Journal d’une Orga de GN enceinte

Avertissement : la grossesse et ses symptômes ; vomissements

J’écris ces lignes sans avoir structuré mes idées au préalable et sans savoir si cet article sera court ou long. Tout ce que je sais, c’est que février [2024] marquera le premier anniversaire de mes deux parties de GN de Sicilia. 1923. (es), et que mai [2024] sera celui de La que Siembra Santos (es). J’étais enceinte lorsque j’ai organisé ces GN ; une expérience qui s’est révélée être un défi encore plus grand que ce que j’avais imaginé, et j’aimerais vous la raconter.

Préparez-vous donc à une publication plus personnelle, plus viscérale et moins analytique, mais que j’avais besoin de faire. Désolée si vous vous attendiez à autre chose.

Deuxième grossesse : une expérience très différente

Pour ceux qui ne me connaissent pas, c’était ma deuxième grossesse. La première remonte à six ans déjà, lorsque je vivais à l'étranger et que, pour diverses raisons, j’avais arrêté d’organiser des GN. Je suis tombée enceinte quelques semaines après la première session de Hasta que la Mafia nos Separe [Jusqu’à ce que la Mafia nous sépare]. Certes, je ne participais pas à l’organisation à ce moment-là, mais j’étais joueuse, et pas qu’une fois ! J’ai consigné mes impressions sur le fait de jouer en étant enceinte dans cet article (en) (désolée, il est en anglais, à l’époque j’écrivais mes publications en mélangeant les langues).

La deuxième grossesse eut lieu dans un contexte bien différent pour moi. Nous étions revenus en Espagne depuis quelques années, et depuis, Gorgona, [ma société de production de GN], a le vent en poupe avec ses événements. Nous savions que nous voulions un autre enfant, et nous avons essayé de planifier les événements de l’année à venir en prenant en compte ce projet. Mais une grossesse est toujours imprévisible ! Le test s’est avéré être positif juste avant Noël 2022 et une nouvelle aventure a alors commencé : une petite Gorgone était en route. Alors que j’avais déjà trois GN à organiser prévus sur des week-ends (et un autre, plus court, une fois par mois dans un théâtre).

Les nausées du premier trimestre : Sicilia. 1923.

Le premier trimestre est toujours une période remplie de doutes. Les symptômes les plus sévères (mes deux grossesses ont été marquées par des nausées cauchemardesques) se mêlent à l’inquiétude de réussir à mener à terme la grossesse. Ce sont des jours de joie durant lesquels on évite presque d’en parler à qui que ce soit, « au cas où ». Du moins, c’était notre cas.

Au cours des semaines qui ont précédé Sicilia, j’ai donc fait de mon mieux en tant que coordinatrice pour envoyer les fiches de personnages, répondre aux mails de questions, etc., alors que j’avais l’impression d’avoir été piétinée par un éléphant en plus d’avoir attrapé une bonne gastro. Désolée d’être aussi directe, mais pour beaucoup d’entre nous, la grossesse est un moment très difficile sur le plan physique et mental, et je n’ai jamais aimé enjoliver les choses.

Heureusement, Sicilia. 1923. avait déjà été organisé deux fois par le passé : les fiches de personnages étaient déjà écrites, les accessoires déjà achetés, et le jeu plutôt bien rodé. Nous avons apporté les modifications nécessaires et complété quelques petites intrigues pour le peaufiner, mais rien de plus. Et c’est tant mieux, car nous travaillions d’arrache-pied sur La que Siembra Santos, et j’essayais en même temps de faire avancer mes projets de JdR sur table. Les journées n’étaient pas assez longues.

Puis le jour de la première partie arriva...

Et j’étais plus mal que jamais. J’étais à 13 semaines de grossesse et les nausées auraient dû commencer à diminuer, mais ce n’était pas du tout le cas. Mon estomac ne supportait pratiquement que les pommes de terre bouillies et le pain grillé (et encore, avec de la chance) ; et les symptômes ont empiré lorsque j’ai commencé à diriger. J’ai découvert bien plus tard que les nausées ont tendance à augmenter avec le stress et... surprise ! Quand on dirige un GN, il faut gérer une montagne de stress pendant l’événement : une combinaison fatale.

Pour vous donner une idée, j’ai vomi 13 fois au point culminant du jeu, soit le samedi. Je pouvais à peine bouger, mais je devais incarner des PNJ et il fallait bien que je quitte les toilettes pour pouvoir le faire. J’ai fait de mon mieux. Je me souviens particulièrement de la scène de la photo ci-dessous : la servante que j’incarnais avait été appelée pour devenir le réceptacle d’un rituel qui allait la posséder. Je suis sortie des toilettes après avoir vomi, j’ai joué la scène (mon teint pâle convenait parfaitement à l’atmosphère), puis je suis retournée aux toilettes. Parfaitement dans le ton.

L'autrice, étendue les bras en croix sur un lit, entourée de joueureuses debout autour d'elle, quelques-uns avec des bougies. Tout le monde porte des vêtements style première moitié du vingtième siècle.

La fameuse scène, entre deux vomissements. Le teint pâle est tout ce qu’il y a de plus naturel. Je n’ai même pas réussi à changer de bottes ou de pantalon pour le personnage.

Sincèrement, la première session de Sicilia a pu avoir lieu parce que j’avais la meilleure équipe du monde à mes côtés, et que les joueureuses ont fait preuve d’une grande compréhension concernant mon état tout en se donnant à fond. La première chose que nous avons faite lors du briefing a été d’annoncer ma grossesse et de nous excuser par avance des inconvénients que cela pourrait provoquer : tout le monde a été d'un grand soutien. Merci beaucoup !

Parlons plus particulièrement de l’équipe. Pepe a pris les rênes de l’organisation et a pris soin de me nourrir un minimum, dans la mesure du possible, et de me soulager au maximum du poids qui pesait sur mes épaules. Ça n’a pas dû être facile pour lui. Je n’aime pas déléguer et je me sentais affreusement coupable, mais mon corps ne voulait vraiment pas coopérer. J’ai soudainement repensé à la deuxième campagne de Hasta que la Mafia nos Separe, lors de laquelle j’avais eu une douleur de règles incapacitante, et à la question du droit de congé pour les organisateurs et organisatrices (comme si nous pouvions nous le permettre !).

Il ne faut pas non plus oublier Irina et Pili, qui sont devenues bien plus que des PNJ : elles ont dû prendre des décisions inattendues, se mettre aux fourneaux pour filer un coup de main (à ma place !) et se donner à 500 % pour que la partie soit un succès. Un immense merci à elles, nous vous devons beaucoup. Sans vous, nous n’aurions pas pu le faire.

Pour être honnête, l’événement en a souffert. Je n’ai pas donné autant que je l’aurais voulu dans la scène finale ; le timing était un peu décalé, le déroulement complet n’était pas aussi fluide que nous l’aurions souhaité. Et ce qui fait le plus mal, c’est que peu de photos ont été prises. Mais nous étions incapables de faire plus que ça, et cette partie en a pâti. Nous avons bien retenu la leçon.

L'autrice, debout d'un air majestueux et défiant devant une porte, avec une grande cape rouge et or. Elle est effectivement bien pâle, ce qui accentue les cernes dessinées par son maquillage.

Pour la scène finale de l’événement, j’étais maquillée et ma pâleur a largement contribué à rendre le personnage terrifiant. En revanche, mon état mental ne m’a pas vraiment permis de donner aux joueurs la fin que j’aurais souhaitée leur offrir.

La semaine d’après...

Nous sommes retournés à Belmonte pour la deuxième session (enfin, la quatrième) de l’événement, et l’expérience fut complètement différente ! On ne s’imagine pas à quel point l’état d’une grossesse peut changer d’une semaine à l’autre. J’en étais donc à 14 semaines et les nausées avaient drastiquement diminué. Je ne me sentais pas encore totalement au top de ma forme, mais au moins, mon estomac tolérait la plupart des aliments, et j’ai pu avaler les mêmes plats que les participant-es. Un véritable soulagement !

Devoir gérer la session dans ces conditions a été beaucoup, beaucoup plus facile. Grâce à la semaine précédente, nous avions appris de certaines de nos erreurs logistiques, notamment en simplifiant les repas, ce qui m’a permis de profiter à la fois de l’organisation et des PNJ que j’avais à incarner. J’avais à nouveau une équipe formidable à mes côtés, Pepe en tête, ainsi que Kaze et Ángela, qui sont vraiment des personnes incroyables.

L'autrice, encore un peu maquillée mais en habits civils, assise au milieu d'autres participantes. Elle mange des chips.

Lors du débriefing post-jeu, je porte encore mon maquillage de la scène finale, et on peut voir que mon visage a déjà repris des couleurs. J’ai même réussi à manger quelques chips (miracle !).

Mon état étant bien meilleur que la fois d'avant, nous avons pu faire trois fois plus de photos, quelques vidéos, et tout s’est passé plus rapidement de manière générale, non seulement parce que je pouvais aider, mais aussi parce que les autres n’avaient plus besoin de prendre soin de moi toute la journée.

Le ventre des 6 mois : La que Siembra Santos

L'autrice, bien assise dans un fauteuil, avec un ventre de grossesse bien apparent. La tresse dans ses cheveux est teinte en violet.

Lors des ateliers d’introduction, j’affichais fièrement mon ventre. Je devais me reposer autant que possible.

Le mois de mai a marqué le début de La que Siembra Santos, un projet très personnel puisqu’il s’inspire de mon propre univers de jeu de rôle sur table (Sección Oculta, publié avec Sugaar Editorial (es)). C’est un GN auquel nous avions consacré énormément d’heures de travail et d’amour et que je coordonnais à nouveau (en tant que sa créatrice, c’est bien normal que j’assume ce rôle). Et, pour être honnête, j’étais morte de peur.

Si la grossesse vous est assez inconnue, il faut que vous sachiez que les choses changent beaucoup entre la fin du premier trimestre et le début du troisième. Les nausées ont généralement disparu, et c’est, en théorie, le moment le plus agréable de la grossesse : le ventre n’est pas encore énorme et on déborde d’énergie. Mais toutes les grossesses ne se ressemblent pas, et pour ma première, j’ai littéralement vomi jusqu’au moment de l’accouchement, donc je n’avais aucune garantie sur mon état.

Par chance, je me sentais beaucoup mieux cette fois-ci. Mais une grossesse consomme de l’énergie. Énormément d’énergie. Des tonnes d’énergie. Tout devient plus compliqué : on porte des kilos en plus à chaque instant, alors courir et sauter partout pour organiser un événement n’était vraiment pas une mince affaire. Heureusement, je n’ai pas trop souffert de maux de dos et, mis à part le fait que j’avais souvent le souffle court, j’ai pu profiter de presque tout l’événement : j’ai pu prendre des photos, gérer mes PNJ avec une certaine régularité, et même creuser pour enterrer un site archéologique. Quelle chance !

Avec ce GN, j’ai réalisé un rêve que j’espère revivre en octobre prochain. Mais cette fois-ci, au lieu d’un ventre énorme et lourd à porter, j’aurai une petite fille d’un an que ses grands-parents amèneront quand elle aura besoin de téter. Qui a parlé de peur ?

L'autrice, en habits médiévaux nobles : une coiffe et une robe jaunes et rouges.L'autrice, en habits de servante du dix-neuvième siècle et en position de reccueillement.

Photo de mes PNJ lors de la première édition de La que Siembra Santos. Mes costumes avaient été spécialement conçus pour s’adapter à mon ventre, tout en étant réutilisables par la suite.

Pendant ce temps, côté théâtre

En plus de ces trois événements organisés pendant les week-ends, jusqu’à un mois avant l’accouchement, je travaillais aussi dans un théâtre, où j’organisais une session rapide de GN (La Herencia del Don, avec le système Arsenic & Lies) pour un public généraliste. C’est quelque chose que j’adore, car ça permet de faire découvrir notre passion à des personnes qui n’y connaissent rien et d’être surpris à chacune de leurs réactions.

Mais revenons-en à ce qui nous intéresse : la grossesse.

Au théâtre, je suis passée par toutes les phases de la grossesse, de sa découverte jusqu’au ventre plus gros que celui d’un poisson-globe, avec les hauts et les bas de chaque étape bien sûr. Au début, je devais aller vomir pas mal de fois à cause des nausées, et en règle générale, la fatigue faisait que j’avais du mal à aligner deux mots correctement vers la fin des sessions. Il faut dire qu'on jouait en soirée, et à 21 heures, je tombais de sommeil : cette grossesse m’a plongée dans une fatigue intense et un besoin de dormir énorme.

Le problème c’était que j’étais seule aux commandes. L’échec était impensable, et je n’avais pas d’équipe pour prendre le relais en cas de besoin. Malgré tout, c’était du travail, et je devais continuer. Mais j’ai un message pour tout le monde : si vous avez des personnes enceintes dans votre entourage, même si elles affichent un sourire et tiennent le coup, prenez soin d’elles, car elles en ont sûrement besoin. Après tout, fabriquer un être humain est vraiment épuisant !

Conclusion

Maintenant que la grossesse est loin derrière moi (cela fait déjà six mois qu’elle s’est transformée en une petite tornade qui ne tient pas en place), je peux appréhender les choses avec plus de recul. J'ai souvent souligné dans mes articles à quel point la santé peut influencer une personne et sa relation avec le jeu de rôle, mais nous sommes rarement conscient-es de nos propres limites, surtout lorsqu’il s’agit d’un processus physiologique comme la grossesse. Évidemment, cette grossesse a aussi eu un impact sur mes projets de JdR sur table : elle a stoppé pratiquement tous mes playtests et m’a vraiment ralentie dans l’écriture (en été, j’ai dû installer un bureau improvisé sur le canapé, sous la climatisation).

J’aborderai une prochaine fois la question de comment adapter vos GN si une personne enceinte y participe (et elle vous en sera profondément reconnaissante), mais si vous êtes enceinte et souhaitez être orga, voici quelques points à prendre en compte :

  • Entourez-vous d’une bonne équipe qui comprenne vos besoins.

  • Acceptez que l’inconfort fait partie du processus et prenez soin de vous.

  • Soyez claire avec les autres participant-es en expliquant ce que votre état implique.

  • Assurez-vous de mettre l’accent sur la nécessité de préserver votre sécurité physique pendant les scènes si vous êtes un PNJ.

Et c’est tout pour aujourd’hui. J’espère que cette expérience personnelle vous a intéressé, et nous reviendrons plus tard sur le sujet dans des articles plus approfondis. En attendant, profitez de votre jeu de rôle.

Comme toujours, vous pouvez soutenir notre travail en nous offrant un café.

Article original : Diario de una DJ embarazada

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