Tu veux jouer un quoi ???

Signs & Portents, le magazine de Mongoose Publishing
présente :

Il faut de tout pour faire du JdR, y compris des plantes en pot niveau 6

Notre campagne du jeudi soir avait tranquillement suivi son cours. Quelques sessions plus tôt, un vieil homme que nous avions rencontré en forêt avait maudit Noorl, mon personnage. Par cette malédiction, Noorl avait hérité d’une épée éthérée suspendue au-dessus de sa tête, comme celle de Damoclès, et devait assassiner le duc local sous sept jours. Si le duc respirait encore après ce délai, l’épée chuterait et ce serait la fin de Noorl. À part ce petit détail gênant, la vie était belle. Les sessions démarraient dans une atmosphère de plaisanteries alors que nos personnages débattaient des actions à mener et des pistes à suivre.

Bien sûr, les autres joueurs attendaient juste le moment – généralement cinq minutes après avoir commencé – de voir un air paniqué apparaître sur mon visage, immédiatement suivi de l’exclamation “Attendez une minute ! Je vais mourir dans cinq jours si je ne tue pas un certain mec !”

Comme je l’ai avoué dans Signs & Portents n°4, je suis du genre amnésique d’une session à l’autre.

Ce qui les amusait particulièrement, c’était généralement quelques secondes plus tard, quand je réalisais que je ne me rappelais pas qui j’étais censé tuer.

Et puis, jeudi dernier, mon personnage est mort, après un coup unique lui infligeant trente points de dégâts (I) (ce n’était pas tant les trente points le problème que le fait qu’il ne me restait que dix-neuf points de vie lorsque c’est arrivé). Maintenant les choses se sont un peu arrangées pour moi (enfin, pour Noorl), grâce à la découverte opportune (II) d’une potion de résurrection. Mais entre la mort prématurée de Noorl et son retour (presque (III)) façon Lazare, je n’ai pas seulement eu à passer par les étapes traditionnelles de déni, de colère, de marchandage, de dépression et finalement d’acceptation – le tout en un peu moins de 20 minutes –, j’ai également dû supporter un débat sur les avantages respectifs de la résurrection et de la réincarnation.

Les gars autour de la table me taquinaient, disant qu’ils allaient me réincarner plutôt que me ressusciter, faisant la liste des bestioles variées sous la forme desquelles je pourrais revenir ; la plupart d’entre elles déplaisantes ou inutiles, voire les deux à la fois. J’ai fait remarquer à un moment que je préférais être réincarné en orang-outan plutôt qu’en n’importe quoi d’autre qu’ils proposaient. Mais ils finirent par cesser de me taquiner et j’ai été ressuscité..

Ce n’est qu’après que j’ai réalisé quelque chose d’un peu surprenant : j’étais en fait déçu que mon personnage ait été ressuscité, plutôt que d’être réincarné en orang-outan. Voyez-vous, quand il s’agit de jouer le rôle d’un orang-outan, je crois avoir une idée assez précise de comment m’y prendre. Mais s’il s’agit de jouer un humain membre d’une tribu d’une vallée située dans une région des Royaumes Oubliés (grog) [un des mondes officiels de D&D (NdT)], je suis perdu. J’imagine que c'est parce que je n’ai lu aucun roman situé dans les Royaumes Oubliés, alors que j’ai regardé plusieurs fois Dur, doux et dingue (wiki) [Film de 1978 avec Clint Eastwood, dans lequel un orang-outan tient un rôle important (NdT)].

J’ai toujours été comme ça : jamais intéressé par les options de création de personnages “normaux” et voulant toujours jouer plutôt quelque chose de décalé. Une fois, quelqu’un m’a donné un livre du [JdR multi-univers] Rifts (grog) ], ouvert à la première page de la section classe/race de personnage, et m’a dit de lire jusqu’à ce que je trouve quelque chose que j’aie envie de jouer. Malheureusement, avant de trouver quoi que ce soit, j’avais parcouru sans m’en rendre compte tout le chapitre ainsi que le suivant sur les monstres. Il s’avère que la seule chose que j’avais désespérément envie de jouer était une plante non consciente.

Mais je ne peux pas terminer mon article sans avouer mon fantasme ultime en matière de personnage excentrique. J’ai toujours pensé que si j’avais une copine rôliste, ce serait vraiment cool pour elle de jouer une femme halfling, et pour moi d'incarner son chien destrier.

Ça, ce serait du jeu de rôle.

Je ne suis juste pas très sûr de quel genre.

Article original : You Want To Play A What? (p. 46 de Signs & Portents n°7)

(I) NdA : Dans un paragraphe du Slayers Guide to Game Masters (Guide des tueurs à destination des meneurs de jeu), il est écrit que les écrans, c’est mal, et que les MJ devraient lancer les jets d’attaque et de dégâts au vu et au su des joueurs, infligeant aux personnages-joueurs les dégâts qui ont effectivement été tirés.

Mark (le maître du jeu) avait lu ce paragraphe et donc – depuis cette session – avait laissé son écran de côté et faisait ses jets ouvertement (dont le coup ayant infligé 30 points de dégâts qui a tué mon personnage). Les autres ont trouvé que le fait que ceci ait conduit à la mort de mon personnage était absolument hilarant, étant donné que je suis l’auteur de cet ouvrage.

J’aurais probablement trouvé cela hilarant aussi si mon personnage, vieux de plusieurs mois, ne venait pas de mourir, et que je ne devais pas essayer de toutes mes forces d’encaisser cela sans broncher. [Retour]

(II) NdA : Mark a utilisé le vieux truc du “Vous vous souvenez des trois potions sans étiquette que vous n’avez pas encore eu le temps d’identifier ?” [Retour]

(III) NdA : Je dis “presque” parce que je pense que les gens était relativement contents de voir Lazare de retour, alors que Noorl était universellement considéré comme un abruti de premier ordre – ce qui n’était pas surprenant, étant donné que, pour le concept de ce personnage (faible score en Sagesse + bouffon pédant), je m’étais basé sur un gars qui autrefois faisait partie de notre groupe (le légendaire “Bill” (IV)). Disons juste que si Noorl n’avait pas été un personnage-joueur, ils n’auraient certainement pas gaspillé la potion pour lui. Tu parles ! S’il avait survécu au coup, ils l’auraient probablement achevé eux-mêmes. [Retour]

(IV) NdA : Un pseudonyme pour protéger le coupable, potentiellement équipé d’un avocat. [Retour]

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