Quand les rôlistes tournent mal : gérer un joueur à problèmes

Ma vie serait triste et vide sans les amis que je me suis faits à notre club de jeu de rôle. Ces gars et ces filles ont accompagné mon mari et moi à travers les tribulations depuis un an et demi ; en retour, nous avons été là pour eux. Même les membres du club extérieurs au groupe de jeu habituel sont bien plus que de simples connaissances. C’est une grande et heureuse famille et je suis fière d’en faire partie.

Comme dans n’importe quelle famille, malgré tout, parfois il y a des mauvaises graines. Je ne parle pas de celui qui est socialement un peu plus maladroit que le reste du groupe, ni de celui qui nous gonfle un peu, ni même de celui qui a vraiment besoin de prendre un bain. Je parle du fauteur de troubles. Qu’il s’agisse juste de gros nazes ou qu’ils aient de vrais problèmes avec la justice, ils n’ont tout simplement pas leur place et ils mettent les autres mal à l’aise. Avoir ce genre de personne à la table [que nous appellerons “le Problème”] prive tout le monde du plaisir de jouer – et ça ne vaut pas le coup de jouer si l’on n’y trouve pas un certain plaisir.

Puisque nous sommes un club et que nous sommes ouverts à quiconque veut venir nous voir, on a été obligés de gérer ce genre de soucis plusieurs fois. Mais cela peut se produire tout aussi facilement dans un groupe de joueurs au domicile de l’un ou l’autre. Faire de la publicité pour trouver des joueurs (1) [hors du cercle des connaissances (NdT)] peut ramener des personnalités plus que douteuses. Ou un joueur peut amener une connaissance pour jouer, sans savoir que cette personne ne sait pas jouer en équipe. Quelles que soient les circonstances, ce n’est pas une situation marrante, mais il faut la résoudre avant que la mauvaise graine ne prenne racine. Et cela signifie, les exclure de la partie.

Comment tuer dans l’œuf

La plupart des gens n’aiment pas la confrontation et ont tendance à la repousser jusqu’à ce que tout le ressentiment refoulé explose dans un sale étalage de cris, de pleurs et de noms d’oiseaux. On peut éviter ce guêpier en affrontant le problème avant d’atteindre le moment où cela déborde. Voici quelques conseils qui pourront vous aider.

Parlez au MJ. Le MJ a le dernier mot quant à autoriser quelqu’un à jouer à sa table. Peut-être ne se rend-il pas compte que le joueur problématique est un problème : assis à l’autre extrémité de la table, il peut ne pas entendre les remarques sexistes ou racistes que dit le Problème, ou ne voit pas qu’il ment sur les résultats de ses lancers de dés. Peut-être qu’il n’a pas entendu parler de la récente peine de prison du Problème, ou du fait que le Problème a abusé de l’hospitalité d’un autre joueur et qu’il refuse de partir. Le MJ doit être informé de tous les tracas à la table de jeu.

Parlez aux autres joueurs. Il faut s’informer des griefs de chacun, en particulier si le Problème cause du tort spécifiquement à un ou deux membres du groupe. Si quelqu’un a eu sa dose de Problème au point qu’il envisage de quitter la partie pour se débarrasser de lui, il faut trouver une solution hic et nunc.

Décidez de ce que vous voulez dire et qui va lui parler. Traditionnellement, le MJ devrait se charger de lui parler, mais s’il se trouve un autre joueur pour faire la sale besogne (ou qui soit meilleur en confrontation), banco. Assurez-vous d’avoir une idée précise de ce que vous allez dérouler. Faire s’asseoir le Problème et lui balancer “T’es un gros relou et personne ne t’apprécie !” risque de ne pas bien passer, si tant est que ce soit pris sérieusement. Mais dire “Écoute, ta mauvaise volonté à ne pas suivre les règles du MJ ruine la partie, tes commentaires pleins de préjugés nous mettent mal à l’aise, et ton caractère fait peur à certains joueurs” expose la situation.

N’affrontez pas le Problème seul. Je ne recommande pas le lynchage en groupe contre qui que ce soit, même un gros naze. Ceci dit, mieux vaut ne pas se trouver tout seul dans la pièce avec le Problème si la discussion venait à tourner au vinaigre, en particulier si le groupe veut se débarrasser de lui à cause de ses tendances violentes. Cela donnera plus de poids à vos arguments du type “Ton comportement met tout le monde mal à l’aise”, si d’autres joueurs sont là en soutien. Assurez-vous juste que votre soutien va vraiment vous soutenir, et non rester assis en ayant peur de dire quoi que ce soit.

Soyez ferme. Parfois, le Problème ne comprend pas qu’on lui demande de partir. Ne vous dégonflez pas, et ne le laissez pas revenir dans le groupe parce que vous voulez éviter encore plus de confrontation. Rappelez-lui que les points dont il est question lui ont été signifiés, que le ressentiment du groupe n’a pas changé et qu’il n’est plus le bienvenu. Ne baissez pas la garde tant que le message n’a pas été compris.

Et les secondes chances ?

Si vous pensez que le Problème mérite une chance de mieux se tenir et de s’améliorer, dites-lui à tout prix qu’il a une chance de se racheter. Parfois, les gens ne se rendent pas compte qu’ils sont cons. Toutes les personnes à qui on a demandé de quitter le club – depuis que je le fréquente – ont été averties auparavant. En dernier lieu, on leur a quand même demandé de partir parce qu’elles n’ont pas changé ; et à chaque fois le soulagement de les voir partir était presque audible.

La table de jeu est un endroit où l’on devrait se sentir en sécurité, rassuré et heureux. Si des gens altèrent ces sentiments pour vous ou vos amis, la vie est trop courte pour la gâcher en continuant de jouer avec eux. Occupez-vous du problème avant qu’il ne soit trop tard et tout le monde ne s’en trouvera que mieux.

Sélection de commentaires

Commentaire de Kirby

Quand j’étais à la fac, on a eu une fois un joueur problématique (un mec bien, mais comme il galérait dans sa vie, il faisait en sorte de sortir toutes les trois phrases une pleurnicherie plaintive, et il ne montrait aucun intérêt pour quelque forme d’aide que ce soit). Et on a arrêté la partie, prétextant tous qu’on était trop occupés pour un petit bout de temps pour recommencer autre chose, et puis on a commencé une nouvelle partie sans lui.

Je sais pas s’il l’a découvert mais on s’est tous sentis terriblement coupables pendant des années. Je ne préconise pas cette méthode.

Une seule fois, j’ai été dans un groupe qui a viré une joueuse parce qu’elle ne s’intégrait pas et qu’elle avait ôté au MJ l’envie de maîtriser. Pourtant, on a découvert quelques mois plus tard que la plupart de ses inconstances étaient causées par la croissance d’une tumeur cérébrale. Ouaip, ça aussi nous a fait nous sentir comme des connards ! Tu ne peux pas gagner à tous les coups.

(Plus tard, elle s’est servie de cette culpabilité pour m’amener à l’aider à déménager et je n’ai plus jamais entendu parler d’elle par la suite. C’est honnête, j’ai retrouvé mon équilibre karmique ! Et son opération a été un grand succès, elle se porte comme un charme, aux dernières nouvelles.)

Commentaire de Robert

Bien entendu, je ne donnerai aucun détail mais je dirai que plusieurs des exemples donnés par Connie sont des choses auxquelles on a eu à faire face dans les 18 derniers mois au club de JdR. C’est un sujet peu agréable, naturellement, et le dernier en date a conduit beaucoup d’entre nous à la limite entre un vrai sentiment de commisération pour le gars et celui d’être si énervés au point de ne plus y voir clair. C’était une des situations que Kirby a décrites – il aurait pu régler les choses de lui-même et on l’a même conseillé et aidé – mais il ne voulait tout simplement pas le faire.

Commentaire de yong kyosunim

@Kirby : Vous ne devriez pas vous torturer d’avoir géré “salement” son éviction. On vit dans une société où le “C’était un type tellement bien, le genre calme” pourrait devenir tout à coup quelqu’un de très violent cherchant à se venger. Qui veut prendre le risque ? On entend des tonnes d’histoires, aux infos, de personnes normales qui pètent un câble sous une extrême pression. Donc, les virer en annulant la campagne et en reformant le groupe par la suite, c’est juste une méthode simple de gestion de risque.

@Connie : C’est cool que vous ayez un club de JdR. D’habitude, quand je rencontre des joueurs potentiels ou des nouveaux joueurs, je leur donne un contrat social (2). Il explique quel est le but du groupe de JdR en général, mon style de maîtrise de partie, et l’attitude que j’attends de la part des joueurs. Je m’assure qu’il n’y a aucune zone d’ombre entre ce qui est toléré et ce qui ne l’est pas. On a souvent assimilé le JdR au team-building (consolidation d’équipe (3)) dans le milieu professionnel (4). Donc au début de chaque formation d’équipe, il y a un petit guide qui souligne le but de l’équipe, et qui définit les modalités des réunions, l’ordre du jour, et la structure de l’équipe. Un contrat social pour la table de jeu est fondamentalement la même chose ; et si les joueurs connaissent les limites, alors la plupart respecteront les règles.

Bien sûr, il y en a qui ne peuvent se plier à quelque norme sociale que ce soit. Ce sera un défi de supporter ces gens, dans toute activité sociale, et pire encore en JdR. Heureusement, je n’ai pas encore eu à faire à ce genre de joueurs, puisque ceux dont je m’occupe comprennent les règles d’emblée et s’y plient. Mais je leur annonce que s’ils enfreignent les règles, ils reçoivent un mail d’adieu.

Bonnes parties !

Commentaire de Robert

@yong : Au club de JdR, on ne donne pas de contrat social, mais on espère que les joueurs jouent correctement avec les autres. Voyons les choses en face, en tant que geeks, on est tous un peu socialement maladroits, avec certains plus qu’avec d’autres. Moi, j’ai tendance à être particulièrement silencieux en présence de gens que je ne connais pas ou pas très bien (mais faites le premier pas et je ne la fermerai pas !). Et nous sommes tous différents. Mais quoi qu’il en soit, nous sommes des adultes (nous n’acceptons pas les mineurs non accompagnés dans le club) et les autres s’attendent à ce que l’on se comporte comme tels. À la base, on suit la Règle “Ne sois pas un connard !”. Enfreignez cette règle et bye bye !

Un contrat social n’aurait pas empêché que les 3 incidents qu’on a gérés au club ces 18 derniers mois se produisent, puisque deux des personnes auraient juste menti et accepté de s’y plier et la troisième – euh, c’est une tout autre histoire qui impliquait des voitures volées et de la prison et une incapacité à comprendre pourquoi on était à bout.

Commentaire de Connie

@Kirby : C’est toujours difficile de trouver un moyen d’exclure des gens d’une partie sans causer trop de ressentiment. La plupart du temps, les gens sont bons et ne veulent pas faire de mal à autrui mais tu ne peux pas non plus te forcer à participer à une partie quand il s’y trouve quelqu’un qui rend les choses vraiment désagréables. Je ne recommande pas non plus la reformation à l’insu du Problème, mais parfois tu dois faire ce que tu as à faire. À propos de la fille avec la tumeur cérébrale… pu****. Vous n’aviez certes aucun moyen de le savoir, les gars mais… pfff !

@yong : Un contrat social, c’est une bonne idée mais comme l’a dit Robert, ça ne changera rien avec certaines personnes. Ça te donnerait quelque chose de très concret pour les virer si besoin par la suite (“Écoute, t’as accepté ce contrat et tu l’as rompu, donc salut !”) mais tu dois encore faire face aux conséquences de cette rupture de leur part. Sans rentrer dans les détails, on a eu un joueur qui, on l’a appris, a eu un passé trouble mais qui essayait de se remettre d’aplomb, ou du moins c’est ce qu’on pensait. Par la suite, il est parti dans une suite de délits graves et je faisais dans mon froc à l’idée qu’il savait où on habitait.

@8one6 : Tout le monde est un étranger au début, malgré tout ;). Et on fait tout notre possible pour connaître les gens un peu avant de les laisser rejoindre une partie, mais parfois les gens montrent leur meilleur visage pour cette première impression, et ne révèlent leur vraie nature qu’après.

@GGG : Exactement. Il y a quelques années, on a eu un souci avec un très bon ami, dans notre groupe de JdR. C’était un ami formidable, qu’on aimait comme un membre de la famille, mais il était incroyablement pénible à la table de jeu. On est finalement tombés d’accord que ce serait mieux pour tout le monde s’il quittait la partie. C’était dur, mais c’était le mieux à faire. Ceci dit, il est mort l’an dernier, et il n’y a rien que je ne donnerais pas pour jouer avec lui une fois encore, même si je sais que je m’arracherais continuellement les cheveux par frustration :).

Commentaire de yong kyosunim

Pour des petits groupes de JdR, une autre méthode, pour éviter les problèmes éventuels avant qu’ils n’apparaissent, consiste à mener un entretien. Pour les gros clubs, cette méthode ne fonctionnerait pas car ils sont généralement censés être ouverts.

Certains d’entre vous ont fait remarquer que même si tu présentes un contrat social aux joueurs, certains d’entre eux l’enfreindront de toute façon. Un entretien (5) peut apporter une solution. Vous auriez une idée générale du joueur et vous sauriez si cette personne va s’intégrer dans votre groupe.

Ce que j’ai fait (et ce que l’on m’a fait), c’était de rencontrer le joueur éventuel dans un endroit neutre, genre un café. Passer un peu de temps pour mieux les connaître, parler de leurs parties, de leur vécu de joueur, etc. Passez suffisamment de temps avec quelqu’un, vous vous rendrez compte qu’ils se sont sans doute fait virer de leur précédent groupe de JdR mais qu’ils les accuseront. Ou bien vous découvrirez diverses autres choses à propos desquelles ils sont virulents et qui pourraient mettre la puce à l’oreille de n’importe qui : cela veut dire que ce n’est pas la bonne personne. Ensuite, il faut commencer une partie d’essai avec le joueur. Menez tout un scénario dans un endroit où il est possible de réserver une salle, tel qu’une bibliothèque ou une Maison des Associations. L’attitude du joueur se révèle habituellement à ce moment-là, et dès qu’ils commencent à enfreindre les règles, ils sont virés.

J’avais un bon pote de JdR qui était aussi un bon ami et même un coloc, mais avec le temps, son implication dans le JdR a pris un très mauvais tournant. C’était une vraie corvée de l’avoir dans une partie. En y repensant, je pense que c’était le fait de devoir jouer avec les autres joueurs qui étaient assez stressants dans leur façon de jouer ; [l’existence d’]un autre groupe d’amis avec lesquels il aurait préféré jouer et avec lesquels il se sentait plus à l’aise (et dont je ne me souciais pas puisqu’ils trichaient tout le temps et que c’était vraiment pénible) ; et enfin le fait qu’il était incapable de garder un boulot. Ce sont peut-être tous ces facteurs qui ont fait qu’il ne valait rien à la table.

Article original : When Gamers Go Bad

(1) NdT : Une des méthodes pour trouver des joueurs (ptgptb)[Retour]

(2) NdT : Un exemple de contrat social (ptgptb)[Retour]

(3) NdT : Ensemble d’actions stratégiques qui visent à améliorer le fonctionnement et la cohésion (Office québecquois de la langue française, 2003) [Retour]

(4) NdT : Les étapes d'évolution d'un groupe de JdR (ptgptb) développe justement cette approche manageriale. [Retour]

(5) NdT : Type “entretien d’embauche”, recommandée par James E. Raggi (ptgptb)[Retour]

Note: 
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Pour aller plus loin… panneau-4C

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