Le LNS et d'autres sujets de théorie rôliste - Chapitre 3

Chapitre Trois: Postures

Le chapitre deux traitait de ce qu'une personne cherche dans le jeu de rôle; ce chapitre aborde les actes et moments spécifiques d'une partie, c'est-à-dire, ce qu'une personne fait. Une Posture est définie comme étant la manière qu'a une personne de prendre des décisions pour les actes imaginaires d'un personnage imaginaire.

  • Dans la Posture de l'Acteur, un joueur détermine les décisions et actions du personnage en se servant uniquement des connaissances et de la perception qu'aurait le personnage.
  • Dans la Posture de l'Auteur, un joueur détermine les décisions et actions du personnage selon ses propres priorités, puis rétroactivement « motive » le personnage pour les accomplir. (Sans cette deuxième étape rétroactive, l'on appelle cela la Posture du Marionnettiste (1).)
  • Dans la Posture du Metteur en scène, un joueur détermine des aspects de l'environnement relatifs d’une certaine façon au personnage, mais tout à fait indépendamment des connaissances ou capacités à influer les événements qu'aurait le personnage. Ainsi le joueur n'a pas seulement déterminé les actions du personnage, mais aussi le contexte, le minutage et les circonstances spatiales de ces actions, ou même certaines particularités du monde extérieures aux personnages.

Dans la plupart des débats sur les Postures, nous avons envisagé le cas des joueurs plutôt que des MJ, car le joueur n'interprète d'habitude qu'un seul personnage et c'est une relation très intime. Je pense que les MJ adoptent eux aussi une Posture. Toutefois, cette discussion attendra d’être développée.

Posture et LNS

La Posture est très labile durant le jeu. Les gens changent fréquemment de Posture, sans même délibération ou réflexion.

Les Postures ne correspondent aucunement aux Prémisses LNS. Pour commencer, la Posture est bien plus éphémère, de sorte qu'une personne appréciant les éléments et décisions Ludistes d'une expérience de jeu de rôle pourrait balayer toutes les Postures pendant une séance de jeu. Il ou elle pourrait être Auteur la plupart du temps et Metteur en scène occasionnellement et puis à un moment clé se projeter le temps d'une scène en posture d'Acteur. Le but n'a pas changé, mais la Posture oui.

Toutefois, je pense qu'il est très raisonnable de dire que des Postures précises sont plus communes dans certaines Prémisses de jeu. Historiquement, la Posture d'Auteur semble la plus commune ou au moins largement présente à certains moments pour les jeux Ludistes et Narrativistes et la Posture de Metteur en scène semble être un ajout plus rare dans ces Prémisses. La Posture d'Acteur semble la plus commune pour le Simulationnisme, bien qu'on pourrait montrer qu'Auteur et Metteur en scène sont présents pendant la création de personnage. Ces proportions relatives de Postures pendant la partie correspondent apparemment bien avec les concepts de Prémisse et LNS. Je suggère cependant que la Posture facilite un certain sous-ensemble d'une Prémisse plutôt que la Prémisse tout entière. Certaines formes de Simulationnisme par exemple, pourraient être mieux soutenues par la Posture de Metteur en scène, à l'opposé d'autres formes qui sont mieux appuyées par la Posture d'Acteur. De manière similaire, certaines formes de Narrativisme reposent sur la Posture d'Acteur à certains moments clés.

Examinez l'exemple précédent d'un groupe qui s'est mis d'accord pour jouer des personnages vampires. Les trois membres ont des approches LNS et des Prémisses radicalement différentes, mais partagent un engagement superficiel envers « l'histoire », sans l’avoir défini. Quelles Postures pourraient être les plus communes pendant la partie, pour chacun d'entre eux? (Dans cet exemple, chaque personne représente une approche possible pour chacune des Prémisses et ne représente pas la Prémisse en entier.)

  • Un joueur est intéressé par la compétition, se servant de son influence de personne réelle, en élaborant des stratégies sur les dénouements dramatiques pour « marquer plus de points » que les autres joueurs. Il ou elle passe donc beaucoup de temps dans la Posture de l’Auteur ou du Marionnettiste.
  • Un autre veut ressentir et explorer les nuances de l'histoire telle que présentée par une source externe (peut-être un livre de jeu, un supplément ou un MJ) et passe beaucoup de temps dans la Posture de l’Acteur.
  • Le troisième désire créer des moments où l'histoire atteint son climax dramatique et où des conflits sont résolus, selon les décisions de son personnage. Ces décisions seront vraisemblablement déterminées d'après la Posture de l'Auteur (mais pas du Marionnettiste).

Il se pourrait bien que des conflits apparaissent entre ces joueurs du fait que les décisions concernant leur personnages et leurs attentes les uns des autres perturbent leurs divers objectifs. Les Postures, et leur impact à la fois sur les dénouements et les expériences de jeu, peuvent être comprises comme faisant partie des mécanismes permettant d'atteindre les objectifs LNS.

Ayons pitié toutefois, et suggérons qu'ils leur arrive de partager suffisamment de préférences de Posture, de quelque sorte que ce soit. Elles n’ont pas besoin d'être exactement identiques! Tirer le plus possible d'une Prémisse LNS ne signifie pas se restreindre immuablement à une Posture, mais organiser des Postures relatives à des types spécifiques de scènes, décisions et moments de parties. A nouveau, d'un point de vue historique plutôt que par définition:

  • Une approche Ludiste des Postures implique habituellement de préserver le pouvoir d'Auteur de la Posture de Marionnettiste dans des situations de compétition, de sorte que le joueur ne soit pas gêné dans la gamme de ses possibilités.
  • Une approche Narrativiste des Postures implique habituellement de garder la posture d'Acteur confinée à des occasions limitées, de sorte que les Postures d'Auteur et de Metteur en scène puissent avoir un maximum d’impact en meta-jeu sur la trame globale.
  • Une approche Simulationniste des Postures implique habituellement de préciser quand il est possible de sortir de la Posture d'Acteur.

Ainsi, nos joueurs de vampires peuvent adopter des approches individualisées de Posture au sein d’une orientation vers leur objectif (ou une autre configuration qui renforce le LNS). Tout va bien - dans la mesure où ces différences facilitent un objectif similaire et donc ne peuvent être trop différentes dans les scènes cruciales de la partie.

Malentendus et complications

Beaucoup d'attention et de débat est dévolu à l’interprétation « dans le personnage » ("In-character" - IC) et « hors du personnage » ("Out Of Character - OOC"), mais je pense que ce sujet n'est pas lié aux Postures. Le fait de jouer IC, au sens le plus fondamental, signifie que le rôliste parle à la première personne pour communiquer les actions du personnage, et le fait de jouer OOC signifie qu'il utilise la troisième personne. Toutefois, cette considération et les aspects de prises de décision des Postures ne se recoupent pas directement. Des discussions et conseils autrement excellents peuvent être déviés ou obscurcis par cette confusion. Dans le texte de Nobilis [L'auteur ne précise pas quelle édition (NdT)] par exemple, la terminologie IC/OOC est systématiquement utilisée pour signifier, pour ce que je puis en dire, l’opposition Acteur / Auteur. Un autre malentendu habituel de la Posture d'Acteur est la confusion avec le sens histrionique et communicatif de "jouer la comédie" – prendre une voix caractéristique, faire des gestes, etc. Les aspects communicatifs et démonstratifs de « jouer un personnage » ne sont pas du tout impliqués dans la Posture d'Acteur, qui signifie uniquement que le joueur se sert des connaissances et priorités du personnage pour déterminer ce que fait le personnage.

En rassemblant les deux points ci-dessus, la Posture d'Acteur peut être rencontrée dans le style de jeu le plus technico-réaliste (qui peut utiliser une diction entièrement à la troisième personne) aussi bien que dans le style de jeu "laisse-toi pénétrer par le personnage" à la Turku(ptgptb) le plus exacerbé (qui peut utiliser une diction entièrement à la première personne et IC).

L'immersion est un autre sujet difficile qui apparaît souvent dans les discussions sur les Postures. Comme pour « réalisme » et « complétude » et plusieurs autres termes, on peut en trouver beaucoup de définitions différentes dans la culture rôliste. La définition la plus substantielle que j'aie vue est que l'immersion est le sentiment d'être « possédé » par le personnage. Ce phénomène n'est pas une Posture, mais un sentiment. Quel genre de roleplay est associé à ce sentiment? Ce sentiment est associé à des prises de décisions incompatibles avec les Postures de Metteur en scène ou d'Auteur. De ce fait, je suggère que l'immersion (une sensation intérieure) est la plus associée à la Posture d'Acteur. Je ne sais pas si certaines personnes adoptent d'abord la Posture d'Acteur et ensuite « s'immergent » ou si d'autres « s'immergent » et se retrouvent ainsi, bon gré mal gré, en Posture d'Acteur. Le terme Posture de Spectateur a été proposé ailleurs, mais à ce stade je ne suis pas convaincu que ce phénomène existe.
Cela reste un sujet de discussion potentiel.

vers la 4ème partie


(1) NdT : de très amusants exemples de manipulation de personnage dans Le blanchiment d'information pour les nulsptgptb [Retour]

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