas, vous n’avez rien à faire. Laissez cette relation dans son coin, et titillez les personnages comme vous l’aviez déjà prévu.

Si les joueurs.euses veulent que cela soit exploité, discutez-en avec ielles et envisagez ensemble le genre d’idées ou d’épreuves auxquelles leur relation devra faire face. Techniquement, il n’y a pas besoin [d’organiser une concertation cadrée], mais je préconise en général la communication, plutôt qu’aucune communication. En particulier dans le cas où les joueuses souhaitent que la relation reste peu importance, alors que le Meneur ou la Meneuse insiste sur cette relation et s’en sert comme base de défis, en en faisant un élément clé de l’histoire.

Dans les relations PJ/PNJ, vous possédez un outil bien particulier : vous avez un personnage totalement sous votre contrôle, (généralement) pas super important pour l’histoire, qui a une touche avec le PJ. Ce n’est pas une invitation à se déchaîner sur ce PJ [à travers le PNJ], mais cela vous donne un moyen d’impliquer le PJ, de le mettre au centre de l’action et d’augmenter ses enjeux dramatiques.

Que sait le PNJ petit.e ami.e sur le PJ ? Que savent les ennemis du PJ sur cette relation ? Vous pouvez impliquer rapidement un PJ dans les événements en enlevant sa copine ou sa femme.

À côté de ça, il y a beaucoup à faire avec une relation PJ/PNJ. À part le classique « amoureux.se en détresse », vous pouvez établir…

  • Que le PNJ fait semblant d’être en détresse,
  • qu’il ou elle travaille pour l’ennemi,
  • qu’iel est secrètement un important allié.e des PJ,
  • lui associer des liens pouvant se révéler d’une grande aide tout en causant des complications…

Les possibilités sont nombreuses et la difficulté est de sélectionner celle que vous voulez mettre en place.

La différence principale est que dans une relation PJ/PJ, il y aura moins de scènes « je vais te sauver », du fait que les super-héros impliqués sont tous des PJ. Traiter cette relation comme élément dramatique consiste alors à la mettre à l’épreuve, introduire des problématiques de confiance réciproque, et voir si, sous la pression et le stress, les personnages se soutiennent ou prennent leurs distances.

Dans une relation PJ/PNJ, les éléments dramatiques plus classiques entrent en jeu. Non pas que les problématiques de confiance/loyauté ne puissent pas être amenées, mais elles sont généralement plus discrètes du fait que cela nécessiterait beaucoup d’attention de la MJ pour un seul participant. Donc d’autres éléments arrivent : oups, mon petit-ami se révèle être le Joker, ma petite amie est une super-vilaine, quelqu’un a kidnappé mon mari ; etc.

Mettre en place la relation

Cette partie est plus destinée aux relations PJ/PNJ.

Tout d’abord, vous devez savoir que si la joueuse ne cherche pas cela pour son personnage, cette relation va être difficile à mettre en place. Ceci étant dit, mettre en place une relation peut se faire en général de trois façons :

  1. Le PJ saute juste sur l’occasion, l’attrape, et se l’approprie. Souvent sans prévenir que cela va arriver. C’est ainsi que la première relation sentimentale commencé dans ma campagne de M.A/C.C : une fille est venue cambrioler le lieu de travail d’un PJ, qui lui a proposé de sortir avec lui, ce qu’ils ont fait. Maintenant, ils sont dans une relation classique, mais amusante.
  2. La joueuse et la MJ préparent la relation avant la partie. En d’autres termes, la relation a déjà commencé avant le début de la séance. C’est la méthode la plus simple, et c’est celle qui donne le plus de contrôle créatif sur le PNJ à la personne qui en a eu l’idée. Les liens en tant que tels ne sont pas aussi importants, car l’histoire peut juste être écrite autour de la naissance de la relation, et de son évolution.
  3. La troisième méthode implique le type de situation dans laquelle je pense me trouver dans ma campagne : les joueurs demandent une relation, et elle a besoin d’être pleinement développée, en jeu. Cela demande généralement de créer de toutes pièces un PNJ ou deux(2) , pour un PJ précis, et de voir lequel va le faire craquer. Si le PJ est un geek de la chimie, est-ce que vous créez une geekette de la chimie ? Ou optez-vous pour des qualités plus physiques, en misant sur l’attirance des contraires ?

Dans tous les cas, n’essayez pas de forcer les relations dans les parties. Si la MJ ne veut pas s’en occuper, cela sera au mieux anecdotique. Si le joueur ou la joueuse n’en veut pas, attendez-vous à ce qu’il ou elle l’ignore. Les deux côtés de l’écran doivent y être favorable pour que cela fonctionne.

 

Avertissements

Juste deux remarques succinctes :

  1. Pour celles et ceux qui ne le savent pas : les parties en ligne ont tendance à avoir plus de matière en termes de relations entre personnages, en particulier dans les jeux ayant une grande communauté et ceux favorisant une forte participation. Ce n’est pas une mauvaise chose, il faut juste en être conscient. Plus le jeu en ligne a une communauté importante, plus cela va être développé.
  2. Je déconseille généralement aux couples de la vraie vie de mettre leurs personnages en couple. Cela peut être intéressant de temps en temps, mais vous ne voulez pas étouffer complètement l’autre en étant toujours à ses côtés. Croyez-moi, j’ai vu des douzaines (vraiment, je n’exagère pas) de relations se briser parce que le couple jouait toujours au JdR ensemble, et que leurs personnages étaient toujours en couple, jusqu’au moment où une dispute entre personnages devient un conflit entre personnes qui finit par mettre un terme à leur relation. Donc, si vous sortez avec un.e autre rôliste, allez-y doucement sur l’aspect « toujours ensemble », en particulier dans les jeux de rôles. En ce qui concerne les parties en ligne [avec donc davantage de participants, donc de PJ, donc d’occasions (NdT)], mettez-vous simplement bien d’accord sur la définition de « tromper » l’autre personnage du couple.

Comme pour tout, les relations entre personnages peuvent être très amusantes à utiliser en jeu. Donc utilisez-les !

Bon jeu !

Article original : Mr. GM, I'd like a girlfriend please

Sélection de commentaires

rologutwein

Super article. Ma propre expérience correspond plutôt bien à tout ce que tu décris. Dans mes campagnes au long cours de Star Wars, presque chaque PJ du groupe a développé une relation « sérieuse » d’un type ou l’autre. Assez étrangement, c’était souvent moi en tant que MJ qui ourdissait ces relations – sans jamais les forcer. En gros, je gérais ça comme de la pêche. Un de mes PNJ lance sa ligne, et si la joueuse est intéressée, elle peut mordre à l’hameçon. Dans le cas contraire, pas de problème. Mais en y repensant, la plupart décident généralement de mordre à l’appât.

Et wow, ça a beaucoup ajouté à la profondeur des parties. De nombreux personnages ont même une famille maintenant, et leur conjoints interviennent de temps à autres dans les aventures, ce qui donne de bons moments de jeu.

En tant que joueur (ce qui ne m’arrive que rarement), un seul de mes personnages a été réellement impliqué dans une relation. Et c’était en fait une relation « demandée » par le personnage. Mon gars a tout simplement montré de l’intérêt pour un des PNJ, et la MJ a composé avec ceci. Assez étrangement, je n’ai pas souvenir d’une partie où quelqu’un m’aurait demandé en méta-jeu une relation pour son perso.

Jason Richards

Bon article. J’ai rencontré plusieurs fois cette problématique, et ai presque toujours utilisé le personnage auquel le PJ était attaché comme moteur d’une intrigue d’une façon ou d’une autre.

J’ai cependant une règle inflexible : si tu n’es pas capable de vivre une relation amoureuse en vrai, tu n’en auras pas dans mes campagnes. Sans tomber dans le cliché, les joueurs du type « j’peux pas parler aux filles » utilisent toujours une relation de leur personnage pour mettre leur perso dans la lumière des projecteurs.

Aussi : le sexe reste hors-champ. Non seulement je ne veux pas participer en tant que MJ à ce genre de scènes, mais cela exclut également les autres joueurs et joueuses – et leurs personnages – de la partie. Que ce soit lors d’une romance sérieuse ou pour un coup d’un soir dans le bordel du coin, dès que les mots « je l’emmène dans ma chambre » sont prononcés, tu t’es retiré de la partie jusqu’à ce que, en tant que MJ, je décide que ton personnage [a fini et] peut revenir.

(1) NdT : Jeu de rôle mettant en scène des nobles d’une ancienne civilisation, orienté sur les intrigues de cour et lorgnant du côté du style cape-et-épée. [Retour]

(2) NdT : Dans Étreintes, MJ Young donne au Héros PJ le choix entre trois princesses ! [Retour]

Note: 
Moyenne : 5.5 (2 votes)
Nom du site d'Origine: 
Traducteur: 
Share

Ajouter un commentaire

Mention légale importante

Nous vous encourageons à faire un lien vers cette page plutôt que de la copier ailleurs, car toute reproduction de texte qui dépasse la longueur raisonnable d’une citation (c’est-à-dire, en règle générale, un ou deux paragraphes) est strictement interdite. Si vous reproduisez une grande partie ou la totalité du texte de cette page sans l’autorisation écrite de PTGPTB (version française), et que vous diffusez ladite copie publiquement (sites Web, blogs, forums, imprimés, etc.), vous reconnaissez que vous commettez délibérément une violation des lois sur le droit d’auteur, c’est-à-dire un acte illégal passible de poursuites judiciaires.