L’écriteau sur la porte

Le week-end dernier, l’équipe du MESSAGE (1) eut le privilège d’être invitée pour la présentation du Groupe de la Communauté Lesbienne, Gay, Bisexuelle et Transexuelle organisée par les gens géniaux de l’Association du Queensland pour la Cohésion Sociale.

Être entouré de tant de personnes qui consacrent leur vie à enrichir et améliorer leurs communautés était une leçon d’humilité et une expérience inspirante. Bien sûr, le MESSAGE lui-même n’en propose pas autant, parce que nous venons de l’autre côté de la barrière. Les gens présents à l’événement de dimanche ont travaillé d’arrache-pied pour organiser un large choix d’événements formidables, autour de groupes et d’activités qui accueillent fièrement, haut et fort, ceux et celles dont l’identité sexuelle et la sexualité ne rentrent pas dans la norme du plus grand nombre.

Le MESSAGE, au contraire, s’adresse à ceux d’entre nous qui sont dans la norme, à la fois dans la société et dans le milieu du jeu : des hommes blancs, hétéros et cisgenres (wiki). Il est fort probable que vous soyez dans cette catégorie, vous qui lisez ces lignes. Je le suis moi-même. Nous sommes des privilégiés. Nous sommes, semble-t-il, le problème. Après tout, ces gens merveilleux essaient de se cacher de nous. Ils sont obligé de créer leurs propres groupes pour se sentir acceptés et en sécurité, au lieu de simplement rejoindre un groupe de cyclistes, ou de joggers, ou de joueurs d’ultimate frisbee ou de fans de bande dessinée. Et ils sont obligés de le faire parce qu’ils ont – à raison – peur d’être attaqués, humiliés et exclus s’ils essaient de rejoindre l’un de ces groupes.

Voilà comment s’est passée ma journée de samedi : entouré de douzaines de personnes qui consacrent leur temps à créer des espaces pour être à l’abri de gens comme moi. Et cette évidence m’a frappé de plein fouet et fait réaliser à quel point j’étais privilégié. Je peux aller où bon me semble, jouer aux jeux dont j’ai envie, rejoindre n’importe quel groupe, débarquer où je veux sans craindre d’être jugé pour ce que je suis, qui j’aime, ou ce qu’il y a dans mon slip. Et soyons clair là-dessus : dans les milieux du jeu, cette liberté n’est réelle que si vous êtes un homme blanc, hétéro et cisgenre. Et c’est le cas partout. Dans les faits, aucun magasin de jeux, club ou convention auxquels vous êtes allé n’affichera un panneau à l’entrée disant “Nous préférons que nos clients soient des hommes blancs, hétéros et cisgenres.”

Vous n’avez pas vu le panneau. Mais il était là. Il y était vraiment (2). Parce que tous ceux qui ne rentraient pas dans ces catégories ont remarqué le panneau et se sont détournés pour aller créer leurs propres endroits sans panneau. Ils ont créé des groupes de jeu pour les femmes, les mères, les gays, les transsexuels, les personnes de couleur, et aussi les handicapés. Il n’y a aucun magasin de jeux dans ma ville qui soit accessible aux fauteuils roulants.

Les sociétés, les groupes et plus spécialement les entreprises tendent toujours vers la norme. Ils se préoccupent toujours des plus grands groupes, la masse ordinaire, la moyenne et le plus petit dénominateur commun de la population. Nous ne pouvons pas changer cela. Nous pouvons changer nos attitudes, mais cela prend du temps et n’affecte pas la tendance naturelle de la norme à se renfermer sur elle-même et à rejeter ceux qui sont différents. Mais ce que nous pouvons faire, dès maintenant, c’est prendre conscience que le panneau existe. Ce panneau invisible sur la porte, qui fait se détourner des gens. Et ce que nous pouvons faire est de le remplacer par un autre panneau. Un panneau qui dise – en toutes lettres – que nos magasins, nos groupes, nos jeux, nos espaces, sont sans danger. Que nos joueurs sont amicaux. Que nos groupes sont accueillants. Que nous acceptons tout le monde.

Et il faut que ce soit explicite. Vous ne pouvez pas vous contenter de ne rien faire et continuer à vous prétendre vertueux parce que vous savez que vous ne discriminez pas. Parce qu’extérieurement, vous ressemblez à tout le monde. Et que rien ne vous vaut votre présomption d’innocence. Donc vous devez afficher vos couleurs. Être visible. Porter un t-shirt. Planter le panneau. Ajoutez-le dans le règlement intérieur du club, sur les murs du magasin, dans les pubs sur Internet. Portons haut cet étendard, aussi haut que nous le pouvons, pour que tout le monde puisse le voir et se sentir bienvenu.

La bonne nouvelle est que comme nous sommes les privilégiés, nous pouvons porter cet étendard plus haut que quiconque. Parce que nous sommes si nombreux, nous pouvons bombarder le monde avec notre tolérance. Parce que nous sommes la norme, si nous affichons nos couleurs, nous pouvons barioler notre loisir d’un arc-en-ciel. Mais nous devons le faire. Nous devons faire l’effort. Nous nous devons de lever l’étendard.

C’est pour ça qu’on est là, en tant que membre du MESSAGE, pour nous donner à tous un étendard à lever. Mais c’est à chacun de vous de le brandir.

Article original : The Sign On the Door

(1) NdT : The MESSAGE [Acronyme pour Men Ending Slurs And Sexist Attitudes in the Gaming Environment (“Les hommes qui mettent fin aux attitudes insultantes et sexistes dans le milieu ludique”) est un mouvement qui vise à rendre le milieu du jeu (de rôle ou vidéo) moins hostile aux femmes. Nous avons traduit certains de leurs articles. [Retour]

(1) NdT : Le même Steve Darlington s’extasiait en 2002 dans La Gloire du jeu de rôle (ptgptb) de la possibilité naturelle de faire du JdR sans répondre aux canons de la norme. Mais en fait les différences perçues (façon de se vêtir...) sont minimales, à côté du racisme et de l'homophobie. [Retour]

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Pour aller plus loin…panneau-4C

Joueurs contre la mysoginie : Les membres masculins ont fait du milieu du jeu, année après année, un endroit toxique, hostile et dangereux pour les femmes.

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