Tolkraft contre-attaque

Peux-tu te présenter en quelques lignes ?

Salut, c’est à nouveau Tolkraft ! Ma précédente interview n’a pas un an, donc peu de changements !

En résumé : 41 ans, sur Lyon, fan de JdR, de ciné, de livres et de cuisine.

Première étape : Bright Light, un jeu de rôle de 6500 signes

Bright Light, JdR de 6500 signes

  1. Quels étaient tes objectifs lors de l’écriture du JdR de l’étape 1 ?

Faire quelque chose de cette idée qui traînait dans mes notes depuis longtemps : un personnage-joueur seul avec une vive lumière dans la tronche. J’ai donc créé ce jeu d’interrogatoire aux règles simples, et au cadre flottant, pouvant prendre place aussi bien durant la Guerre que dans le futur ; dans un univers réaliste ou imaginaire.

Comme souvent en première forge, j’essaie de proposer des jeux un peu barrés, avec des concepts marqués, qui sortent un peu de l’ordinaire. J’étais donc très curieux de voir ce qu’il deviendrait.

  1. Ton opinion sur ce qu’il est devenu ?

Couverture de Snitch!New York, 1933. La guerre des gangs. Les gangsters ont décidé de faire le ménage : trouver les balances et leur régler leur compte...
Un jeu de rôle sans meneur et sans préparation, pour 3 à 5 joueurs, âgés plus de 16 ans (violence, crime), pour des parties de 20 à 30 minutes.

Très satisfait, car Snitch est à mon sens l’exemple même d’un processus 3FF idéal :

1e/ Une idée de base qui donne une impulsion forte au jeu : un jeu d’interrogatoire, asymétrique, à un contre tous.

2e  forge / Pounous façonne le jeu à son goût, en décidant d’un contexte : la Mafia, que je n’avais même pas envisagée personnellement et d’une mécanique originale et ludique, basée sur un jeu des sept familles !

3e forge / Nitz sublime le tout en épurant les règles, et en proposant un écrin de qualité au jeu : des cartes toutes prêtes à imprimer, et une jolie maquette bien dans l’ambiance.

  1. Quel accueil la dernière version a-t-elle reçu ?

Un très bon accueil, puisque le jeu termine 4e suite aux évaluations des pairs, et 5e au classement du jury ! Il est original, avec son côté « Qui-est-ce ? » chez les mafieux, et propose des parties courtes et simples à mettre en place, à mi-chemin entre le jeu de rôle et le jeu de société. Bref, j’ai hâte de le tester !

Deuxième étape : La Forêt, un JdR de 13 500 signes

  1. Comment as-tu perçu le jeu que tu reçus pour l’étape 2 ?

Très favorablement, car c’est un thème qui a fait écho en moi, à mon enfance passée à Housseras dans les Vosges, à jouer dans les bois et sous-bois, à cueillir des champignons et des myrtilles, à découvrir les traces des sangliers dans la boue, à explorer la roche de fée (une formation rocheuse dans la forêt) et à jouer parmi les fûts sombres des sapins.

Bref, le jeu m’a parlé par son thème et son ambiance, qui convoque Millevaux

  1. Qu’as-tu changé et pourquoi ?

Deux changements majeurs :

  •  J’ai laissé tomber la thématique de la mémoire et des souvenirs. Millevaux trace ce sentier depuis longtemps et avec goût, et je ne me voyais pas faire une redite de l’univers de jeu de l’ami Thomas Munier. J’ai cherché à pousser le jeu dans une direction plus onirique et symbolique, louchant vers les contes et La forêt des Mythagos wiki mais bon, j’ai manqué de signes pour appuyer pleinement cette approche.
  •  J’ai modifié le système, en virant les modificateurs aux jets de dés. Je préfère lancer plus de dés en lecture directe que de devoir faire des calculs sur quelques dés.

Ensuite, je me suis surtout attelé à développer le jeu. Pour rendre le côté changeant et aléatoire de cette forêt mystérieuse, point de rencontre à la croisée du temps et des mythes, j’ai décidé d’opter pour une table aléatoire : ça construit un univers par petites touches, et ça offre surprise et rejouabilité.
Par contre, côté structure de l’histoire, la table aléatoire, ce n’est pas forcément ça… Je me suis demandé comment faire pour y introduire une narration ordonnancée. J’ai alors réalisé un truc tout bête : en lançant 2d6 pour tirer sur une table aléatoire, le résultat minimum est 2. Si je crée une case « 1 » dans ma table, c’est une valeur sur laquelle je ne peux pas tomber. Et si maintenant, au lieu de tirer sur la table aléatoire, on avançait dessus, comme une sorte de jeu de l’oie, en barrant les cases sur lesquelles on arrive ? Et si l’on retournait sur la première case non barrée (la case 1) lorsqu’on arrive au bout de la table aléatoire ? Je venais de trouver comment introduire une narration fixe, via un point de passage obligatoire, dans une table aléatoire. L’idée de La Piste est née ainsi. J’ai continué à la creuser et à la développer selon ce principe.

Au final, j’ai pondu un squelette de jeu, pas du tout un jeu jouable, mais avec une structure novatrice, dont je suis plutôt fier.

  1. Ton opinion sur ce qu’il est devenu en 3e étape, La Forêt des Rêves Perdus ?

Couverture de La Forêt des Rêves PerdusLa Forêt des Rêves Perdus est une dimension onirique et forestière où votre troupe errante croise des lambeaux d'histoires. Un jeu narratif OSR "traditionnel" avec MJ tournant pour 2 à 8 convives.

J’étais à la fois déçu, mais content.

Déçu, car malgré les quelques raffinements introduits, le jeu final part dans trop de thématiques à mon sens pour garder de la cohérence ; mais surtout, car c’est en l’état, un charabia quasi injouable. Nul doute que le jeu est limpide dans la tête de l’auteur, mais pas dans le texte : je n’ai pas compris comment y jouer. C’est sans doute pour cela que malgré ses qualités, il végète en milieu de classement.

Et je suis malgré tout content, car le jeu final s’éloigne suffisamment de ma proposition pour que je puisse reprendre et continuer à étoffer ma 2e forge pour en faire un JdR complet, sans craindre la redite. J’ai commencé à travailler dessus, je le teste mi-février, et j’espère le sortir sur le premier trimestre 2022, avec une jolie maquette très graphique.

Depuis le premier jet de cette interview qui date du début d’année, j’ai pu tester le jeu, j’y ai apporté quelques modifications, que je playtesterai à nouveau fin mai. J’espère pouvoir le publier durant les vacances d’été.

Troisième étape : un jeu de rôle de 28 000 signes

  1. Quelle fut ta réaction en recevant « Ceux qui n’ont pas de corps », le jeu que tu devais développer pour être jugé ?

Ma première réaction ? « Kamoulox ! »  XD
Des démons, des parasites, des superpouvoirs, des terroristes fichés S et un système de jeu imbitable basé sur la roulette… Sacré mélange, et pas grand-chose qui me parle là-dedans !

Table de résolution avec des faces de dés

Pendant un instant, j’ai même hésité à tout balancer à la poubelle et à présenter ma version de « La Forêt » en 3ᵉ forge XD. Mais bon, ce ne serait pas du jeu…

  1. Qu’en as-tu fait ?

J’ai démoli l’édifice jusqu’aux fondations, j’ai gardé les briques, et j’ai reconstruit autre chose avec : un jeu de super-héros, en Égypte, dans le futur.

J’ai essayé de garder le plus d’éléments possible (même le principe de «système de jeu avec mise », comme au casino, même si, thématiquement, il n’a pas grand-chose à faire là), car c’est l’un des aspects qui me plaît dans le 3FF : m’imposer des contraintes héritées des forges précédentes. Ça stimule ma créativité, ça m’envoie dans des directions que je n’aurais pas envisagées, et me force à résoudre des problèmes que je ne me serais pas créés !

Couverture de "Gravité à la manque" (Présence du futur, Denoël)J’ai dépaysé le jeu en Orient pour contrer ses relents initiaux (avec de vilains terroristes arabes :-/), et dans le futur pour aider à la suspension d’incrédulité. De plus, ça me permettait de revisiter un univers cyberpunk arabisant génial, la trilogie Marid Audran / Budayin wiki, de G.A. Effinger. Et le combo « Cyberpunk + Super-héros » me semblait original, d’autant plus dans un cadre exotique à nos yeux : Le Caire, futuriste, submergée par la montée du niveau de la mer.

L’opposition parasite / démon (renommés Pérégrins / Némésis) était une façon intéressante d’aborder le thème des super-héros (que j’aime généralement peu en JdR), avec les thèmes du Soi, de l’invasion de conscience, de la perte de contrôle au profit du gain de puissance ; mais aussi d’équilibrer le genre en instaurant un contre-pouvoir immédiat et dangereux, la Némésis. La pyramide Agent/Pérégrin/Némésis offre au final une belle dynamique de jeu, et une large palette d’interprétations.

  1. Il est parti en finale, quels ont été les retours des pairs et du jury ?

Couverture de PérégriNation2167 — New Cairo
Agents de la PSI, vous êtes l’hôte d’un parasite extra-dimensionnel immatériel — un pérégrin — qui vous dote de superpouvoirs. Vous servez et protégez les citoyens, au risque de tomber sous l’emprise de votre pérégrin et d’attirer sa Némésis, un implacable prédateur insensible.

Les retours ont été bons, et unanimes, pour les 4 évaluateurs : premier suite aux évaluations, avec 16,5 en note minimale. C’était presque inespéré, surtout pour un jeu que je n’ai clairement pas « calibré » pour le 3 Fois Forgé. C’était clair dans mon esprit dès que j’ai commencé à travailler dessus : ma copie en 28 000 signes ne serait qu’une esquisse d’un jeu complet, qui devra être bien plus long pour le rendre facilement jouable, avec un univers de jeu exotique qui aurait bien besoin d’être décrit plus en détail.

Il semble également avoir plu au jury, qui lui décerne la seconde place sur le podium, malgré le fait que ce soit plus un squelette de jeu mainstream qu’un vrai jeu fini. Je regrette cependant la disparition des fiches d’évaluations que remplissait le jury les années précédentes, chacune d’entre elles étant un outil précieux pour améliorer le jeu avec des retours posés, construits et étayés. Plus on en a, mieux c’est !

Notation des pairs

Parmi les jeux que tu as notés, lesquels recommanderais-tu ?

Même si Le Placard des Profondeurs est le jeu que j’ai le mieux noté, c’est Færinissima qui m’a le plus plu, grâce à son ambiance unique (Venise la nuit, au royaume des Dévas et des Fæs), son système innovant, sa présentation léchée. Il ne lui manquait pas grand-chose pour en faire un grand jeu : une carte relationnelle, un soupçon d’univers, quelques amorces de missions pour mettre le pied à l’étrier aux MJ… J’espère que Fabien C. le peaufinera dans une version définitive.

NdlR : voir notre interview de Fabien C.

Le Défi

  1. Quel bilan tires-tu de ta participation au défi PTGPTB Trois Fois Forgé de cette année ?

Que du bon !

Une grosse dose de confiance en soi avec un jeu qui se hisse à nouveau sur le podium, et deux projets très différents à retravailler et développer (La Forêt à court terme ; pour PérégriNation, ce sera bien plus long).

  1. Tu as lancé un débat – tout à fait légitime – sur le fait que L’Éléphant qui se rêvait fourmi ait gagné malgré 9500 signes de remplissage (12 pages de liste de prénoms). Avec le recul et la discussion, quelles sont tes conclusions finales ? :)

Dis donc Régis, ça t’amuse de me faire passer pour le râleur de service devant tout le monde ? ;-)

Je n’ai pas vraiment de conclusion à en tirer : le principal c’est de participer au 3FF et de se faire plaisir à créer et évaluer des jeux.

De mon point de vue, la contrainte de 24 000 signes minimum sur la 3ᵉ forge existe pour mettre tous les participants sur un pied d’égalité. Pour s’assurer que tous se soient creusé le ciboulot pour produire 24 000 signes de contenu ludique intéressant et utile.
Ce n’est pas toujours facile, cela impose souvent de rajouter des aspects, des règles, des facettes supplémentaires à un jeu qui n’en a pas forcément besoin : on écrit ici des jeux courts. Plus on est long, moins l’on est percutant.
Cette limite minimum de signes oblige souvent à complexifier son propos, à alourdir les mécaniques, à proposer des variantes et des options… et le but à mon sens est d’arriver à se dépatouiller de tout ça pour que le jeu reste bon, malgré tout.
Le 3FF, c’est un numéro d’équilibriste.

Libre à chacun de prendre plus ou moins de libertés avec le signage minimum, mais il faut garder à l’esprit qu’il y a toujours le risque de se faire sacquer par l’un des évaluateurs qui aura estimé que vous n’avez pas « vraiment » joué le jeu, ou que vous aurez trop tiré sur la corde.

  1. Participeras-tu au défi 2022 ?

Bien sûr, et j’espère vous y voir aussi !


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