Une mort bien trop cruelle

La sœur de ma copine voulait apprendre à jouer, et elle voulait être une sorcière. J’ai dit :

“D’accord, lance quelques dés”.

 

Comme la plupart des mages niveau 1 de AD&D, le premier personnage de la sœur de ma petite copine avait bien plus de pièces d’or qu’elle ne pouvait en dépenser.

 

Tu ne peux pas acheter d’armure, tu ne peux pas acheter d’armes, donc… ?

La dernière fois que je me suis trouvé face à un problème similaire, j’ai remarqué que le système de conversion PC-PA-PO-et-j’en-passe permettait d’acquérir une quantité astronomique de bière pour la somme de, disons, 10 PO. Et c’est ce que je fis. Mon personnage était si ivre que je ne lui ai pas donné de nom : je me suis dit qu'il ne s'en souvenait pas. Nous l'avons appelé « Le Magicien».

L’œil de la sœurette, en revanche, se dirigeait vers la section “bétail”.

“Je veux six cochons – trois adultes et trois porcelets.”

Oui, c’est sur la liste des équipements.

Elle commença à leur donner des noms. Durant la création, elle a trouvé un moyen de parler aux cochons ; je crois que j’utilisais les règles de Fairy Tale Rules relatives aux langues des créatures magiques. Les mages prêts à renoncer aux langues orque ou dragon peuvent parler le cochon ; pourquoi pas ? Il faut bien qu’il y ait une compensation pour les gens qui ont les couilles de se balader armés d’un seul point de vie.

C’était une de ces aventures du genre “Vous vous réveillez, sans savoir comment vous êtes arrivés là ni où sont passées vos affaires.” (Parce que j’appartiens à l’école Walter Hill (1) de Maîtrise)

- Mes cochons sont là ?

 

- Pas dans cette pièce.

Ma copine et sa sœur sont amusantes. Promettez leur des PO, de l’Exp, des objets magiques, des choix moraux et des occasions d’améliorer leur personnage, cela ne les motive pas particulièrement. En revanche, retirez-leur pour 75 PO d’équipement acheté au cours de la création du personnage et là, à chaque pièce, vous aurez droit à des « Mon équipement est là ? C’est ce gobelin qui avait mon équipement ? J’ouvre le ventre du dragon avec mon épée bâtarde … est-ce que je trouve mon équipement dedans ? »

Trop de jeux vidéo, je pense. Parce que, genre, dans les jeux vidéo, si vous perdez tout votre équipement, c’est la fin du monde.

Bref, dans ce donjon, si vous parveniez à passer le bébé dragon noir qui se cachait dans le cercueil de la reine hobbite vampire, le trésor inclut « tout équipement perdu par la première personne qui demande si son équipement se trouve là .»

Sœurette demanda donc :

- Mon équipement se trouve-t-il ici ?

- Eh bien, oui.

- Et tous mes cochons ?

- Seulement un.

- Lequel ?

- Je ne sais pas, tu veux que ce soit lequel ? (Appréciez l’intégration pleine et sérieuse d’éléments narrativistes coopératifs.)

- Charles. (Ou quelque chose comme ça)

- Ok, voilà Charles, il est très content de te voir. Il bat de ses grands cils de cochon. Grouic ! Grouiiiic ! »

S’ensuivirent quelques aventures, puis le groupe parvint en haut d’un escalier qui descendait dans l’obscurité. Qui sait ce qui se cache là dessous?

- Envoie le cochon en bas, suggère un des garçons

- Ok, j’envoie le cochon.

Allons bon : l’escalier est empli d’oiseaux mort-vivants.

Des vautours à tête de mort. Ils étaient inspirés par des créatures appelés « charognards » dans Warhammer, et on en trouve un très bien fait sur la quatrième de couverture du numéro 17 de la série originale des Tortues Ninja par Bryan Talbot. Trop fatigué pour chercher sur Google.

Ce qui devait arriver arriva. Je racontai la scène ainsi :

- … Alors que Charles est emporté dans les airs par l’impitoyable rapace mort-vivant il pleurniche « Ouh, pourquoi m’as-tu trahi ? Je te faisais confiaaaaance… »

- Oooh…

Un regard horrifié apparaît sur le visage de sœurette.

Le groupe poursuit, parle à un sphinx, trouve des informations sur des trucs, etc.

Fin de la partie.

J’essaye de trouver le sommeil.

Je n’y arrive pas.

Je ne cesse de m’imaginer ce cochon prisonnier de ces serres décharnés « Pourquoi m’as-tu trahiiiiii … ? »

La partie suivante commence.

Je dis, salut tout le monde, installez-vous les enfants, et je récapitule la partie précédente ainsi :

…Booon, ok, tout le monde, si vous étiez là la fois dernière vous obtenez 308 points d’expérience, vérifiez si cela vous fait monter de niveau, ha … et, aussi, je me suis trompé la dernière fois, les dernières paroles du cochon Charles n’étaient pas « Ouh, pourquoi m’as-tu trahi ? Je te faisais confiaaaaance… » mais en réalité « C’est pas grave ! Je ne regrette rien ! Je me suis beaucoup plus amusé que si je n’avais pas embarqué avec toi dans cette aventure ! J’ai eu une vie bien remplie, merci, adieu ! »

Article original : My Cruellest Kill

Sélection de commentaires

Chris

"Est-ce que les cochons ont maintenant cessé de crier, Zak?" [bizarre bruit de succion de dents, façon Hannibal Lecter]

Ceci dit, l'idée du porcelet mignon et serviable, déchiqueté en miettes par des corbeaux morts-vivants au son d'un Je ne regrette rien plein de tension d'Edith Piaf, ça fait encore plus peur.

Toi être un fils de p. malade et lynchien, mon pote. J'espère que cela n'a pas dégoûté du JdR à vie la soeur de ta copine.

Zak

La soeur joue toujours. C'est surprenant comme elle est hardcore. Tout bien considéré, elle mérite un chapitre rien que pour elle.

 

(1)Note de l'auteur : Walter Hill: "Je ne donne volontairement aucune histoire à mes personnages, et ce, de plus en plus que j’écris des scripts. Ce que vous apprenez de ces personnages le sera en observant ce qu’ils font, la façon dont ils réagissent au stress, aux situations et à l’adversité. En cela, le personnage est révélé par l’action, bien d'avantage qu’expliqué à travers le dialogue. » Walter Hill, dans A Biographical Dictionary of Film de David Thomson. New York: Alfred A Knopf, 1994. [Retour]

 

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