L’éducation de la nouvelle génération

Bonjour, bonjour.

Naît-on geek ou le devient-on? « Nature ou culture » ? Comme je ne suis ni psychologue ni anthropologue ni Desmond Morris [Zoologue qui avait une émission dans laquelle il étudiait le comportement des animaux et le comparait à celui des humains (NdT)], mais qu’il est bien évident que je suis un geek, j’ai décidé depuis longtemps que la réponse n’a pas d’importance. Ce qui compte c’est de faire venir le plus de geeks au monde : plus on est de fous et de folles, plus on s’amuse !

Mon frère et mes sœurs et plusieurs de leurs acolytes peuvent témoigner en connaissance de cause que ça fait plus de 15 ans que j’encourage la cause geek dans ma région. Le premier jeu de rôle que j’ai acheté, à l’âge tendre de 14 ans, fut le Jeu de rôle de la Terre du Milieu (grog) par [l’éditeur espagnol] JOC Internacional. À cette époque j’avais des difficultés pour sortir dans la rue et parler aux gens de mon âge, à cause d’une timidité maladive qui a progressivement disparu avec le temps. Ainsi, armé d’un pavé de plusieurs centaines de pages et n’ayant personne avec qui jouer, j’ai porté mon attention sur mon frère (9 ans) et mes sœurs jumelles (6 ans).

À vrai dire, je ne me rappelle pas si nous avons fini par jouer beaucoup de parties. Je me souviens bien qu’au cours d’une d’entre elles mon frère contrôlait un Hobbit et a planté un couteau dans l’oreille d’un malheureux qui était endormi... pas très éducatif, je le crains. Les tableaux de jets critiques de la Terre du Milieu pouvaient parfois être trop descriptifs ;).

Le temps est passé et on a commencé à jouer à plus de jeux avec plus de monde. Ensuite j’ai arrêté, mais mon frère a organisé son propre groupe. Puis on a recommencé à jouer plus régulièrement et actuellement on est encore un peu en pause (la paternité nous prive d’« un peu » de temps libre), mais bon, c’est une autre histoire.

Ce qu’il faut retenir c’est qu’une seule personne a commencé à jouer avec son frère et ses sœurs et après avec d’autres gens et que ces autres gens ont commencé à jouer avec plus de monde et que notre passe-temps s’est étendu progressivement. Je peux affirmer avec fierté que je connais plus de 20 personnes qui ont joué leur première partie de jeu de rôle avec moi et certains d’entre eux ont continué à jouer de leur côté et à leurs risques et périls ;). Quand je lis dans les forums qu’on joue de moins en moins aux jeux de rôle et que c’est un passe-temps en voie d’extinction, ma réponse est toujours la même : prenez des dés, des feuilles, des crayons et le jeu de rôle que vous connaissez le mieux et organisez une partie pour vos voisins.es, vos parents, vos collègues ou vos camarades de classe. Vous serez surpris par tous les gens qui seront fascinés par le concept de jeu de rôle.


Dans le pire des cas, ils auront découvert un passe-temps inhabituel pour eux.

Avec toute cette expérience accumulée, samedi dernier j’ai commencé à former la nouvelle génération. Mon neveu a 4 ans et demi et est assez agité. Il a du mal à garder son attention longtemps sur quelque chose. Les circonstances ont fait que je me suis retrouvé à jouer aux petites voitures et aux Playmobils mais je m’ennuyais, alors je lui ai dit que je voulais jouer une aventure. Évidemment, la perspective d’un nouveau jeu l’a enchanté.

Je n’avais pas de dés, pas de règles de jeu et je crois que je n’avais pas non plus le bon public pour un jeu de rôle « classique », alors j’ai puisé dans mon imagination. J’ai sorti d’un sac-à-dos le livre-jeu Le Sorcier de la montagne de Feu (wiki), récemment réédité. J’ai demandé à ma belle-mère un paquet de cartes à jouer, un crayon et un bloc-notes et on a commencé l’aventure.

La création du personnage a été simple. Sur une feuille en papier, j’ai dessiné un bonhomme avec à ses côtés une épée, une hache et une massue. J’ai demandé à mon neveu quelle arme il voulait prendre avec lui et il a choisi l‘épée, alors j’ai dessiné l’épée dans la main du bonhomme. Après, je lui ai fait choisir entre une cotte de maille et un bouclier. Avec enthousiasme, il a choisi le bouclier que j’ai aussi dessiné sur le bonhomme (je crois que c’est parce qu’il n’a pas vraiment compris ce qu’était une cotte de mailles). Puis j’ai dessiné deux casques avec des formes différentes et il a choisi celui qui lui plaisait. À la fin, je lui ai dit qu’il devait donner un nom à son aventurier et... voilà. Son premier personnage, « Kachi », était né !

Le petit secret que je n’ai pas révélé à mon neveu, c’est que le fait qu’il choisisse l’épée ou la hache n’avait pas d’importance. Et qu’un casque était aussi efficace que l’autre, mais quelle importance ? Ce qui compte c’est qu’on avait le dessin d’un guerrier qu’il avait créé tel qu’il l’avait souhaité, en lui laissant le choix entre plusieurs options. Quand on a 4 ans, le fait qu’on nous laisse choisir quoi que ce soit, c’est important, ça sert à développer la personnalité. Et d’un autre côté, ça aide aussi d’avoir un support visuel, un dessin de votre personnage par exemple. C’est un peu dur de lui demander de tout imaginer.

Je suppose que vous savez tous ce qu’est un livre-jeu, mais peut-être que je suis trop confiant et qu’à ce stade de la vie vous avez déjà oublié. Pourtant pendant les années 80 et au début des années 90 c’était [un passe-temps] très populaire en Espagne et il y avait plusieurs collections comme Choisis ta propre aventure (wiki), les livres-jeu de D&D (wiki), Défis fantastiques (grog), etc. Puis la mode est passée et ils ont été oubliés. On a réédité récemment les livres de Défis fantastiques, avec un résultat mitigé, je le crains. J’ai utilisé un de ces livres réédités pour commencer l’aventure avec mon neveu.

Le livre s’appelle Le Sorcier de la montagne de Feu (Warlock of Firetop Mountain en VO). La couverture montre un magicien et un sorcier et j’ai raconté à mon neveu que sa mission était d’obtenir le trésor de ce méchant sorcier qu’on voyait sur la couverture. Il m’a tout d’abord demandé s’il allait devoir se battre contre le dragon et moi je lui ai dit que oui, sûrement, ce qui lui a beaucoup plu.

On a commencé à la page 1. Je lisais les paragraphes au fur et à mesure et lui faisais un résumé. Quand venait le moment de prendre une décision (prendre le couloir Ouest ou celui à l’Est, activer un levier ou un autre, traverser la rivière souterraine en barque ou par le pont), je lui disais quels étaient les choix qu’il avait et laissais l’enfant prendre la décision qu’il préférait. Si le paragraphe avait une illustration que je ne considérais pas trop choquante, je la lui montrais.

Le système de jeu et de combat était simple. On prenait chacun une carte à jouer et celui qui avait le plus grand chiffre l’emportait. Qu’il saute par dessus un précipice, ou qu’il se batte contre un kobold ou un énorme dragon, c’était égal : s’il tirait une plus grosse carte, il gagnait, un point c’est tout. Je suppose que si on était arrivé au combat contre le dragon je lui aurais demandé de gagner plusieurs fois, mais la mécanique était simple. En plus, comme mon neveu a un peu de mal avec les chiffres, devoir les comparer l’aidait à faire des efforts. Il ne faut pas non plus abuser, bien sûr. Les enfants se rendent compte rapidement lorsqu’on est en train d’essayer de leur apprendre quelque chose et la plupart du temps ils réagissent négativement ;)

Lorsqu’il a perdu dans un combat, j’ai juste dessiné une entaille sur le bouclier que portait son personnage et s’il avait continué de perdre, j’aurais probablement dessiné une bosse sur le casque ou quelque chose du genre. Mourir ? Bien sûr que non ! On jouait avec un enfant de 4 ans, le but du jeu n’était pas de le faire perdre mais qu’il s’amuse. J’aurais continué à dessiner des bosses et des bosselures jusqu’à ce qu’il arrive à obtenir une plus grande carte et gagne le combat. Et s’il était tombé dans un piège, au lieu de rester empalé sur des pieux dans un puits, il aurait été enfermé dans une cage à la merci du méchant mage. Et si dans le livre il y a quatre zombies et que vous ne voulez pas que l’enfant pisse au lit en pensant à des morts vivants, substituez plutôt les monstres par quatre armures vivantes, ce qui est moins choquant.

C’est-à-dire, l’aventure avait un peu besoin d’être adaptée, mais ce n’est pas difficile à faire et le gamin s’est vraiment amusé. On a passé une demi-heure à jouer avant de devoir partir nous promener avec le reste de la famille et quand on s’est dit au revoir il m’a dit qu’on devait continuer l’aventure plus tard. Il appelé ça : « La Caverne avec des Monstres », ce qui m’a même l’air être un bon nom pour un jeu de rôle avec des enfants ;).

Leçons à tirer de mon expérience :

  • On doit montrer aux enfants des aides visuelles de ce que vivent leurs personnages, ça les aide à rentrer dans l’aventure.

  • Le système de jeu doit être pratiquement inexistant. C’est bien avec un dé, des cartes ou même des pièces de monnaie, mais ça doit être quelque chose de simple dont il puisse se rappeler facilement.

  • Il faut adapter l’aventure pour qu’elle soit « tous publics ». Pas de morts vivants, d’horribles pièges ou de ce genre de choses.

  • Le joueur doit gagner à la fin. Il faut mettre des épreuves sur son chemin mais pas d’obstacle infranchissable. Pas de morts ; préférez plutôt les captures ou ce genre de choses.

  • Pas de sessions marathoniennes. Une demi-heure ou une heure maximum à jouer dans un donjon typique est plus que suffisant pour qu’il s’amuse et qu’il en redemande un autre jour. Plus longtemps, c’est trop pour garder l’attention d’enfants aussi jeunes.

L’essence du jeu de rôle est quelque chose de très simple. Nous l’avons fait toute notre vie : cowboys et indiens, policiers et voleurs, etc. Un enfant de 4 ans est capable de comprendre une partie et les concepts de base du jeu de rôle sans aucun problème, tant que la partie est adaptée à ses limites. Comme le disait [l’humoriste] Groucho Marx, « Même un enfant de 4 ans comprendrait ça ; apportez-moi un enfant de 4 ans ! » Et si l’enfant est capable de le comprendre et de s’amuser, pourquoi est-ce qu’un groupe d’adultes (ou de presque-adultes) ne le pourrait-il pas ? Il n’y a plus d’excuses ! Allez, on répand nos dés !

À bientôt. Carlos

Article original : Educando a la nueva generación

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