Le Manuel de Wolfgang pour escroquer les autres persos

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Le plaisir de découvrir les secrets… des autres personnages-joueurs

Wolfgang est un personnage-joueur de mon groupe du dimanche à Warhammer le jeu de rôle fantastique, et il est joué par mon ami TAFKAC. J’ai raconté certaines histoires de ces parties dans un article précédent (Comment James Wallis a gâché la vie de mon personnage (ptgptb)).

Mais depuis l’écriture de cet article, j’ai découvert quelques trucs inquiétants sur notre Wolfgang. En particulier trois choses singulières. Trois certaines manières qu’il a eu, et a, de rouler ses camarades PJ dans la farine.

Et vous savez ce qui est le plus énervant de tout ça ? Nous ne le savons que hors-personnage. Nos persos eux-mêmes ne se doutent pas le moins du monde de tout ce qui se passe.

L’arnaque de “l’Auberge du bord de la route”

Au cours de nos aventures, nous avons eu la chance d’amasser quelque argent ; argent que j’ai alors entrepris de dépenser en alcools, drogues, divertissement et beaux vêtements pour mon personnage.

Sans surprise, ce ne fut pas le cas de Wolfgang.

Nous savions qu’il avait acheté un relais de diligence à Delbreth, sa ville natale. Il y avait laissé sa femme pour le gérer (au moins mon perso emmène madame avec lui, même si elle a été un peu mutilée par quelques malheureux incidents), en compagnie d’une sorte de demi-démon qu’il a adopté (ne me posez pas de questions).

Ce que nous ignorions, c’était que ce n’était pas la seule auberge-du-bord-de-la-route qu’il avait achetée. En fait, chaque fois que nous passions dans une ville, il s’éclipsait, rachetait une auberge, mettait un gérant en place, et repartait, promettant de revenir quelques mois plus tard pour encaisser sa part de profits.

Lorsque, quelques mois plus tard, nous repassions par là, et qu’il devait percevoir ses dividendes, nous disait-il qu’il devait s’esquiver vers une des auberges pour prendre quelque chose ? Non, bien sûr que non. Il n’avait pas à le faire, n’est-ce pas ?

Parce que nous créchions dans cette foutue auberge.
Eh oui, à chaque étape il nous disait : “Eh les gars, cette auberge-ci a l’air sympa. Et si on s’y arrêtait ?”
Puis il ricanait derrière notre dos pendant que nos persos payaient la pension complète à son gérant.

Bâtard, va.

Il a gardé cette arnaque secrète pendant environ un an de temps réel – disons 40 ou 50 parties – et même alors, nous ne l’avons découverte que hors-jeu.

L’arnaque du “nombre d’attaques”

Le nombre d’attaques est une des caractéristiques les plus importantes d’un personnage de Warhammer. Un personnage débutant a une attaque par round. Plus tard, tandis qu’il progresse à travers l’arborescence des Carrières, il gagne une seconde attaque, et peut-être même une troisième.comme on peut l’imaginer, les attaques supplémentaires augmentent considérablement votre efficacité au combat. Si vous attaquez deux fois votre adversaire qui n’attaque qu’une fois, vous l’épuiserez probablement bien avant qu’il ne vous épuise, d’autant plus que les personnages doivent sacrifier une attaque s’ils veulent parer.

Cette arnaque-ci est celle que TAFCAK a fait durer pendant plus d’un an – et comme je l’ai dit, on joue entre 40 et 50 parties de Warhammer par an.

John et moi jouons des sortes de filous-guerriers, donc on était assez utiles en combat. Au bout de peut-être 70 ou 80 séances (nous avons beaucoup joué cette campagne), nous étions arrivés à hisser nos personnages à trois attaques par round.

Par contre, Wolfgang était un mage qui n’avait suivi que quelques carrières non-magiques, Templier par exemple, et n’avait donc que deux attaques par round. C’était plutôt désavantageux, car nous nous retrouvons dans des combats extrêmes, et comme il n’y a que nos trois personnages, ils doivent tous participer.

Une fois, par exemple, nos persos marchaient sur une chaussée dans un marécage, lorsqu’une créature avec des tentacules saisit chacun d’entre nous, et nous traîna hors du chemin. Nos trois persos étaient tous maintenus sous l’eau, en train de se noyer et de repousser les tentacules avec tout ce qu’ils avaient. Je croyais vraiment que nos persos allaient y passer, mais Ulrich – le perso de John – a fini par trancher suffisamment pour revenir à la surface, prendre une inspiration dans ses poumons en feu, puis replonger pour libérer Wolfgang et moi des tentacules.

Bien sûr, quand je dis que nous tapions avec tout ce que nous avions, ce que je veux dire c’est que John et moi supposions que nos persos cognaient avec tout ce qu’ils avaient. Vu que nos persos étaient, disons, en train de mourir.

Puis un jour, nous nous retrouvons dans un combat encore pire, contre une espèce de créature élémentale, et le perso de John et le mien étaient méchamment malmenés. Alors, Wolfgang se lance un sort sur lui-même, du nom de Main de fer.

Main de fer ? C’est celui qui double ton nombre d’attaques, n’est-ce-pas ?”, demande John.

“Euh… Oui”, reconnaît TAFKAC, sur le ton de celui qui aurait préféré que John ne sache pas cela.

“Premières attaques !” annonce Général Tangent (le MJ). Nous jouons tous nos premières attaques, suivis par la créature élémentale.

“Deuxièmes attaques !” À nouveau, nous jouons tous nos deuxièmes attaques.

“Troisièmes attaques !”. John et moi jouons nos troisièmes et dernières attaques, de même que Wolfgang. “Ah !” pensions-nous, “C’est parce que le sort de Main de fer double le nombre de ses attaques !”

“Quatrième attaque !” Général Tangent disait souvent cela, ce qui nous faisait habituellement suer, car était-ce si difficile pour lui de se rappeler que nous n’avions que trois attaques ? Mais pour une fois, c’était justifié, puisque les deux attaques de Wolfgang étaient doublées (lui donnant quatre attaques).

Donc Wolfgang joue sa quatrième attaque.
C’est alors que…

“Cinquième attaque !”
Et Wolfgang attaque une cinquième fois, ce qui jette John et moi dans un profond état de “P$§%1¤ mais qu’est-ce qui se passe ?”.

“Depuis quand as-tu eu trois attaques ?”, lui demandons-nous.

“Peu de temps”, fait TAFCAK en haussant les épaules.

“Sixième attaque !”. Wolfgang effectue sa sixième attaque.

À ce moment, John et moi, un peu agacés par le fait que TAFKAC ait gardé secrètes les trois attaques de Wolfgang, reprenons nos dés en main pour le début du prochain round.

“Septième attaque !”
TAFKAC reprend ses dés et les jette.
HEIN ? QUOI ?

“Tu as quatre attaques ?!”

“Ouais. ”

“Mais personne n’a quatre attaques ! Enfin… personne, sauf les assassins !”

“Ouais. ”

“Quoi ?”

Il s’avère qu’environ 60 séances auparavant, pendant que nous “faisions la connaissance” de Luigi Belladona, chef de la pègre d’une cité dans le sud, Wolfgang avait été recruté et entraîné comme assassin par ledit Luigi.

Quelque chose qu’il avait négligé de mentionner à ses camarades. Et pour préserver ce secret, il avait passé 60 sessions à prétendre n’avoir que deux attaques par round, alors qu’il en avait en fait quatre ! Il faisait semblant même quand la vie de nos persos était en jeu.

Voilà pourquoi Général Tangent appelait parfois les quatrièmes attaques.

Eh bien, comme vous pouvez vous l’imaginer, cela mena à une discussion quelque peu agitée, avec un récapitulatif de tous les combats désespérés que nous avions menés depuis cette affaire : “Quoi ?! Luigi t’a entraîné ! Mais c’était il y a des *éons* ! Combien de fois avons-nous été dans la merde depuis, et tu restais simplement là sans rien faire alors que tu avais deux putains d’attaques supplémentaires ?”

Et la cerise sur le gâteau ? Nous ne savons cela que hors-personnage. Tout ce que nos persos savent, c’est que le mage a lancé un sort qui lui a permis de bouger quatre fois plus vite.

S’pèce de bâtard, va.

L’arnaque de “Oh mon cher, on dirait que tu es accusé de meurtre”

Voilà une autre anecdote qui concerne des événements qui se sont déroulés de nombreuses séances auparavant, et que nous n’avons découverte que récemment (encore une fois, hors-personnage).

Ceux d’entre vous qui ont déjà lu l’article Comment James Wallis… sur les tribulations de Gregor le Gros se souviennent peut-être du passage suivant :

Tout se passait magnifiquement bien jusqu’à ce qu’il rencontre des problèmes d’ordre juridique (on a monté un coup contre moi). Il fut sauvé par l’intervention d’une famille mafieuse de Tiléens psychotiques qui empêchèrent sa pendaison par l’achat d’un titre inutile mais techniquement valide (faisant de lui le Sire Gregor d’Ulm).

Ouaip. Quelqu’un avait été sauvagement assassiné, et c’était mon perso qui avait fini au tribunal pour ce crime. Luigi, avec un peu d’aide de mes fidèles camarades, arriva à sortir mon cou de la corde du pendu en m’achetant un titre de noblesse.

Et qui était le fils de pute d’assassin qui avait tué le gars, en fait ?

Ouais. Vous avez deviné.

Bâtard, va.

Article original : Wolfgang’s Guide To Screwing Your Fellow PCs

Cet Article a été adapté en pièce de théâtre (vous pouvez en faire une lecture publique pour vos conventions) : Le Manuel de Wolfgang

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Pour aller plus loin… panneau-4C

Cet article fait partie de l'e-book n°5 Dirty PJ, ensemble d'articles dédiés à encourager la révolution des joueurs contre la tyrannie des MJ!

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